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Zainab Hussaini : "Faire partie des Jeux Olympiques permet de diffuser un message d'unité, d'humanité et d'égalité"

Skateistan
Dans le dernier article de notre série sur les femmes et les hommes inspirants qui ont décidé de faire tomber les barrières en faveur de l'égalité des sexes et ont surmonté les obstacles pour promouvoir les femmes à des postes de direction, le CIO s'entretient avec Zainab Hussaini, marathonienne et responsable nationale de l'organisation à but non lucratif Skateistan en Afghanistan.

Née réfugiée en Iran, Zainab Hussaini a longtemps refusé qu'un obstacle l'empêche de poursuivre sa passion pour le sport. Adolescente, Zainab Hussaini a vu son club de taekwondo fermé par la police pour avoir organisé des cours pour les filles, mais elle a refusé d'abandonner. En 2015, elle est devenue la première femme afghane à courir le Marathon d'Afghanistan, et plus tard, la première Afghane à boucler un ultramarathon. Elle y est parvenue malgré le fait qu'il était dangereux pour elle de s'entraîner dans les rues de Mazar-e-Sharif. 

Dans le cadre de ses fonctions de direction au sein de Skateistan, l'organisation à but non lucratif qui responsabilise les enfants en associant skateboard et éducation en Afghanistan, au Cambodge et en Afrique du Sud, Zainab Hussaini aide la prochaine génération d'enfants à rester scolarisés alors que la popularité du skateboard en Afghanistan ne cesse de croître. Elle se confie au CIO sur son parcours, sa fierté de faire partie de Skateistan et sur le nombre croissant de modèles que les jeunes filles peuvent admirer aujourd'hui.

Skateistan
Comment est née votre passion pour le sport ?

"Je suis née réfugiée en Iran. J'ai découvert le sport à l'école et j'étais membre de notre équipe de basket en Iran, lorsque j'avais environ 11 ou 12 ans. Mais le statut de réfugiée a fait que je n'ai pas pu continuer le basket. En effet, nous n'avions pas les documents juridiques requis pour être inscrits dans un club sportif ou une salle de sport.

Lorsque nous sommes revenus en Afghanistan, notre mode de vie était vraiment rudimentaire. Nous n'avions ni eau ni électricité – ma famille et moi vivions dans la pauvreté – mais nous avions le courage de croire en nos rêves. Je me suis inscrite dans un club de taekwondo et j'ai commencé à m'entraîner avec quelques amis et ma tante. Mais au bout de deux semaines, la police est arrivée et a fermé le club au prétexte qu'il n'était pas convenable que les filles fassent du sport et s'entraînent dans le même club que les hommes ou utilisent les mêmes équipements. Je n'ai pas pris cette décision pour argent comptant. J'ai inscrit mon équipe de basket dans notre lycée, et bien que nous n'ayons pas assez d'équipements ou même un terrain en dur pour jouer, nous nous sommes entraînées d'arrache-pied et nous avons ensuite pu participer à des compétitions provisoires. J'ai eu envie d'essayer de nombreux sports différents pour me découvrir un talent, et aujourd'hui, je suis marathonienne."

Comment a commencé votre parcours avec Skateistan et qu'est-ce qui vous a amenée à participer à des événements en course à pied ?

"Avant Skateistan, je travaillais avec Women for Women International en Afghanistan. Notre projet s'est terminé, je me suis retrouvée sans emploi. Je cherchais sur les sites d'emploi et j'ai vu que Skateistan avait besoin d'un coordinateur sportif. J'ai postulé et, grâce à ma formation sportive, j'ai été retenue. Deux à trois ans après, une organisation nommée Free to Run a demandé à Skateistan de présenter quelques candidates pour participer à une compétition d'ultramarathon.

C'était le début d'un nouveau voyage. Nous nous sommes entraînées et avons dû relever de nombreux défis pour trouver un espace où courir. Nous n'étions pas en sécurité et nous ne pouvions pas courir dans les rues comme les athlètes d'autres pays. Nous devions courir dans nos petits jardins. Nous avons essayé de retourner dans les rues pour nous entraîner, mais c'était trop dangereux. Nous avons compris que l'Afghanistan n'était pas encore prêt à accepter que les femmes pratiquent des sports en public, nos maisons étaient donc l'endroit le plus sûr pour nous.

Finalement, nous avons pu terminer la course d'ultramarathon avec d'autres participants de nombreux pays différents et l'Afghanistan est entré dans la liste des pays ayant bouclé un ultramarathon."

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Qu'est-ce qui rend l'ONG Skateistan si spéciale et quels sont les projets qui font votre fierté ?

"Nous avons un programme de retour à l'école à Skateistan. Je souhaite vraiment qu'un jour, il n'y ait plus d'enfants non scolarisés en Afghanistan. Il y a des enfants déplacés à l'intérieur de leur pays qui ont été forcés de fuir leur province et qui ne peuvent pas aller à l'école parce qu'ils ont passé l'âge d'entrer en première année ou qu'ils n'ont pas les documents nécessaires pour être inscrits dans les écoles publiques. C'est là qu'interviennent le soutien et la contribution de Skateistan. Les élèves peuvent venir ici et apprendre pendant un an, et nous nous chargeons ensuite des procédures légales pour qu'ils puissent réintégrer l'école.

Nous pensons que l'éducation est vraiment importante et faire du skateboard est une récompense pour tous nos élèves. Nous leur proposons des cours créatifs, des cours de remise à niveau, des sujets enseignés dans les écoles publiques, puis nous leur demandons de participer à une heure de skateboard après chaque cours. Le skateboard est devenu le sport le plus pratiqué par les filles en Afghanistan et tout cela grâce à la possibilité qu'ont les enfants, en particulier les filles, de s'entraîner dans un espace sûr grâce à Skateistan."

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles ?

"Je veux dire aux jeunes filles, et pas seulement aux Afghanes, que des barrières existent partout dans le monde. C'est le rôle de chacun d'agir pour le changement. Les limites ne devraient pas être un obstacle, la sécurité ne devrait pas être un obstacle, et la pauvreté, surtout, ne devrait pas être un obstacle. Il y a toujours un moyen : il suffit de trouver la solution."

 


Trois femmes occupent désormais des postes de direction clés dans le comité d'organisation des Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Pourquoi est-il essentiel de rendre les modèles féminins plus visibles dans le sport et dans d'autres sphères de la société ?

"Lorsque j'ai couru le marathon pour la première fois, je me suis mise à rechercher les premières femmes afghanes qui avaient pratiqué un sport, quel qu'il soit. J'ai cherché dans de nombreux livres et sur des sites web, j'ai même rendu visite aux personnes qui connaissaient l'histoire du sport en Afghanistan, mais je n'ai pu trouver un seul nom de femme. Tout était à faire.

En ayant des femmes à des postes de direction, les jeunes filles peuvent maintenant s'identifier et choisir leurs modèles. Nous avons besoin de plus de modèles qui viennent du même milieu que les filles elles-mêmes, qui ont surmonté les mêmes situations et défis. Je suis sûre que ces dirigeantes apporteront de nombreux changements en matière d'égalité des sexes, car elles considéreront les jeunes filles et les femmes comme leurs égales. Elles connaissent les obstacles auxquels nous sommes confrontées, elles connaissent nos problèmes et elles connaissent nos capacités."

Selon vous, quelle est la contribution des Jeux Olympiques à la construction d'une société plus inclusive ?

"Tout le monde sait que les Jeux Olympiques sont "le temple du sport". Tous les quatre ans, le public les suit et se demande quel pays accueillera les Jeux et quels athlètes de son pays y participeront. C'est un moment très fort pour tous les habitants des villes d'Afghanistan de voir notre drapeau aux Jeux. Nous sommes unis lorsque l'un de nos athlètes remporte une médaille pour notre pays. Faire partie des Jeux Olympiques permet de diffuser un message d'unité, d'humanité et d'égalité."

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À propos de Skateistan

Fondée en 2008 à Kaboul (Afghanistan) et basée à Berlin (Allemagne), l'organisation Skateistan a mis sur pied plusieurs programmes qui profitent à plus de 2 500 enfants âgés de 5 à 17 ans, programmes également menés au Cambodge et en Afrique du Sud.

L'organisation se sert du skateboard pour créer des environnements sûrs où les filles peuvent surmonter les difficultés et avoir accès au sport et à l'éducation.

En 2020, le documentaire Learning to Skateboard in a Warzone (If You're a Girl), lequel suit les progrès d'un groupe de filles au sein de l'organisation Skateistan à Kaboul, a reçu le prix BAFTA du meilleur court-métrage (documentaire) et l'Oscar du meilleur court-métrage documentaire.

Skateistan est le lauréat du Trophée mondial du CIO "Femme et Sport" pour 2020.

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