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Tokyo 1964 – résilience et renaissance du Japon

Tokyo 1964 Getty Images
Il y a cinquante-six ans, Tokyo célébrait l’ouverture de ses premiers Jeux Olympiques. Aujourd’hui, cet évènement est perçu par beaucoup comme ayant constitué un tournant pour le Japon. Ces Jeux voyaient le pays émerger des conséquences dévastatrices de la Seconde Guerre mondiale et se présenter en tant que membre pacifique et solidaire de la communauté internationale, une puissance industrielle mondiale, ainsi qu’un exportateur de produits technologiques de la plus haute qualité.  

Lorsque, le 10 octobre 1964, Yoshinori Sakai fit son entrée au pas de course dans le Stade national de Tokyo, portant la flamme olympique, sa participation à la cérémonie d’ouverture était lourde de sens. En effet, connu sous le nom de “fils de la bombe atomique”, Yoshinori Sakai était né à Hiroshima 19 ans plus tôt, le 6 août 1945, soit le jour même où un bombardier américain avait largué la première bombe atomique sur sa ville.  

Pourtant, en ce 10 octobre 1964, il gravissait l’escalier d’un pas léger, tenant haut cette flamme pour allumer la vasque olympique et donner le coup d’envoi des Jeux de Tokyo. Alors que le feu embrasait la vasque, les flammes ne marquaient pas seulement l’ouverture des Jeux, mais illuminaient et mettaient en lumière la renaissance du Japon.  

Ce nouveau Japon faisait preuve de confiance, révélait au monde sa culture et affirmait son statut de chef de file en matière technologique. En fait, les Jeux donnèrent au Japon l’occasion de présenter un nombre d’innovations tellement élevé qu’un journaliste britannique les qualifia même de Jeux de “science-fiction”.  

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Et aujourd’hui, quelque 56 ans plus tard, alors que Tokyo s’apprête à accueillir les Jeux Olympiques de l’après-coronavirus, les thèmes de la résilience et de la renaissance sont à nouveau d’actualité. Cette fois-ci, Tokyo symbolise la résilience d’un monde en proie à une pandémie planétaire.

“En 1964, ces premiers Jeux Olympiques organisés en Asie marquaient le début du renouveau pour un Japon pacifique et dynamique au sein de la grande famille des nations du monde,” déclarait Thomas Bach, président du CIO, en mars 2020, à l’occasion de la cérémonie de l’allumage de la flamme olympique des Jeux de Tokyo 2020. “Les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 seront également symbole d’espoir et de confiance pour tout le peuple japonais […].”

Innovations technologiques et nouvelles conceptions

À l’époque, en 1964, la technologie constitua un centre d’intérêt majeur. De la diffusion par satellite à la télévision couleur, sans oublier le monorail et les trains à grande vitesse, les Jeux firent de Tokyo et de ses environs un haut lieu des nouvelles technologies.

Pour l’ensemble de l’humanité, la technologie fit un pas de géant par exemple en matière de radiodiffusion, cela grâce à la collaboration entre le gouvernement japonais et la NASA, afin de lancer un satellite de communication, initialement conçu au service des liaisons téléphoniques. En s’appuyant sur une technologie nouvelle, le satellite transmettait des signaux télévisés, ce qui permit d’assurer une diffusion des Jeux Olympiques en direct pour un tiers de la population mondiale.

De plus, l’utilisation, pour la première fois, de microphones pour les prises de son en proximité et la présentation de rediffusions au ralenti intensifièrent considérablement l’expérience des téléspectateurs, alors que des ordinateurs permettaient l’affichage à la télévision des temps des athlètes. Et, bien que la plupart des téléspectateurs aient suivi les Jeux en noir et blanc, la cérémonie d’ouverture et certaines épreuves, telles que les compétitions de lutte, de volleyball, de gymnastique et de judo, étaient diffusées pour la première fois en couleur.

D’autres innovations consistaient, par exemple, en des mesures des temps au centième de seconde, en reliant le pistolet de départ à une horloge à quartz et à l’appareil photographique permettant de réaliser la photo-finish. Autre nouveauté, les perchistes utilisèrent des perches en aluminium, plus légères et plus souples.   

Par ailleurs, le recours à des éléments graphiques, afin de surmonter toutes les barrières, fut un autre aspect novateur qui allait marquer la conception graphique pour les décennies à venir. En effet, les Jeux de Tokyo 1964 furent les premiers Jeux à introduire l’utilisation de pictogrammes, autre élément qui a continué à jouer un rôle important dans toutes les éditions suivantes des Jeux Olympiques. Tokyo 2020 a maintenant fait franchir à cet héritage une nouvelle étape, en créant les premiers pictogrammes sportifs olympiques et paralympiques cinétiques de l’histoire.

Ayant déjà adopté une démarche similaire à l’époque, les organisateurs de Tokyo 1964 avaient remplacé les symboles nationaux traditionnels japonais par des pictogrammes modernes et futuristes. La responsabilité de l’identité visuelle et du style des Jeux avait été confiée à Yusaku Kamekura, considéré comme l’un des pères fondateurs de la conception graphique japonaise de l’après-guerre. Passionné d’art abstrait, d’un art hautement stylisé, c’est à lui que l’on doit le très célèbre emblème des Jeux de Tokyo.

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Infrastructures

En réalité, l’héritage des Jeux vit le jour bien avant 1964. En effet, dès que la ville de Tokyo eut été désignée pour accueillir les Jeux, sa nomination accéléra la mise en œuvre des projets de développement et d’aménagement prévus pour la ville, tels que la construction de nouveaux logements, d’hôtels, de parcs, ainsi que la modernisation des systèmes d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées. Outre le prestigieux Prince Hotel de Tokyo, le bâtiment de 17 étages de l’Hôtel New Otani s’imposa alors comme le plus haut édifice de la ville.

Les travaux d’amélioration des réseaux routiers et ferroviaires furent également prioritaires. Le train à grande vitesse Shinkansen, reliant Tokyo à Osaka et surnommé le “super express”, fut inauguré neuf jours seulement avant le début des Jeux. Train le plus rapide du monde à  l’époque, il reste l’un des legs les plus emblématiques des Jeux et le nombre de ses lignes a, par la suite, été très largement développé pour desservir d’autres régions du pays.    

Au nombre des autres infrastructures nouvelles qui ont également eu des effets majeurs, citons le monorail de Tokyo, lequel fut le premier train monorail au monde utilisé à échelle réelle pour les transports publics urbains. En 2019, le monorail a, par exemple, transporté en moyenne près de 300 000 passagers les jours ouvrables, sur un réseau d’une longueur actuelle de 17,8 km. Parallèlement, les Jeux Olympiques de 1964 contribuèrent aussi à l’extension des lignes du métro souterrain de Tokyo et de l’autoroute métropolitaine, vaste réseau routier qui a permis de soulager la congestion du trafic dans une ville devenue désormais la plus grande mégalopole du monde.

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Sites des Jeux de 1964 prêts à servir Tokyo 2020 avec brio

Le Stade national de Yoyogi, lequel avait accueilli les compétitions de natation, de plongeon et de basketball, a été considéré par certains comme “l’une des constructions sportives les plus remarquables au monde”. Sa conception originale et sa toiture suspendue unique associent une architecture japonaise traditionnelle à une esthétique occidentale moderniste, qui font de cette construction une icône architecturale. Aujourd’hui, outre les compétitions sportives qu’il continue d’accueillir, le stade est également utilisé par la communauté locale en tant que centre culturel et d’animations polyvalent.

D’autres sites datant des Jeux de 1964 ont aussi été très fréquemment utilisés pour des activités sportives. Six d’entre eux seront d’ailleurs réutilisés pour les Jeux de Tokyo 2020 : le Stade national de Yoyogi, le centre d’arts martiaux ou Nippon Budokan, le Parc équestre, le Tokyo Metropolitan Gymnasium (centre de gymnastique), le port de plaisance d’Enoshima et le stand de tir d’Asaka.

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L’esprit de “konjo”

À vrai dire, certains des legs les plus marquants des Jeux de 1964 ont été les très vives émotions suscitées par les athlètes.

Par exemple, l’équipe féminine japonaise de volleyball gagna le cœur de toute la nation en remportant la médaille d’or, au terme d’une finale jouée face à l’équipe soviétique pourtant partie favorite. Cette rencontre fut suivie par plus de téléspectateurs japonais qu’aucune autre compétition organisée durant ces Jeux et la victoire des Japonaises donna ensuite lieu à de nombreux reportages sur le volleyball, tels des documentaires télévisés consacrés à ce sport. Dès lors, du fait de l’engouement pour ce dernier, la nouvelle génération de joueuses de volleyball remporta ainsi également la médaille d’or aux Jeux de Montréal en 1976, alors que d’autres médailles furent aussi glanées à Mexico en 1968, à Munich en 1972, à Los Angeles en 1984 et à Londres en 2012.

En football également, le Japon vit ses efforts couronnés de succès. L’équipe nationale s’imposa face à l’Argentine sur le score de 3-2 durant la phase des matches de groupe pour ensuite atteindre le niveau des quarts de finale. Ce fut à la suite de ces exploits que fut créé à Tokyo, en 1965, le championnat du Japon de football.

Durant toutes ces compétitions sportives, l’esprit de “konjo” – que l’on pourrait traduire par “le cran” ou “la ténacité” – prit une nouvelle dimension dans l’esprit de nombreux Japonais grâce aux Jeux Olympiques de Tokyo. C’est peut-être Kokichi Tsuburaya qui incarna le mieux cet état d’esprit, en remportant la médaille de bronze au terme du marathon masculin, laissant échapper de peu la médaille d’argent.


Mais les Jeux eurent également d’autres répercussions. Ils entraînèrent, en effet, l’ouverture de nombreux clubs sportifs et de centres d’entraînement dans l’ensemble du pays, permettant ainsi au sport de faire peu à peu partie intégrante de la vie des Japonais.

Cet héritage avait en réalité commencé à prendre forme déjà en 1961, suite à l’adoption par le gouvernement japonais de la “Loi sur la promotion du sport”, laquelle prévoyait des mesures concrètes pour promouvoir le sport aux niveaux local et national. La nouvelle association japonaise des clubs de sport pour les juniors (Japan Junior Sport Clubs Association, JISA) a depuis aidé d’innombrables enfants à accéder au sport et, en 2018, elle recensait 650 000 enfants et adolescents actifs dans le cadre de 31 000 clubs sportifs, répartis dans l’ensemble du pays.

C’est ainsi, et de bien d’autres manières encore, que les Jeux de Tokyo ont permis d’unifier la population japonaise. Une très large couverture télévisée, créant le sentiment d’une expérience nationale commune, et des rediffusions régulières du film olympique officiel au cours des décennies suivantes ont gravé à jamais les Jeux dans la mémoire du peuple japonais.

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