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Date
30 mai 2014
Tags
Helsinki 1952

Zátopek sur les rails d'un triplé du fond retentissant

Les spectateurs d’Helsinki savaient tout de l’héroïsme de la course de fond. Paavo Nurmi et Hannes Kolehmainen, les deux plus grands coureurs finlandais de l’histoire, avaient uni leurs forces pour embraser la vasque lors de la cérémonie d‘ouverture, si bien qu'il fallait peut-être chercher ailleurs la vedette de ces Jeux.


Le Tchécoslovaque Emil Zátopek est loin d’être un inconnu aux yeux des passionnés de sport. Quatre ans plus tôt à Londres, il a en effet été sacré champion olympique du 10 000m, tout en prenant l’argent sur le 5 000m. À Helsinki toutefois, il va sceller sa place parmi les plus grands athlètes de tous les temps.

Il commence par le 10 000m, lors duquel il prend la tête dès le départ pour mener de bout en bout. En cours de route, ses rivaux décrochent tous peu à peu, incapables de suivre son allure implacable, et Zátopek s’impose finalement avec 100m d’avance. Dans l’aventure, il bat le record olympique.

Visiblement peu marqué par la fatigue, il s’aligne ensuite dans le 5 000m, passant le plus clair de sa série à discuter avec les autres coureurs. Tout en assurant sa qualification, il laisse même plusieurs d’entre eux finir devant lui. La finale, toutefois, est une affaire beaucoup plus sérieuse. À la cloche, Zátopek est en tête, mais, dans le dernier tour, il recule jusqu'à une modeste quatrième place. Il réagit toutefois à la sortie du virage, en venant à l’extérieur reprendre puissamment la tête. Il s’impose finalement de moins d’une seconde, mais établit néanmoins un deuxième record olympique. Deux épreuves, deux médailles d’or, deux records.

À peine sa victoire est-elle saluée par la foule que Zátopek annonce qu’il va disputer le marathon. Tout le monde reste incrédule. Il n’a en effet jamais couru la distance et doit certainement être épuisé par ses efforts à répétition. Mais Zátopek n’en a cure. Il sera bien présent au départ. Sa seule préoccupation est qu’il ne connaît rien de la tactique du marathon.

Il décide donc de se caler dans la foulée du Britannique Jim Peters, qui détient le record du monde et qui part sur un train d'enfer. À mi-parcours, Zátopek demande à Peters où en est la course. Le Britannique, éprouvé, lui répond en plaisantant que « l’allure est trop lente ». Il n’en faut pas plus à Zátopek qui le prend au mot et accélère. Il reste encore près de 10 km à parcourir et il se retrouve seul en tête, passant son temps à discuter avec les spectateurs et les policiers tout en courant. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, puisqu’il enlève la médaille d’or avec une marge incroyable.

Sa victoire, assortie d’un nouveau record olympique, ravit le public et lui vaut un tour d’honneur dans le stade sur les épaules des sprinters jamaïcains. C’est un peu comme si toute la planète s’était donné rendez-vous pour se délecter des exploits de ce coureur poli, sympa et heureux. Le public d’Helsinki a alors adopté un hymne célèbre : « Zá-to-Pek, Zá-to-Pek ».

 

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