skip to content
2018 Getty Images
PyeongChang 2018

Rois et reines de la vitesse en ski alpin : exploits en série et pages d'histoire

D'Aksel Lund Svindal, le premier Norvégien champion olympique de descente, à Sofia Goggia, la première Italienne sacrée dans la discipline, en passant par l'incroyable sensation créée par Ester Ledecká dans le super-G féminin, et l'excellence olympique de Mathias Mayer, les émotions et les nouvelles pages écrites dans le grand livre des Jeux d'hiver n'ont pas manqué sur la piste de vitesse de Jeongseon !

Prévue initialement le dimanche 11 février mais reportée à cause du vent, la reine des épreuves de ski alpin se déroule le jeudi 15 février dans des conditions idylliques sous un soleil radieux et par des températures très agréables. Les favoris ont choisi des dossards peu élevés et c’est d’abord le Suisse Beat Feuz, dossard 5, qui signe le meilleur chrono avec un style fluide et de très bonnes lignes. Le champion du monde en titre de la spécialité est impressionnant de maîtrise sur le tracé de Jeongseon où les concurrents passent de longues secondes dans les airs en raison des sauts de plus de 40 mètres qui ponctuent leur parcours. Feuz en termine en 1.40.53 et déloge Dominik Paris de la première place.

Juste après, c’est Aksel Lund Svindal qui s’élance avec le dossard 7 et on sent que le vieux viking est surmotivé. Il part en pas de patineur dès les premiers mètres de course, tel un véritable skieur de fond norvégien. Toute sa descente est faite de rage et de combativité et il améliore le temps de Feuz de dix-huit centièmes de seconde. Son vieux complice Kjetil Jansrud est en piste deux dossards plus tard et il démontre dès les premières difficultés du parcours qu’il est particulièrement à l’aise sur cette piste.

Vainqueur de l’épreuve préparatoire organisée il y a deux ans, il est en tête à presque tous les temps intermédiaires avant de commettre une faute de ligne en toute fin de descente. Il perd un peu de vitesse et se retrouve deuxième à l’arrivée en 1.40.37, avec douze centièmes de seconde de retard sur Svindal et six petits centièmes de seconde d'avance sur Feuz. La course est pliée, les trois hommes se tiennent et se retrouveront sur un podium royal.

Pour Svindal, c’est une victoire en apothéose puisqu’il devient le premier Norvégien de l’histoire olympique à remporter la descente. Il devient également à 35 ans et 51 jours le plus vieux médaillé d'or du ski alpin. "Quand vous passez la ligne d'arrivée et que vous voyez que vous avez réalisé une bonne course, que vous êtes parmi les médaillés, et peut-être même en or, vous ne pensez pas aux livres d'histoire", dit-il à ce propos. "C'est tout d'abord une énorme émotion, d'être aux Jeux, de se battre pour l'or, d'être capable de le gagner. Pour moi, ce sentiment est plus fort que n'importe quelles pages d'histoire écrites !".

Svindal comptait déjà une médaille d’or obtenue en 2010 à Vancouver dans l’épreuve du super-G et il était reparti de Sotchi il y a quatre ans sans la moindre médaille. Il faut dire que la carrière de ce géant éminemment sympathique n’a pas été un long fleuve tranquille. De nombreuses blessures ont émaillé son parcours comme celle, très spectaculaire, à Beaver Creek en 2007 ou celle plus récente en janvier 2016, nécessitant une nouvelle opération au genou et à l’issue de laquelle la convalescence avait été particulièrement difficile.

À Jeongseon, il a aussi la joie de réaliser le doublé norvégien avec son ami Kjetil Jansrud. "Alors qu'il descendait, j'ai vu à quel point il était rapide. Je me préparais à prendre la médaille d'argent. Je pensais que je n'avais pas réalisé un aussi bon temps que lui sur la majeure partie du parcours. Mais je me sentais bien, je me disais que si je gagnais la médaille d'argent, je serais aussi très heureux. Mais ça a été l'or. Ce fut une journée vraiment spéciale, c'est certain !"

Super-G hommes : Et que le Mayer gagne !

Disputé le 16 février, au lendemain de la descente, le super-G offre un spectacle somptueux sur la piste de Jeongseon. Alors que tout le monde s’attend à un retour des Norvégiens aux avant-postes, c’est le champion olympique de descente 2014, l’Autrichien Matthias Mayer, qui se montre le meilleur sur ce parcours vallonné. Il devance deux des médaillés de la veille en descente, le Suisse Beat Feuz et le Norvégien Kjetil Jansrud.

Getty Images

Matthias Mayer est vraiment un héros olympique. L’Autrichien avait fait sensation en remportant à la surprise générale la descente de Sotchi alors qu’il n’avait encore jamais gagné en Coupe du monde. En 2018, il débute mal la compétition en chutant lourdement lors du slalom du combiné alpin, balayant quelques officiels sur son passage. Incertain pour la descente du jeudi, il s’était tout de même inscrit, terminant à une honorable 9e place. Mais sous le beau soleil de Jeongseon, il  déroule son ski à la perfection, réussissant à emmener énormément de vitesse dans la partie médiane de la piste. Sa technique d’école lui permet d’absorber magnifiquement tous les mouvements de terrain et il signe le meilleur temps du jour en 1.24.44. "Quand j’ai effectué le dernier saut, je savais que j’avais réussi une bonne manche. C’est pour ça que j’ai poussé sur les deux dernières portes et quand j’ai vu du vert sur le tableau, c’était incroyable," dira-t-il.

Avec sa troisième place, Kjetil Jansrud monte sur un cinquième podium olympique, rejoignant ainsi Alberto Tomba et son compatriote Lasse Kjus parmi les skieurs alpins les plus médaillés aux Jeux d'hiver. Il totalise désormais une médaille d'or (super-G, Sotchi 2014), deux d'argent (slalom géant, Vancouver 2010, et descente, PyeongChang 2018) et deux de bronze (descente, Sotchi 2014, et celle remportée en super-G ce 16 février).

Super-G dames : Ester Ledecká provoque un véritable séisme !

Au lendemain du super-G hommes, les femmes prennent à leur tour possession de la piste de vitesse de Jeongseon. Pour une énorme sensation, telles qu'on en a très rarement ou quasiment jamais vécues en ski alpin !

La Tchèque Ester Ledecká, 22 ans, la seule athlète à se partager entre le snowboard et le ski alpin, vient en effet surprendre toutes les favorites qui se tenaient en quelques centièmes de secondes pour provoquer la plus grosse surprise de ces Jeux de PyeongChang. À Jeongseon, sous un soleil radieux, elle remporte le super-G féminin devant la championne olympique de Sotchi Anna Veith et la gagnante de la Coupe du monde de la spécialité, Tina Weirather. Elle n'avait jusque-là pas fait mieux qu'une 19e place en Coupe du monde.

Voilà que le dossard n°26, principalement connue pour sa domination écrasante en snowboard alpin depuis deux saisons, mais qui a également partagé son temps en disputant les épreuves de vitesse de la Coupe du monde de ski alpin, est en train de dompter cette piste avec souplesse et un excellent timing. Sa vitesse est impressionnante mais une erreur avant le dernier temps intermédiaire semble la condamner. Mais non, la vitesse est toujours là et elle reprend le commandement sur les deux dernières courbes, absorbe le dernier saut et franchit la ligne avec un centième de seconde d’avance. Quelques centimètres qui font d’elle la plus surprenante championne olympique de ces Jeux de PyeongChang et certainement une des plus grosses sensations de l’histoire du ski alpin.

Il lui faudra de longues secondes pour réaliser. Comme interloquée, Ester Ledecká regarde le tableau d’affichage qui affiche du vert en face de son nom. Toutes les meilleures mondiales sont passées depuis longtemps et le podium semble solidement établi avec Anna Veith, Tina Weirather et Lara Gut, trois des stars du circuit. Un murmure traverse l’aire d’arrivée de Jeongseon. Ester Ledecká, elle, ne prononce qu'un seul mot : "Nooooooo !"

"Je me suis demandé ce qui se passait", raconte-t-elle ensuite, "J’ai pensé que c’était une erreur. Je me suis dit : ils vont corriger mon temps. Je vais attendre un petit moment et ils vont me rajouter des secondes. Je regardais le tableau d’affichage et rien ne se produisait. Tout le monde criait et j’ai commencé à me dire : OK c’est bizarre." Ester Ledecká se tourne désormais vers le géant parallèle en snowboard, qui a lieu une semaine plus tard et dont elle est l'immense favorite.

Descente dames : Sofia Goggia écrit l'histoire du sport italien 

Le 21 février, la descente féminine est la dernière épreuve de vitesse organisée sur la piste de Jeongseon. On y attend un duel entre Lindsey Vonn et Sofia Goggia. Il a bien eu lieu mais il tourne largement à l’avantage de la fusée bergamasque qui s’impose avec 47 centièmes de seconde d’avance sur la championne olympique de Vancouver. Jamais une Italienne n’avait été sacrée dans cette discipline. La surprise vient de la Norvégienne Ragnhild Mowinckel qui s’intercale à la deuxième place avec 9 centièmes de seconde de retard sur la gagnante. Lindsey Vonn doit se contenter du bronze, sa troisième médaille olympique.

Sur un tracé un peu plus glacé que lors des entraînements, les meilleures descendeuses de la planète peuvent se livrer pleinement. Les nombreux mouvements de terrain rendent le spectacle magnifique et les conditions météo sont idéales avec du ciel bleu, un vent modéré et une neige très dure et agressive. Les deux immenses favorites, Lindsey Vonn et Sofia Goggia, ont choisi de petits dossards pour profiter d’une piste aussi lisse que possible.

Getty Images

La première à s’élancer est l’Italienne avec le dossard n°5. Victorieuse sur cette même piste lors de la descente pré-olympique un an plus tôt, elle semble maîtriser les mouvements de terrain, les bosses et les longues courbes qui jalonnent ce tracé assez peu pentu. Elle qui part si souvent à la faute signe une manche très propre sans prendre de risque inconsidéré. "Aujourd’hui, c’était une bonne journée", explique-t-elle. "J’étais vraiment bien concentrée sur l’essentiel. J’ai vraiment fait du mieux que je pouvais."

Deux dossards plus tard, Lindsey Vonn s’élance pour son ultime descente olympique. Privée des Jeux de Sotchi sur blessure, elle est animée par un fort esprit de revanche. Son style est toujours aussi fluide et ses capacités de glisse impressionnantes. Néanmoins, sans l’agressivité des grands jours, elle ne parvient pas à rivaliser avec les temps intermédiaires de sa rivale. À l’arrivée, pas de miracle, elle se retrouve à 47 centièmes de seconde de son amie Sofia.

On pense pendant un long moment qu’elle va finir à la deuxième place mais c’est sans compter avec la surprenante Norvégienne Ragnhild Mowinckel. Partie avec le dossard 19, elle prend tous les risques et donne des frissons aux supporters italiens. Finalement, elle termine avec seulement 9 centièmes de seconde de retard sur la première. De loin son meilleur résultat dans cette discipline, elle qui n’avait jamais fait mieux que sixième en Coupe du monde. Elle s’offre une deuxième médaille d’argent à PyeongChang après celle obtenue en géant. "Je ne m’y attendais vraiment pas", dit la Norvégienne. "Je ne m’attendais pas à ce que mon premier podium en descente soit le jour des Jeux. Je suis sans voix !".

back to top En