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Atlanta 1996

Une foule en liesse dans son pays, une énorme pression et une concurrence redoutable... le record de Michael Johnson au 200 m associait tous ces éléments

Le record olympique et mondial au 200 m de Michael Johnson a été l'une des performances les plus remarquables d'Atlanta 1996. Mais il a fallu des années de travail et de préparation pour y parvenir…

Sur la ligne de départ de la finale du 200 m aux Jeux Olympiques de 1996 à Atlanta, Michael Johnson savait qu'il fallait pulvériser le record olympique et mondial s'il voulait accomplir ce qui était devenu la mission de sa vie. Trois jours plus tôt, le sprinter américain avait déjà décroché la médaille d'or sur sa distance de prédilection, le 400 m. Mais aujourd'hui il tentait d'obtenir un doublé historique. Ce qui était plus compliqué.

"Le 200 m allait être une course ultra-rapide", raconte Michael Johnson. "Il y avait Frankie Fredericks, et j'avais perdu ma dernière course au 200 m face à lui en entrant dans les Jeux. Frankie et moi étions en compétition l'un contre l'autre depuis des années, depuis mes études universitaires, et nous étions toujours au coude-à-coude ; il m'aidait à me dépasser. Ato Boldon se débrouillait également très bien à l'époque. Je ne me suis donc pas dit : 'Mon objectif est de battre le record olympique ou mondial'. J'étais déjà détenteur du record du monde. Mon objectif était de gagner la course. Mais je me suis dit : 'Pour gagner aujourd'hui, il va falloir battre le record'."

Et c'est ce qu'il a fait, en 19,32 secondes, dans son style unique, le buste bien droit. Ce record olympique et mondial tiendra 12 ans. Le Namibien Frankie Fredericks a quant à lui battu le record africain avec un temps de 19,68 secondes pour décrocher l'argent. Vingt-trois ans plus tard, le chrono réalisé par Michael Johnson ce jour-là demeure le troisième meilleur de tous les temps au 200 m.

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Ce qui rend sa performance d'autant plus miraculeuse, c'est le fait que personne ne pensait cela réalisable. Et à juste titre : le programme initial des compétitions pour Atlanta rendait la participation aux deux courses impossible. "Mon entraîneur et moi savions que la tâche serait colossale, et ce fut des années de préparation pour me donner une chance de tenter ce doublé historique de 200 m et 400 m couronné d'or", se souvient Michael Johnson. "Nous avons dû faire pression sur le CIO et l'IAAF pour qu'ils modifient l'organisation des épreuves afin que je puisse participer aux deux courses. Cela a pris des années. Et une fois que cela fut rendu possible, nous savions qu'il fallait que je sois au top de ma forme. La concurrence s'annonçait rude."

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"Cette année-là, j'étais déterminé à donner le meilleur de moi-même pour pouvoir offrir ma meilleure performance à Atlanta. Il ne s'agissait pas seulement de travailler dur sur la piste chaque jour. C'était aussi une question de planification et de stratégie, de trouver les bonnes réponses."

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Gagner le 400 m était la partie (relativement) la plus simple de la mission. "J'étais confiant pour le 400 m", déclare Michael Johnson. "La concurrence n'était pas aussi rude et je n'avais pas perdu une course au 400 m depuis des années." Michael Johnson a couru vers la victoire avec un record olympique de 43,39 secondes, presque une seconde d'avance sur le Britannique Roger Black. "Du coup, lorsque le 200 m est arrivé, je savais dans quelle forme j'étais et où j'en étais techniquement en termes de course."

Mais Michael Johnson se sentait moins à l'aise avec ce sprint plus court. "J'avais perdu un 200 m suite à une énorme erreur de ma part quelques semaines auparavant, et ce 200 m se corsait encore étant donné qu'il survenait après quatre tours du 400 m. Il y avait aussi le fait que la demi-finale et la finale du 200 m se déroulaient le même soir, à deux heures et demie d'intervalle. Je ne savais pas quel effet cela aurait sur moi."

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La foule américaine a aidé, estime-t-il. "Savoir que vous êtes chez vous, que vous représentez votre pays, que vous soyez à Atlanta ou dans le Minnesota, c'est inspirant et exceptionnel. Cela décuple la motivation", explique Michael Johnson. "Le public a un effet certain. Et je savais que j'étais en forme. Tout s'était bien passé pendant la saison. J'avais battu le record du monde lors des épreuves olympiques un mois plus tôt. La saison avait été fantastique."

"Quand j'ai franchi la ligne, différents sentiments m'ont submergé. J'étais fou de joie d'avoir réalisé le doublé parce que c'était mon objectif ultime. Et puis, après avoir littéralement pulvérisé à nouveau le record, j'exultais. Je me sentais aussi vraiment soulagé."

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Cette nuit-là, Michael Johnson fêtait sa victoire avec éclat. "Je n'avais pas pu célébrer ma victoire au 400 m parce que le 200 m m'attendait", raconte-t-il. "Ce soir-là, nous avons passé un moment formidable avec mes parents, mes frères et sœurs, mes nièces, mes neveux, mes cousins, mes amis, mes coéquipiers, mes partenaires d'entraînement et toutes les personnes qui m'avaient soutenu. Ce fut une soirée fantastique."

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Le record de Michael Johnson a finalement été battu par Usain Bolt à Beijing en 2008, la veille du 22e anniversaire de la Jamaïque. Michael Johnson avait publiquement soutenu Usain Bolt, et n'a pas été affecté de voir son record battu.

"Lorsque j'ai battu le record du monde du 200 m [détenu par l'Italien Pietro Mennea] pour la première fois, il était inchangé depuis 1979. C'était l'un des plus vieux records établis, et il aurait dû être battu plus vite qu'il ne l'a été", confie Michael Johnson.

"Le public est surpris que je ne sois pas déçu de ne plus détenir le record, mais je ne le suis pas, parce que j'ai eu mon heure de gloire. J'ai été le plus rapide au moment où j'étais dans la compétition. Maintenant que j'ai rangé mes pointes, je n'ai plus de contrôle sur ce qui se passe. J'espère que les épreuves auxquelles j'ai participé, celles que j'aime le plus, continueront d'être passionnantes et que les gens continueront à courir plus vite. Je ne veux pas que ces épreuves deviennent rébarbatives."

"Soit vous êtes le plus rapide de tous les temps, soit vous ne l'êtes plus. Je suis à la retraite depuis plus de 20 ans, donc ma place sur la liste n'a plus d'importance. Soit vous êtes au sommet, soit vous ne l'êtes pas. Et je ne le suis pas."

Michael Johnson est toutefois sûr d'une chose. Les Jeux Olympiques resteront toujours un forum où les athlètes atteindront les plus hauts sommets. "De nombreux records sont battus aux Jeux Olympiques, en raison du niveau de motivation", explique-t-il. "Quand il y a une médaille en jeu, les athlètes donnent le meilleur d'eux-mêmes."

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"Si vous battez le record olympique, vous avez aussi de bonnes chances de battre le record du monde. Usain Bolt a dû battre le record du monde pour battre mon record olympique, parce que les deux ne faisaient qu'un. Et mon record du 400 m a été établi lors d'un Championnat du monde, mais c'est aux Jeux Olympiques de Rio 2016 qu'il a été battu."

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