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Date
20 juil. 1908
Tags
Londres 1908

Walker ouvre la voie à l'Afrique

Envoyer une délégation gigantesque d’athlètes à l’autre bout du monde n’était pas simple il y a 107 ans. Alors que les chiffres de participation de Londres étaient plus élevés qu’en 1904, cela restait un problème. Le cas du jeune Sud-Africain Reggie Walker, à peine âgé de 19 ans au moment des Jeux de Londres, est exemplaire. À cette époque-là, Walker est champion en titre de son pays sur 100 m, un exploit qu’il a réussi tout en travaillant comme employé de banque, mais aux Jeux Olympiques, on ne s’attend pas à le voir brouiller les cartes. Aucun Africain n’a encore gagné de médaille aux Jeux, et Walker a même failli rater l’occasion d’être du voyage.


Walker a été recommandé en équipe sud-africaine en mai 1908, mais il n’a pas de quoi financer son propre voyage jusqu’en Angleterre, s’étant vu refuser le droit de figurer parmi les athlètes subventionnés par l’État, en raison de doutes sur son véritable niveau. Il va alors bénéficier d’un coup de pouce de Jim Wallace, un journaliste sportif local du Natal, qui connaît parfaitement son potentiel et qui plaide sa cause dans les colonnes de son journal. Rapidement, il réussit à mobiliser suffisamment la bonne volonté du public pour lever les fonds qui permettent au jeune homme de s’embarquer pour ses premiers Jeux Olympiques, grâce à une série d’événements caritatifs.

Relativement inconnu dans l’une des épreuves de ces Jeux présentant le plateau le plus cosmopolite, Walker gagne sa série du 100 m en 11’’, le 20 juillet, terminant deuxième ex aequo de l’ensemble des 17 courses préliminaires, mais à l’issue de sa demi-finale, tout le monde a entendu parler de lui : il a signé un chrono de 10’’8 après avoir accéléré à mi-course pour s’imposer d’un bon mètre et égaler le record olympique, ce que James Rector a déjà réalisé en série.

La finale, programmée le 22 juillet à 16 h 15, est assurément des plus prometteuses puisqu’elle oppose Walker à Rector qui a à nouveau couru en 10’’8 lors de sa demi-finale. Rector le devance à mi-course, mais ensuite, comme le raconte le rapport officiel, « Walker met les bouchées doubles de superbe manière, revient au niveau de Rector, les deux hommes restent côte à côte durant cinq ou six mètres, avant de prendre l’avantage et de gagner de près d’un mètre. » Fait remarquable, il s’impose à nouveau en 10’’8.

Le public local le traite comme un héros et le porte en triomphe autour du stade. Les médias britanniques regrettent pour leur part que leur propre pays n’ait pas pu produire un sprinter de la trempe de Walker, alors que la performance de ce dernier est reconnue largement comme le plus bel exploit et le plus surprenant des épreuves d’athlétisme.

Âgé de 19 ans et 128 jours, Walker devient le plus jeune champion olympique du 100 m et à ce jour, il l’est toujours. Tout aussi significatif, il remporte la première médaille africaine des Jeux, deux jours avant que Charles Hefferon n’enlève la seconde en terminant deuxième du marathon. Il s’agit d’un autre exemple de la manière dont Londres 1908 a regorgé de grands moments délivrés par des sportifs de nationalité, de race et de sexe différents. « Je pense que nous avons réalisé quelque chose de particulier pour l’athlétisme », dira Lord Desborough lors du banquet de clôture, le 31 octobre, et il semble qu’il avait raison : un sentiment du possible est né à Londres.

Quant à Walker, il restera encore deux mois en Grande-Bretagne où il se produira dans différentes épreuves. Après son retour en Afrique du Sud, il passera professionnel mais sans grande réussite, si bien qu’en 1913, il rangera définitivement ses pointes.

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