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Sydney 2000 : retour sur une ambiance exceptionnelle dans le centre aquatique

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Dans le centre aquatique de Sydney, du 16 au 23 septembre 2000, les nageurs australiens bénéficient du soutien exceptionnel d'un public passionné. Récit de l'intérieur de ces journées où l'adolescent Ian Thorpe et ses coéquipiers sont poussés par une ferveur incroyable à réaliser une série d'exploits mémorables lors des Jeux de la XXVIIe Olympiade.

Dans le parc olympique de Homebush Bay, à une quinzaine de kilomètres du centre de Sydney, Il faut remonter l'Olympic Boulevard, doubler le majestueux stade olympique, croiser la "Dawn Fraser Avenue" et s'approcher du centre aquatique pour réaliser ce qu'il s'y passe. Nul besoin de tendre l'oreille : de cette piscine olympique débordent chaque jour les clameurs du public devant les exploits des nageurs australiens. Et ce n'est pas tout, puisqu’au cœur même de la ville, devant la station de métro Circular Quay, la foule se rassemble chaque jour devant deux écrans géants durant la première semaine des Jeux pour vibrer avec ses champions.

Dès le début des compétitions, le 16 septembre, résonnent les "Thorpee, Thorpee, Thorpee !" des 17 500 spectateurs, pour accompagner les exploits d'un jeune nageur de 17 ans qui met le feu dans le bassin de 50 m. Vêtu d'une combinaison intégrale, Ian Thorpe commence par dominer la finale du 400 m nage libre de la première à la huitième longueur. "C'était comme les gladiateurs entrant dans le Colisée. J'étais prêt à courir et à bien courir. Entendre la foule m'a donné encore plus d'énergie", a-t-il raconté.


Déjà recordman du monde sur la distance, le nageur qui évolue à la maison (il est né et a grandi à Milperra dans la banlieue de Sydney) s'impose dans un vacarme assourdissant, en établissant une nouvelle marque mondiale (3.40:59) et en retranchant 35/100e de seconde au record olympique réalisé en 1992 par le champion russe de l'équipe unifiée, Yevgeny Sadovyi. Il remporte ainsi la première des seize médailles d'or de l'Australie lors de ces Jeux.

 


L'Australie déboulonne les États-Unis

Mais en cette même et mémorable journée, l'ambiance va encore monter d'un cran ! L'équipe des États-Unis est carrément invaincue dans le relais 4x100 m nage libre depuis ses débuts au programme en 1964 à Tokyo (le relais nage libre hommes était auparavant exclusivement le 4x200 m), soit sept victoires d'affilée en considérant que le 4x100 m n'était pas au programme des Jeux de 1976 et de 1980. Ici, ils ont marqué leur territoire dès les séries en signant le meilleur temps (3:15.43), reléguant le quatuor australien à près de deux secondes. Gary Hall Jr jette de l'huile sur le feu en déclarant : "Nous allons les fracasser comme des guitares."

Anthony Ervin, Neil Walker, Jason Lezak et Gary Hall Jr ne perdent rien pour attendre. La foule déchaînée est prête à porter son équipe, qui s'élance en finale avec Michael Klim à la ligne 5, alors qu’Anthony Ervin plonge à ses côtés, ligne 4. Klim fait un premier relais extraordinaire, il donne une large avance à l'Australie et termine ses deux longueurs de bassin avec un record du monde individuel sur 100 m : 48.18. Il n'est plus possible de se parler dans les gradins, le public qui les remplit à ras bord hurle à gorges déployées, et le niveau sonore va encore augmenter 

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La bagarre est intense entre Chris Fydler et Neil Walker, puis entre Ashley Callus et Jason Lezak ; à coups de bras rageurs, ils restent côte à côte et ne se départagent pas, loin devant les autres concurrents de cette finale. Après sa médaille d'or du 400 m, Ian Thorpe va devoir se remettre à l'eau pour conclure, à la lutte avec Gary Hall Jr. Ce dernier prend de l'avance, touche le mur aux 50 m largement en tête et conserve l'écart dans la deuxième longueur. Quand le public comprend que Thorpe est en train de le rattraper, les clameurs redoublent : "Thorpee, Thorpee !" Sur les derniers mètres, la jeune star de l'équipe australienne parvient à prendre l'avantage pour finir avec un record du monde en 3.13.67. Incroyable explosion de joie du public, et de ses coéquipiers sur le plot de départ. Pour fêter leur victoire, ils joueront de l"air guitar" pour envoyer un sympathique message à Gary Hall.

"Tous les gars ont fait un super travail, moi aussi", dit Michael Klim, "je n'ai jamais rien ressenti de plus beau de toute ma vie." "Incroyable d'avoir fait partie de ce relais, irréel", ajoute Ashley Callus. "Je savais que je ne devais pas laisser tomber les copains. C'est un tel honneur de représenter son pays", déclare Ian Thorpe. Et tous soulignent à quel point le soutien indéfectible du public les a portés vers cette victoire historique. "Cette médaille leur appartient aussi", conclut Michael Klim.

Un 4x200 m euphorique et la fête à Susie O’Neill

Ian Thorpe est encore en vedette trois jours plus tard pour la finale du relais 4x200 m nage libre, une épreuve que les Australiens n'ont gagnée qu'une fois, aux Jeux de Melbourne en 1956. Le ton est donné dès la présentation des équipes quand le speaker du centre aquatique présente le quatuor australien à la ligne 4, applaudi à tout rompre par la foule. Laquelle va reprendre de plus belle ses "Thorpee !" pour donner des ailes à Thorpe, alors qu'il effectue le premier relais en donnant d'entrée une belle avance à son équipe. Curieusement, alors que Michael Klim, Todd Pearson et Bill Kirby continuent à creuser un écart de plus en plus impressionnant, soulevant des 'Oooooh" et des 'Aaaah" à chaque virage, à chaque passage de relais, le fameux "Thorpee !" continue à résonner dans les gradins.

Impériaux, les Australiens s'imposent avec pratiquement cinq secondes d'avance sur les Américains, et en 7:07.05, battent de près de quatre secondes le précédent record du monde. "Les meilleures minutes, les meilleures heures, les meilleurs jours, la meilleure semaine de ma vie. Pouvoir rêver, et accomplir ce rêve, est la meilleure chose que l'on puisse faire", dira Ian Thorpe, devenu une véritable rock star adulée par tout un pays.


Toujours ce 19 septembre, c'est aussi la fête pour Susie O'Neill ! Les Australiennes sont moins en réussite que leurs homologues masculins lors de ces Jeux, mais elles ont en la championne olympique du 200 m papillon à Atlanta en 1996 une sérieuse prétendante au titre sur... 200 m nage libre, car Susie O'Neill n'est pas que "Madame Butterfly". C'est follement soutenue par la foule aux cris de "Susie, Susie, Susie !" qu'elle parvient à s'imposer en déclenchant une ovation largement audible de l'extérieur du centre aquatique, repoussant les assauts de la Slovaque Martina Moravcová pour la battre à la touche de 8/100e de seconde.

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Grant Hackett prive Kieran Perkins d'un triplé sur 1 500 m

Le 23 septembre, sur la distance la plus longue, le 1 500 m, la finale va constituer un véritable crève-cœur pour le public du centre aquatique. Il a toutes les raisons du monde de soutenir pour cette course Kieren Perkins, détenteur des records du monde et olympique, qui vise la passe de trois sur la distance après avoir été sacré aux Jeux de Barcelone 1992 et d'Atlanta 1996. Mais son jeune compatriote Grant Hackett, invaincu sur 1 500 m depuis 1997, ne l'entend pas de cette oreille. Il expliquera vingt ans après pour le Sydney Morning Herald : "J'avais presque un peu peur de mon propre pays. Tout le monde adorait Kieren et voulait le voir réaliser le triplé. Je me souciais du fait que les gens puissent me détester si jamais je le battais." Cela se ressent à l'applaudimètre quand les deux Australiens, qui s'élancent des lignes 3 et 4, sont présentés tour à tour au public : chauds applaudissements pour Hackett, longue ovation pour Perkins !

Au final, il n'y aura pas photo entre les deux nageurs : Hackett prend la tête dès les premiers 100 m et ne cesse plus de creuser l'écart. Le public est finalement ravi de voir ses nageurs réaliser un doublé et l'excitation grandit pour les dernières longueurs de bassin : Hackett croise Perkins à chaque fois, puisqu'il vire bien avant lui. Il l'emporte finalement en 14:48.33, avec cinq secondes d'avance sur son aîné. L'Américain Chris Thompson en bronze est encore plus loin. En se congratulant dans l'eau, Perkins murmure à Hackett : "Tu le mérites."


Le public australien va également soutenir follement les deux relais féminins (4x100 m et 4x200 m) qui terminent à chaque fois deuxièmes derrière les Etats-Unis, à nouveau Ian Thorpe (deuxième du 200 m nage libre) et Susie O'Neill (deuxième du 200 m papillon), et enfin les autres médaillés d'argent que sont Michael Klim (100 m papillon), Matt Welsh (100 m brasse) et Leisel Jones (100 m brasse femmes).

Au final, ce sont les nageurs et nageuses américains qui totalisent le plus de titres (14) et de médailles (33), mais l'Australie obtient un résultat historique avec 18 médailles dont cinq en or et neuf en argent. L'atmosphère exceptionnelle qui a régné dans le centre aquatique y est pour beaucoup...

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