skip to content

Une carrière marquée par de nombreux records pour la légende nationale des Jeux Olympiques Hayley Wickenheiser

wickenheiser ice hockey 2014 Getty Images
Considérée comme l'une des meilleures athlètes olympiques canadiennes de tous les temps, la joueuse de hockey sur glace Hayley Wickenheiser est une légende vivante dans son pays natal. Elle raconte aujourd'hui l'énorme pression qui a accompagné ses victoires en hockey, son sport national, mais aussi les différences entre ses deux disciplines olympiques (elle a joué dans l'équipe de softball à Sydney en 2000), et évoque sa nouvelle formation de médecin urgentiste, une carrière non moins exigeante.


Enfant, Hayley Wickenheiser tentait déjà de construire son propre tremplin devant la maison de ses parents à Saskatchewan au Canada, même si ces premières aspirations olympiques n'ont pas porté leurs fruits. "Les premiers Jeux Olympiques dont je me souviens sont ceux de Calgary en 1988. À l'époque, j'avais tout juste 10 ans et j'étais obsédée par Matti Nykanen, le champion de saut à ski finlandais, raconte-t-elle.

Mes parents étaient enseignants et ne gagnaient pas des fortunes, mais nous vivions à quatre heures de Calgary, donc nous sommes venus y passer une semaine pour assister aux Jeux Olympiques. Lorsque nous sommes rentrés à Saskatchewan, une région très plate du Canada, j'ai filé dans la grange pour commencer à construire un tremplin. C'était décidé : j'allais participer aux Jeux Olympiques. Je ne savais pas encore comment, ni même dans quel sport, mais j'étais déterminée à réussir ce pari."

Grâce à sa farouche détermination, Hayley Wickenheiser a finalement réalisé son rêve d'enfant non pas une seule fois, mais bien six. Considérée par beaucoup comme la meilleure joueuse de hockey sur glace de tous les temps, elle a non seulement remporté une médaille d'argent et quatre médailles d'or, mais a aussi décroché à deux reprises le titre de meilleure joueuse du tournoi. En outre, elle a été l'une des rares athlètes à avoir eu le privilège de participer à la fois aux Jeux Olympiques d'été et d'hiver en rejoignant les rangs de l'équipe canadienne de softball à l'occasion des Jeux de Sydney en 2000.

Pourtant, son expérience olympique partit du mauvais pied, avec un échec cuisant en finale. "Quand j'étais petite, les Jeux Olympiques étaient un univers largement dominé par les hommes, ce qui ne m'a jamais empêchée de viser le plus haut niveau. Peu importait mon sexe, je rêvais d'entrer à la NHL et de jouer pour les Oilers d'Edmonton.

wickenheiser ice hockey Getty Images

Ce n'est qu'en 1994, lorsque le hockey féminin est officiellement entré au programme des JO de Nagano 1998, que j'ai su que j'avais trouvé ma voie. Pour une jeune fille de 19 ans, s'envoler pour le Japon était incroyablement excitant. Je m'en souviens comme si c'était hier ! Mais cette expérience a aussi été épouvantable. Lors du match de finale, j'ai goûté pour la première fois au plaisir de jouer sur la scène internationale, mais aussi à l'amertume de la défaite.

Alors que je me tenais sur la ligne bleue, la médaille d'argent autour du cou, je me souviens avoir pensé : 'Plus jamais'. Avec le recul, ce n'était pas si terrible. Parfois, il faut apprendre à perdre pour mieux gagner."

wickenheiser ice hockey IOC

Ce sentiment d'échec fut toutefois le premier et le dernier de sa carrière. Lorsqu'elle participe aux Jeux de Salt Lake City en 2002, c'est une joueuse bien plus aguerrie qui empoche sa première médaille d'or. "Ces Jeux ont été très émouvants, se souvient-elle. C'était juste après les attentats du 11 septembre, et l'une des joueuses de l'équipe américaine avait perdu son père lors de l'effondrement des tours du World Trade Center, l'ambiance était donc assez pesante."

Lors de la finale qui les opposait aux États-Unis, les Canadiennes étaient loin de faire figure de favorites, d'autant plus que leurs adversaires jouaient à domicile. Pendant la finale, Hayley Wickenheiser enchaîne les buts, ce qui lui vaut le titre de meilleure joueuse du tournoi.  "Le Canada avait déjà affronté les États-Unis avant cette finale et avait perdu à chaque fois, alors nous étions déterminées à gagner. En montant sur la première marche du podium, je me souviens avoir ressenti un sentiment de pure exaltation, mais aussi d'une certaine rédemption. Le parcours n'avait pas été facile, mais j'avais l'impression que nos efforts avaient été récompensés. Nous étions enchantées d'avoir gagné cette médaille, mais surtout épuisées et soulagées d'avoir accompli notre travail."

wickenheiser ice hockey Les Canadiennes après leur victoire à Salt Lake City | Getty Images

Tel un rouleau compresseur, la Canadienne écrase tous ses adversaires lors des trois éditions suivantes des Jeux. En 2006, elle décroche l'or à Turin. Elle garde le souvenir de gradins à moitié vides. "Mais le stade était magnifique, et nous avons décroché une belle victoire contre la Suède en finale, nuance-t-elle. Je pense que je suis devenue un peu pointilleuse, j'ai tendance à tout critiquer. Au bout d'un certain nombre de participations aux Jeux, on commence à comparer les éditions les unes aux autres. Si je n'avais participé qu'à Turin, je l'aurais sûrement vécu autrement."

Bien évidemment, les Jeux Olympiques de Vancouver 2010, organisés dans son pays natal, restent l'édition qu'elle chérit le plus. "Il n'y a rien de plus incroyable que de participer aux Jeux Olympiques dans son propre pays, même si cela signifie que la pression est à son comble. Au Canada, il faut savoir que le hockey a le don de déchaîner les passions. Mais ce fut une expérience merveilleuse. La ville de Vancouver a accompli un travail incroyable ! Le public canadien a non seulement réservé un accueil très chaleureux aux athlètes, mais a aussi réagi avec beaucoup d'enthousiasme aux bonnes performances. Lorsque nous avons gagné l'or, tout le monde est descendu dans les rues pour fêter ça. L'atmosphère était électrique, c'était vraiment génial !"

wickenheiser ice hockey Getty Images

Battant tous les records, la joueuse s'offre une quatrième victoire d'affilée à Sotchi en 2014. “Nous savions que le reste du monde nous avait dans le viseur et que les autres équipes allaient tout faire pour nous renverser du podium, donc nous avons mis les bouchées doubles pour être prêtes, à la fois physiquement et mentalement, raconte Hayley Wickenheiser. La finale contre les États-Unis a été notre victoire la plus impressionnante... pour ne pas dire la plus spectaculaire de l'histoire du hockey olympique. Alors que les Américaines menaient 2-0, nous avons réalisé une remontée phénoménale à 10 minutes de la fin du match. Je pense que personne n'avait jamais vu ça, que ce soit dans les équipes masculines ou féminines. Ce fut un affrontement vraiment féroce !"

Face à cette avalanche de médailles pendant les Jeux Olympiques d'hiver, il est facile d'oublier que Hayley Wickenheiser était aussi une grande joueuse de softball. Lors des Jeux de Sydney en 2000, elle découvre un format totalement distinct, qui l'oblige à s'adapter à une toute autre mentalité.

"Les Jeux Olympiques d'été n'ont rien à voir avec les Jeux d'hiver, affirme Wickenheiser. C'est un événement gigantesque, deux fois plus grand que ceux auxquels j'avais été habituée. J'ai adoré car il faisait chaud, alors que j'étais habituée aux pays froids. Je pouvais porter des shorts tous les jours, c'était super ! L'envergure de ces Jeux était incroyable, et c'est probablement mon expérience olympique préférée, de manière générale. La ville de Sydney s'est révélée un hôte fantastique.

Malheureusement, nos résultats ont été assez décevants. Je pensais que nous avions le potentiel de remporter une médaille, mais nous avons perdu le match qui nous aurait ouvert les portes des éliminatoires. L'équipe semblait simplement contente de participer, sans vraiment croire en ses chances de gagner. C'était une mentalité aux antipodes de celle du hockey, et j'ai eu du mal à m'y faire. Je préfère largement jouer dans une équipe qui fait figure de favorite, c'est beaucoup plus amusant ! On ne peut pas aller bien loin si on n'a pas confiance en ses propres capacités."

En réfléchissant à sa carrière olympique globale, Hayley Wickenheiser se dit particulièrement fière d'une chose : "Malgré la pression, j'ai toujours su garder mon sang-froid pendant les grands matchs". Et aujourd'hui, le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne se repose pas sur ses lauriers. À tout juste 40 ans, Hayley Wickenheiser continue à travailler dans l'univers du hockey au poste de directrice adjointe au développement des joueurs pour les Maple Leafs de Toronto. En parallèle, elle suit également une formation pour devenir médecin urgentiste.

Fidèle à son goût pour le travail sous pression, ce choix de carrière soulève toutefois une question : les Canadiens blessés ne seront-ils pas impressionnés d'être soignés par une héroïne nationale ? Selon Hayley Wickenheiser, le problème n'a pas lieu d'être. "Ce que j'aime dans les urgences, c'est que les patients sont trop sonnés pour me reconnaître", souligne-t-elle. Quoi qu'il en soit, ses prouesses vont continuer.

back to top En