skip to content
2010 Getty Images
Actualités Olympiques

Unis par l’esprit olympique : Eric Mitchell

L’ancien sauteur à ski canadien Eric Mitchell a été touché par la puissance des Jeux Olympiques dans son enfance. En fait, il est né dans une ville où l’esprit olympique était perceptible, ce qui a façonné son parcours initial et ses objectifs suprêmes.

« J’ai vraiment eu de la chance de grandir dans une ville olympique, Calgary, si bien que j’ai bénéficié de l’héritage des Jeux d’hiver de 1988 sur le pas de ma porte, explique-t-il. Quand j’étais petit, j’ai appris à skier et à patiner au parc olympique du Canada avec mon père et ma sœur. Et j’ai pu m’essayer à plein d’autres sports olympiques que je n’aurais sinon pas eu la chance de découvrir. »

Acte de foi

Parmi ces sports figurait le saut à ski, une activité considérée généralement comme marginale par le gotha des sports d’hiver du Canada.

« Au Canada, en règle générale, le saut à ski passe inaperçu, dit-il. Mais comme je skiais tous les jours au parc olympique du Canada, je pouvais voir les tremplins de saut à ski au-dessus de ma tête et je me souviens avoir dit à mon père que je voulais essayer. Au début, il était sceptique, mais il a fini par me laisser faire. On sait tout de suite si on va devenir sauteur à ski car on est prêt à faire le grand saut sur le champ. Cela me plaisait parce que c’était quelque chose de vraiment différent et une façon de me démarquer. »

Le saut à ski, qu’il a découvert à l’âge de huit ans, lui a offert, littéralement ou presque, un tremplin vers des rêves ambitieux.

Getty Images

« À l’école, je n’ai jamais été considéré comme un athlète très talentueux : j’ai à peine joué au football ou au football américain. Je n’étais pas un enfant très à l’aise au niveau de la coordination, loin de là. Pour la plupart, faire du sport, c’était s’amuser, essayer quelque chose de différent et se faire des amis. Je me souviens avoir vraiment aimé l’idée des Jeux Olympiques et, dès ma plus tendre enfance, j’étais persuadé que je pourrais y participer un jour. Lorsque j’avais 8 ou 9 ans, je disais même à mes copains et copines qu’un jour, je participerais aux Jeux Olympiques. Je revois ma copine Mady en train de confectionner une pancarte sur laquelle était écrit "Vole Eric, vole". Aussi improbable que cela puisse paraître, les Jeux Olympiques m’ont donné, dès mon plus jeune âge, l’occasion de rêver. »

Mission Vancouver

Une décennie plus tard, le rêve d’Eric Mitchell est devenu réalité lorsqu’il a intégré l’équipe canadienne pour Vancouver 2010 à l’âge de 17 ans.

« J’étais le deuxième plus jeune sauteur à ski et le plus jeune athlète masculin du Canada aux Jeux. Me qualifier n’a pas été facile, loin de là. Il m’a fallu effectuer un véritable parcours du combattant. En fait, je n’ai appris ma qualification qu’en décembre 2009, sur le fil. Lors de la toute dernière épreuve qualificative en Estonie, il fallait que je termine dans les 30 premiers pour gagner un seul point de classement et intégrer le top 70 mondial. Je n’avais jamais été classé dans les 50 premiers auparavant, mais ce jour-là, j’ai eu l’impression que je ne pouvais rien faire de plus. »

« Le voyage lui-même avait été très mouvementé : bagages perdus, pas de skis, mauvais temps… Je me souviens que je me sentais très libre, que je n’aurais pas pu faire grand-chose de plus pour y arriver. Cela a été une véritable leçon. Parfois, lorsqu’on en a vraiment besoin, on obtient la puissance nécessaire. J’ai battu le 31e d’un demi-mètre - une marge infime en saut à ski. C’était vraiment in extremis, mais tout s’est bien déroulé. »

Les Jeux Olympiques m’ont donné, dès mon plus jeune âge, l’occasion de rêver Eric Mitchell

« Je faisais partie d’une équipe qui visait des médailles d’or, mais de mon côté, il n’y avait pas de pression, juste la chance de découvrir ce qu’étaient les Jeux Olympiques. Le moment qui m’a vraiment frappé aux Jeux Olympiques, c’est lorsque j’ai défilé lors de la cérémonie d’ouverture et entendu 50 000 Canadiens hurler. C’est là que j’ai réalisé que le monde entier nous regardait et que les Jeux Olympiques ne consistaient pas uniquement à se lancer d’un tremplin de saut, mais que le monde entier était réuni pour une célébration. J’avais passé toute ma carrière à ne faire attention qu’à moi : devenir plus rapide, sauter plus loin - c’est en soi un comportement égoïste à bien des égards. »

« Participer aux Jeux Olympiques est l’une des choses les plus géniales qu’on puisse imaginer : on a l’impression dès le début de faire partie d’une communauté mondiale. On est en compétition avec d’autres et on fraternise. C’est une ambiance différente de tout autre événement sportif. Résultat, j’ai encore des tas d’amis dans le monde entier. »

Un olympien appliqué

À Vancouver, Eric Mitchell a honoré son premier rendez-vous, mais aussi le dernier, avec les Jeux Olympiques en tant que concurrent, mais depuis, il est resté très impliqué dans le Mouvement olympique, dans des rôles divers. À Sotchi 2014, il a été recruté pour tester les installations de saut à ski - une expérience très plaisante selon lui… mais le moment dont il est le plus fier à ce jour est survenu deux ans plus tard. C’était à Lillehammer, aux Jeux Olympiques de la Jeunesse d’hiver 2016, où il a fait office de jeune ambassadeur avec l’équipe canadienne, travaillant comme mentor et modèle.

« J’ai eu beaucoup de chance d’occuper cette fonction, d’œuvrer comme un instrument du changement. C’était la première fois que j’avais l’occasion de transmettre quelque chose à de jeunes athlètes qui vivaient les mêmes choses que moi auparavant. J’ai pu partager mes propres expériences et être fidèle à moi-même. »

Faire ce qu’on dit

Pour Eric Mitchell, être fidèle à lui-même signifiait aussi assumer ouvertement le fait d’être homosexuel, ce qui réclamait un sacré courage dans un monde où, traditionnellement, la plupart des athlètes gays se sont sentis incapables de le faire sans nuire à leur carrière.

« J’avais l’impression qu’il y avait deux façons d’avancer pour moi : me concentrer sur la poursuite de mes rêves olympiques ou vivre ma vie d’homosexuel. Je pensais que les deux n’étaient pas possibles ensemble. Mais j’ai commencé à réaliser par la suite qu’il y avait une communauté grandissante d’athlètes LGBT qui commençait à se faire entendre, notamment par le biais du CNO canadien et de son initiative #OneTeam. La voix de l’athlète a selon moi un poids important et doit s’exprimer de manière à favoriser le changement. C’était quelque chose qui me tenait beaucoup à cœur : apprendre à être fidèle à soi-même. »

« [Promouvoir la reconnaissance des athlètes LGBT] n’est pas seulement la bonne démarche, c’est une démarche intelligente pour exploiter au maximum le potentiel de succès en sport. »

« Le sport est un miroir grossissant de la société, à bien des égards. À Sotchi, les athlètes LGBT se sont retrouvés en pleine lumière en raison du climat régnant en Russie. Je pense que cela a contribué à ce que de nombreux pays prennent conscience qu’il s’agissait d’une question importante. »

Getty Images

« La campagne OneTeam a été l’une des réponses apportées. Au Canada, nous avions 15 ambassadeurs membres de la communauté LGBT. Quatre ans plus tard, il y en a 50, ce qui, d’après moi, montre que des progrès incroyables ont été réalisés. De plus en plus de CNO s’attaquent aux problèmes de l’homophobie et de la transphobie et des événements comme les JOJ offrent une plateforme "Apprendre et partager" : cela ne peut être qu’un bon signe. »

« L’accueil que j’ai reçu lors des quatre dernières années montre que les gens sont beaucoup plus sensibilisés qu’ils ne l’étaient il y a quatre ou huit ans. Lors des JOJ d’hiver de 2016 à Lillehammer, l’un des moments que j’ai préférés, c’est lorsque l’une des ambassadrices croates est venue me voir à la cafétéria alors que j’étais assis à une table avec d’autres personnes. Quelqu’un m’a dit : "Tu devrais lui demander son numéro". Je lui ai répondu que je pensais que ça ne ferait pas trop plaisir à mon petit ami. Personne n’a cillé. J’ai donc le sentiment que le sport est en train de changer à cet égard et qu’il est sur une voie positive. »

Prochain arrêt : Buenos Aires

Plus tard cette année, Mitchell coiffera de nouveau sa casquette de mentor pour se rendre aux Jeux Olympiques de la Jeunesse à Buenos Aires.

« Je vais travailler dans la zone d’éducation des athlètes, afin de faciliter l’accès aux ressources pour les jeunes athlètes. Je considère qu’il s’agit d’une opportunité incroyable d’influencer les jeunes athlètes au début de leur parcours, car ces futurs champions comprennent que leur rôle en tant qu’athlètes n’est pas seulement de se concentrer sur eux-mêmes. Les JOJ sont l’occasion pour eux de comprendre les vraies valeurs de l’Olympisme, excellence, amitié et respect, et leur signification pour eux, et de prendre conscience que leur voix peut peser de tout son poids. C’est quelque chose que je ne manquerais pour rien au monde. »

Mais avant cela, il y aura un rendez-vous de moindre ampleur, le 23 juin, date de la Journée olympique. « Cela a toujours été très important au Canada et il y aura des événements d’un océan à l’autre, de Vancouver à Terre-Neuve. Dans tout le pays, les enfants auront l’occasion de s’initier à différents sports olympiques. »

« J’y participerai, en faisant des exposés sur le saut à ski. La Journée olympique est l’occasion de se rappeler que les athlètes ne sont pas les seuls à pouvoir épouser les valeurs de l’Olympisme. Nous pouvons tous essayer d’être meilleurs, d’être de meilleurs amis et de célébrer nos différences. Le sport est un grand unificateur : peu importe d’où on vient, quelle langue on parle, comment on s’identifie ou qui on choisit d’aimer. L’essentiel, c’est de partager notre amour du sport. »

Puisque 2018 marque le 70e anniversaire de la Journée olympique, le Comité International Olympique a décidé de célébrer cet événement à travers la vidéo "United By'', consacrée à tous ceux qui font vivre le sport et l'Olympisme au quotidien, pour eux, pour leurs familles, leurs amis et leurs communautés.

back to top En