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Date
06 oct. 2011
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Une photographie peut-elle changer le monde ? Rencontre avec deux photographes engagés


Agora du 21 septembre 2011 au Musée Olympique

Le  21 septembre, date de la Journée Internationale de la Paix, Le Musée Olympique a réuni, le temps d’un débat passionnant, deux des plus grands photoreporters contemporains : James Nachtwey et David Burnett. Une rencontre exclusive.

Une mission : témoigner

Pour James Nachtwey et David Burnett, le métier de photoreporter a comme mission de témoigner. Il s’agit de donner une voix aux gens qui vivent la guerre, de montrer ce que des mots ne peuvent pas décrire, ce que, parfois, des autorités voudraient cacher. Pour eux, une photo doit être bouleversante pour être le témoin de ce qui se passe réellement. Lors de cette soirée exceptionnelle, ce sont tous les invités qui ont été les témoins tantôt surpris, souvent horrifiés et quelquefois attendris par les photos présentées par leurs auteurs. Comme l’a souligné Gianni Haver, professeur de sociologie de l’image à l’Université de Lausanne, c’est une chance rare d’avoir les commentaires de l’auteur des photos. Et cette chance, les invités de l’Agora l’ont eue.

L’histoire avec un petit « h »

James Nachtwey confie lors de cette rencontre qu’il « photographie l’histoire, mais pas celle avec un grand H, celle avec un petit h ». Depuis plus de trente ans, il parcourt le monde pour photographier les conflits, les ravages de la famine et des maladies. Quand Jean-Philippe Rapp lui demande ce qui le meut et s’il est toujours prêt à s’engager malgré tout ce qu’il a vu et vécu, Nachtwey répond pudiquement que son unique but est d’aider à la compréhension des conflits et qu’il n’aura de cesse de témoigner par le biais de ses photos. Une véritable vocation.

De la guerre au sport

Très jeune, David Burnett veut comprendre le pouvoir des photos. A 25 ans, il prend un aller-simple pour le Vietnam en guerre. S’il a lui aussi témoigné des pires atrocités de la guerre (ses photos d’enfants brûlés au Napalm ont fait le tour du monde), il a également choisi de se tourner vers les luttes pacifiques. Féru de sport, il photographie les Jeux Olympiques depuis plus d’une vingtaine d’années. Ce qui l’intéresse dans la photographie de sport, c’est encore et toujours de trouver la photo qui fera l’histoire. A ce propos, Gianni Haver, en tant que spécialiste, souhaite savoir à quel moment on sait qu’on tient «la» photo ; les deux photographes répondent d’une seule voix : on ne sait pas. On essaie juste d’anticiper, de créer sa chance, de se synchroniser avec les événements et de suivre le mouvement.

Imprévu, improvisé et imprévisible

Même la façon dont les médias s’emparent d’une photo n’est pas prévisible. Jean-Luc Iseli, ancien co-rédacteur en chef du magazine « L’Illustré » questionne sur le rapport qu’entretient le photographe avec l’utilisation de ses clichés par les médias. La réponse de James Nachtwey est simple : si le but de rendre les gens conscients est atteint, il accepte les règles du jeu.

Le débat aurait pu se prolonger encore plus longtemps, le public, fasciné, aurait sans doute eu encore beaucoup de questions à poser à ces deux monstres de la photographie… Alors à la question « une photographie peut-elle changer le monde ? », la réponse est oui, sans doute. Mais photographier les conflits, c’est surtout parler de paix pour tenter de redonner espoir.

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