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Succès, rivalité et provocation par carte postale : l'histoire olympique de Lisa Fernandez, triple championne de softball

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Lisa Fernandez est sans doute la plus grande joueuse de softball de tous les temps. La star américaine a en effet aidé son pays à remporter trois médailles d'or grâce à son lancer précis et à sa volonté farouche de gagner, le deuxième de ces succès ayant eu lieu en Australie le 26 septembre 2000. Sa passion de lanceuse n'a jamais été aussi évidente qu'en entrant dans la "fosse aux lions" des Jeux Olympiques de Sydney 2000, alors que les États-Unis affrontaient leurs plus grands rivaux sur leur propre terrain...

Pour la plupart des athlètes en lice aux Jeux Olympiques de Sydney 2000, la visite de l'Australie a été l'occasion de rencontrer une population locale réputée à l'échelle internationale pour son accueil chaleureux et amical. Pour la lanceuse Lisa Fernandez et l'équipe américaine de softball, le pays était toutefois considéré comme un "territoire ennemi".

"L'Australie était notre plus grand adversaire", a déclaré Lisa Fernandez, se souvenant de la rivalité avec l'équipe américaine de softball. "Aux Jeux d'Atlanta 1996, où nous avions remporté la médaille d'or, l'Australie nous avaient battues dans le tournoi de qualification. J'avais renoncé à un home run en tant que lanceuse et les joueuses australiennes avaient gagné. Mais nous les avons battues plus tard, en dernière phase de poule, et nous avons décroché l'or.

"Au mois de novembre qui a suivi les Jeux, j'ai reçu une carte postale de la joueuse qui avait frappé le home run contre moi. C'était une photo d'elle, retenue par ses coéquipières, et elle disait : 'Rendez-vous au Japon en 1998'. C'était une référence aux prochains Championnats du monde."

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Je suis une compétitrice dans l'âme, alors pour moi c'était un défi. C'était éprouvant. C'était un coup. La rivalité s'est intensifiée à un tout autre niveau, tout cela à cause d'une carte postale personnelle. À la fin, nous avons battu l'Australie et remporté la médaille d'or à ces Championnats du monde. Mais que penser de la suite ? Les Jeux Olympiques, en Australie qui plus est. Numéro un et numéro deux du monde, dans leur pays d'origine. Pour les Jeux Olympiques. La scène n'aurait pas pu être plus grande."

Lisa Fernandez était la superstar de ce sport. Aux Jeux d'Atlanta 1996, elle avait établi le record olympique de l'attaque ("en tant que lanceuse, vous voulez entrer dans l'histoire") : elle était la Simone Biles ou la Serena Williams du terrain. Et elle a été la vedette d'une compétition sportive qui s'est déroulée à la manière d'un film de sport improbable.

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En allant à Sydney, l'équipe américaine était bien plus que la grande favorite : elle était forte d'une série de 110 victoires consécutives. Mais en arrivant en Australie, la roue a tourné. Après avoir battu Cuba et le Canada, les États-Unis ont perdu contre le Japon, la Chine et, enfin, devant une foule aussi nombreuse que partisane, l'équipe locale.

"Il y avait de mauvaises vibrations", a déclaré Lisa Fernandez. "Nous étions à une défaite de l'élimination du tournoi." Et d'ajouter : "Une réunion décisive a eu lieu, au cours de laquelle l'équipe a fait le vide et a remis les compteurs à zéro."

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"Nous avons dû nous remettre en tête que nous devions faire tout ce qu'il fallait pour gagner. Qu'il s'agisse de frapper 500 pour le tournoi ou 100, de faire un amorti, un plongeon – bref tout ce qu'il fallait, pour l'équipe. Il n'y a pas de "je" qui tienne dans une équipe et nous avons dû revenir à l'essentiel, à savoir jouer les unes pour les autres."

"Lors de cette fameuse réunion, nous nous sommes recentrées. Nous avons dû mettre l'accent sur les points forts de notre équipe, et non sur ses points faibles. Nous nous sommes dit : "Nous sommes toujours là et nous devons réussir et nous faire respecter. Oublions l'or, nous devons nous donner l'occasion de nous battre pour y arriver. Et nous l'avons fait."

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"Je suis si fière de cette équipe. Ce n'est pas facile de changer d'état d'esprit en plein milieu d'une compétition. Mais nous avons éliminé des équipes, puis nous sommes retrouvées contre les équipes qui nous avaient battues : le Japon, l'Australie, la Chine. C'était intense, c'est le moins que l'on puisse dire. Surtout de battre l'Australie. C'était la fosse aux lions. Vous savez, c'était énormément de bruit, c'était la compétition à son plus haut niveau. Mais la résilience de cette équipe est apparue. Perdre trois fois de suite et réussir à revenir, pour moi, c'était un incroyable exploit."

Lisa Fernandez rayonnait et sa bonne étoile l'accompagnait encore. Brillante joueuse universitaire de l'UCLA, elle était l'une des rares joueuses de softball à vivre de ce sport et de ses parrainages, grâce à une gamme de battes et de gants à son nom, Lisa Fernandez. Tout cela n'a été possible que grâce à ses dons de lanceuse, bien que l'humble Californienne, aujourd'hui âgée de 49 ans, pense qu'elle a également eu de la chance.

"Je suis née au bon moment, car le softball n'est entré dans le programme olympique qu'en 1996, et il a été retiré du programme en 2012, ce qui a fait que de nombreux joueurs n'ont pas pu en profiter", a-t-elle confié. Et de poursuivre : "J'ai eu la chance de participer aux Jeux d'Atlanta, pour le 100e anniversaire, dans mon pays natal. Je n'aurais jamais pensé que je serais une olympienne en grandissant, mais cette possibilité m'a été offerte. Et quand vous pratiquez un sport olympique, cela vous apporte une réelle crédibilité, un soutien et une réputation. Cela apporte aussi un public et de la médiatisation, cela porte votre sport à un tout autre niveau."

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"Donc les Jeux d'Atlanta étaient incroyables. Nous avons joué devant 10 000 personnes, nous sommes passées à la télévision, nous sommes allées à la Maison Blanche et avons rencontré le président. Nous avons rencontré la Dream Team et d'autres olympiens, et ils nous ont traitées d'égal à égal. Dans les rues avant les Jeux, le public nous souhaitait bonne chance. Vous représentez tout un pays, alors Atlanta nous a donné un sentiment d'accomplissement ahurissant. Nous avons été catapultées sous les feux de la rampe."

Après Sydney, Lisa Fernandez envisageait de prendre sa retraite – jusqu'à ce qu'une autre "provocation" la persuade de poursuivre sa quête d'une troisième médaille d'or historique consécutive. "Pour Athènes 2004, les organisateurs ont procédé à quelques ajustements à notre sport", a-t-elle indiqué. "Ils ont reculé les limites de 7,60 mètres, ils ont déplacé la base de 0,9 mètre et ils ont introduit une balle plus dynamique. Tout a été fait pour essayer de minimiser la domination des États-Unis. Cela m'a donné la motivation pour ne pas prendre ma retraite. C'était une nouvelle attaque menée à notre encontre, pensant que le résultat pourrait ainsi être changé. Peut-être l'ai-je pris trop personnellement. Je puise ma motivation dans des situations comme celles-ci. Nous sommes donc venues à Athènes en cherchant à prouver notre domination, et nous l'avons fait."

Lisa Fernandez, aujourd'hui entraîneure de softball à l'UCLA, a été déçue de voir le sport retiré du programme olympique pour Londres 2012, et ravie qu'il soit rétabli pour les Jeux de Tokyo 2020. "Tant de personnes ont travaillé si dur pour le remettre au programme", a-t-elle déclaré. "Nous avons lutté. Nous avons élevé le softball au rang de sport universitaire. Les États-Unis et le Japon l'ont développé dans d'autres pays. Notre sport a fait preuve de résilience. Il a une base mondiale."

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Lisa Fernandez est très enthousiaste à l'idée de la tenue des Jeux de Tokyo 2020 et de leur déroulement, et cela se comprend. "Pourquoi le public devrait-il regarder ce sport ?", a-t-elle indiqué. "Pour la rapidité et l'habileté des athlètes qui le pratiquent. Frapper un objet rond avec un objet rond est difficile. La course, le lancer, les temps de réaction, la compétitivité. C'est à la fois passionnant et amusant. Chaque match compte, et il n'existe pas de plus grande scène que les Jeux Olympiques."

Quant à choisir un gagnant, c'est aussi difficile. "Ça va être très serré. Le Japon pourrait être le favori, mais il y a aussi la Chine, le Canada, le Mexique – et évidemment les États-Unis et l'Australie." En d'autres termes, personne n'aura besoin d'une motivation supplémentaire – alors inutile d'envoyer des cartes postales.

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