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Un "simple chef de troupeau mongol" surmonte une déchirure du LCA pour la gloire olympique

Tuvshinbayar Naidan
Le peuple mongol a longtemps attendu que l'un des siens remporte une médaille d'or, jusqu'au triomphe du judoka Tuvshinbayar Naidan, qui a reçu les acclamations de son pays. Quatre ans après avoir "guéri sa nation" en obtenant le tout premier sacre olympique de la Mongolie, Tuvshinbayar Naidan a tout simplement refusé de laisser une blessure grave entraver son parcours olympique.

Rien ni personne n'aurait pu empêcher le judoka de prendre place sur le tatami lors des Jeux Olympiques de Londres 2012, où il s'apprêtait à combattre sa seconde finale olympique successive dans la catégorie des poids mi-lourds.

Quatre hommes avaient tenté, en vain, de s'opposer à lui. Très inquiets pour son bien-être sur le long terme, ses proches l'ont supplié de se contenter de l'argent et de déclarer forfait à l'épreuve.

Presque tous les entraîneurs et membres de ma famille se sont opposés à ce que je participe à la finale. Ils se préoccupaient pour ma santé.. Tuvshinbayar Naidan

Mais le Mongol n'en avait que faire, en dépit d'une déchirure du ligament croisé antérieur (LCA) au genou gauche.

 


Ici, il est important de prendre en considération tout le chemin parcouru par le Mongol pour arriver jusqu'à cette journée fatidique. Né dans une famille d'éleveurs nomades dans les steppes de Mongolie centrale, il pratique la lutte depuis son plus jeune âge. À 18 ans, il s'essaye au judo pour la première fois après avoir découvert ce sport à la télévision lors des Championnats d'Asie. Il accroche immédiatement. En l'espace de cinq ans, il participe non seulement aux épreuves de Coupe du monde de la Fédération internationale de judo, mais il monte même sur les podiums.

Un an plus tard, il participe aux Jeux Olympiques de Beijing 2008, jeune, concentré et empli d'espoir, à défaut d'expérience. Il affronte dans un premier temps le médaillé d'or en poids lourds des Jeux d'Athènes 2004 et grand favori dans la catégorie mi-lourds, le Japonais Keiji Suzuki. Un grand adversaire qui ne pose finalement pas de problème au Mongol qui réalise un ippon au bout de seulement une minute et 26 secondes. Il avance jusqu'en finale avec une agilité remarquable, ses adversaires peinant même à le toucher.

Il affronte alors le Kazakh Askhat Zhitkeyev et tout le poids de l'histoire. La Mongolie est devenue nation participante aux Jeux Olympiques en 1964 et lors de ses dix participations aux Jeux d'été avant Beijing 2008, ses athlètes avaient remporté 15 médailles, mais aucune d'or. L'occasion était trop belle pour Tuvshinbayar Naidan.

Getty Images

"Ce fut pour moi un véritable honneur et privilège de remporter la première médaille olympique [d'or] de ma patrie, un pays de seulement trois millions d'habitants, alors que j'étais un simple fils de gardien de troupeaux, raconte le judoka. Tout le pays a célébré cette victoire avec fierté le 14 août 2008. Le peuple mongol, avide de sport, attendait ce moment depuis 44 ans, depuis notre première participation aux Jeux [d'été] de Tokyo de 1964. Je suis extrêmement heureux d'avoir pu réaliser le rêve de ma nation."

Au lendemain de cet événement historique, les médias internationaux titrent que cette première médaille d'or pour la Mongolie a "guéri la nation". Pour Tuvshinbayar Naidan, ils n'avaient pas tort.

"Des émeutes et manifestations politiques agitaient la capitale mongole [Oulan-Bator] depuis les élections législatives du 1er juillet 2008. Un couvre-feu avait même été imposé en raison de l'instabilité qui régnait", explique le judoka, dont la victoire historique fut suivie d'une autre dix jours plus tard, cette fois-ci par le boxeur Enkhbatyn Badar-Uugan dans la catégorie poids coq.

"Mais ces réussites et une médaille d'or olympique ont guéri la nation, et la noirceur apportée par les troubles politiques fut balayée par un véritable sentiment de paix, de joie et de satisfaction", ajoute-t-il.

Alors que la Mongolie baignait dans les eaux du succès, Tuvshinbayar Naidan a dû s'occuper d'une blessure grave au genou droit, aggravée par ses combats à Pékin. Il se fait opérer et son rétablissement est long et douloureux. En juillet 2010, il remporte enfin sa première victoire d'or en Coupe du monde à Oulan-Bator. Il inscrit deux autres victoires en Coupe du monde en 2011 et arrive aux Jeux de Londres 2012 avec une seule idée en tête : défendre sa couronne olympique tant attendue.

Mais sa bonne étoile ne semble pas être à ses côtés cette fois-ci. Sa blessure au genou droit avait forcé le judoka à mettre plus de poids sur sa jambe gauche que naturellement recommandé et il utilisait cette jambe comme outil d'attaque principal. Elle a malheureusement cédé, dans un pur moment d'agonie, lors de sa demi-finale contre le Coréen Hwang Hee-Tae. Même encore aujourd'hui, huit ans plus tard, le Mongol n'exagère en rien la gravité de sa blessure lorsqu'il la qualifie de "moment horrible".

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À l'époque, les personnes qui se trouvaient à l'intérieur du ExCel Centre de Londres avaient pu entendre les cris de douleur du jeune homme de 28 ans. Son entraîneur avait dû le porter hors du terrain. Son agonie était telle que Tuvshinbayar Naidan n'aurait apparemment même pas reconnu son père. Toutes les personnes qui ont assisté à ce drame étaient sûres d'une chose : le champion en titre ne reviendrait pas pour la finale qui devait avoir lieu plus tard dans la journée. Personne n'aurait cru cela possible, à part le champion en titre lui-même.

"J'ai longuement discuté avec le président de la Fédération mongole de judo avant de prendre ma décision, explique le judoka. J'avais parfaitement conscience que je devais juste réussir à surmonter cinq petites minutes du match le plus difficile [possible] pour atteindre le sommet du podium olympique à nouveau. Il fallait que j'oublie ma blessure, peu importe sa gravité.

Donc je me suis présenté pour ce combat de finale sans aucune hésitation."

Tuvshinbayar Naidan Getty Images


Un homme ne tenant plus que sur une jambe, face au champion du monde de 2011, le Russe Tagir Khaibulaev.

"Je me suis relevé pour gagner, raconte le Mongol. Je sentais que Tagir était très nerveux, donc ma tactique à moi était d'être calme, d'avoir l'air mystérieux et d'avoir un mental en acier."

Il a réussi à mettre en œuvre sa tactique, et bien plus encore. Pendant deux minutes, il a défié toutes les conventions avant que finalement le Russe n'en ait assez et finisse par vaincre le guerrier mongol avec un ippon. Le règne olympique de Tuvshinbayar Naidan a alors pris fin. Toutefois, il venait de gagner une légion d'admirateurs internationaux et de devenir le premier Mongol à remporter deux médailles olympiques.

Tuvshinbayar Naidan Getty Images

Il a ensuite participé aux Jeux de Rio 2016 et a remporté la médaille de bronze aux Championnats du monde de 2017 dans la catégorie des +100 kg. Aujourd'hui âgé de 36 ans, il est conseiller auprès du président mongol Khaltmaagiin Battulga depuis 2017 et a récemment été élu président du Comité National Olympique de Mongolie. Il espère également participer à sa quatrième édition des Jeux à Tokyo l'an prochain. Ne manquez surtout pas ses combats s'il se qualifie : ce sera sans aucun doute de grands moments de télévision.

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