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2016 Getty Images

Rio 2016 révèle trois superbes championnes olympiques de boxe

Alors que la Britannique Nicola Adams (poids mouche) et l’Américaine Claressa Shields (poids moyens) ont réussi à conserver les titres qu’elles avaient remporté en 2012 à Londres, Estelle Mossely est devenue la première championne olympique française de boxe. Trois catégories, trois magnifiques tournois qui ont tenu le public carioca en haleine !

La Britannique Nicola Adams, qui fut historiquement, le 9 août 2012 à Londres la première femme sacrée championne olympique de boxe, est également devenue sur le ring du pavillon Riocentro 6 la première à renouveler cet exploit! La championne de Leeds a en fait survolé la plus légère des catégories (mouche, - 51 kg) à Rio, remportant ses trois combats (le quart de finale face à l’Ukrainienne Tetyana Kob, la demi-finale devant la Chinoise Ren Cancan qu’elle avait battue en finale à Londres quatre ans plus tôt, et la finale contre la Française Sarah Ourahmoune) sur le score sans appel de 3-0.

Sarah Ourahmoune, pionnière de la boxe féminine française, a pour sa part connu une forme de consécration à 34 ans, d’une part en réussissant à se qualifier pour les Jeux de Rio (objectif qu’elle n’avait pas réussi à atteindre pour ceux de Londres en 2012) et d’autre part en s’assurant de monter sur une des deux premières marches du podium. Pour ce faire, elle a réalisé un beau parcours qui a commencé aux dépens de l’Algérienne Zohra El-Zahraoui, 3-0 en huitièmes de finale et qui s’est poursuivi par des victoires sur la Kazakhe Zhaina Shekerbekova, 3-0 en quarts, et sur la Colombienne Ingrit Valencia en demi-finale, 2-0.

Nicola Adams avait déjà affronté sa rivale française à plusieurs reprises et l’avait toujours vaincue. En finale le 20 août, la Britannique, dans le coin rouge, a clairement pris le dessus lors d’un premier round plein d’action, puis a su se servir de sa plus grande allonge lors du second round. Au troisième, Ourahmoune est parvenue à resserrer l’écart en trouvant plusieurs fois l’ouverture, mais c’était déjà trop tard.

Adams rayonnait de fierté : « Je suis absolument folle de joie. Je suis maintenant la boxeuse amateur la plus titrée de l’histoire du Royaume-Uni. Ce n’est pas rien. Ce fut une aventure extraordinaire. Ce n’est pas facile quand on a déjà souvent combattu avec une même adversaire. Elle connaît vos mouvements alors il faut sans cesse se renouveler, jusqu’au bout du combat. »

Sarah Ourahmoune a mis un terme à sa carrière de boxeuse à l’issue de cette finale : « Je ne me rends pas encore compte de tout ça. C'est un mélange de joie, de déception. C'est aussi beaucoup d'émotion, parce que c'était mon dernier combat, a-t-elle confié. Ça fait bizarre, c'était la dernière fois dans les vestiaires, la dernière fois sur le ring. J'en suis à 265 combats. Je suis habituée. Je suis contente quand même. C'est vrai que je me suis accrochée. J'avais un rêve et je pense que ça m'a guidé pendant toutes ces années. Ça a été une force. A un moment donné, on rencontre toujours des obstacles et des échecs. Il faut savoir s'en nourrir et se dépasser. Je pense que c'est ce que j'ai fait. C'était mon dernier combat aujourd'hui, je sais que j'en aurai d'autres dans la vie. Tout cela m’a rendu plus forte. »

La Chinoise Ren Cancan et la Colombienne Ingrit Valencia Victoria sont donc montées sur le podium aux côtés de leurs tombeuses des demi-finales, pour recevoir les médailles de bronze de la catégorie.

Estelle Mossely, première championne olympique française de boxe!

La veille, 19 août, la première finale féminine des Jeux de Rio 2016, a opposé dans la catégorie médiane (les poids légers, - 60kg) la Française Estelle Mossely à la Chinoise Yin Junhua, un combat très disputé dont la compagne de Tony Yoka est sortie gagnante pour devenir la première championne olympique de boxe de son pays.

Pour atteindre le match pour la médaille d’or, Mossely a bénéficié de la blessure au coude après quelques secondes de combat en demi-finale, de sa rivale, la Russe Anastasia Beliakova , , contrainte à l’abandon pour une défaite par KO technique. Mossely avait auparavant nettement dominé l’Italienne Irma Testa 3-0 en quart de finale. De son côté, Yin Junhua a traversé le tournoi en trombe, alignant trois victoires par 3-0 pour s’assurer une des deux premières places.

En finale, la licenciée du Red Star Champigny (non loin de Paris) a dû s'employer face à Yin, en tête après les deux premiers rounds avant de subir les assauts d'une Mossely en mode guerrier. « Aux deuxième et troisième rounds, je me suis arrachée, témoigne Mossely. Je savais que j'étais derrière, mais je voulais montrer à quel point j'avais envie de ce titre, que j'étais plus forte que l’adversaire. » Elle l’a finalement emporté 2-1.

De cette journée prolifique pour la boxe française, il restera l'image d'un drôle de chassé-croisé en tribunes, mélange d'anxiété, d'encouragements et de joie immense. D'abord Estelle Mossely qui, poings bandés et en tenue de combat, rongeait son frein sur une chaise du Pavillon Riocentro 6, chaperonnée par son kiné en regardant son compagnon Tony Yoka se qualifier pour la finale des super-lourds.

Puis, une heure plus tard, Yoka, encore transpirant, serviette autour du cou, cheville strapée, et ne sachant plus sur quel pied danser pour pousser sa future épouse vers une médaille d'or olympique le jour de ses 24 ans. « J'inscris mon nom dans l’histoire, s’est extasiée Mossely. C'est magique. C'est incroyable à vivre. Je ne savais pas que ça allait me faire ça », a-t-elle encore soufflé.

C'est donc cette détermination à rafler l'or qui lui a permis d'enfin prendre le relais de Brahim Asloum, sacré en - 48 kg à Sydney en 2000. « Ça, c'est fini », s’est exclamé Asloum, présent à Rio en tant que commentateur pour la télévision. « On est en 2016 et on a une nouvelle championne olympique française. Je n’allais pas attendre d'avoir 65 ans, ça m'aurait embêté! »

Comme beaucoup de boxeurs, Mossely a consenti sa part de sacrifices depuis ses débuts à l'âge de 12 ans pour concilier son parcours « normal » et celui de sportive de haut niveau. A son crédit, une belle réussite scolaire, avec un bac en poche à l'âge de 17 ans, puis universitaire. « J'étais étudiante, je m'entraînais dur malgré tout ça. Je suis devenue ingénieure en gardant cette même envie de ramener ce titre », a appuyé l'informaticienne, fille d'un père d'origine congolaise et d'une mère d'origine ukrainienne, prête à vibrer 48 heures plus tard pour Tony Yoka, à son tour à la chasse à l’or… et qui l’a d’ailleurs emporté!

Claressa Shields conserve son titre des moyens

L’Américaine Claressa Shields est arrivée à Rio avec l’objectif de conserver le titre olympique qu’elle avait remporté en 2012 à Londres, inspirée par le plus grand des boxeurs, Mohamed Ali, décédé à l’âge de 74 ans le 3 juin 2016. « Le jour où il est mort, j’ai senti qu’une grande partie de moi s’en allait. Je me souviens quand je l’ai rencontré, j’ai ressenti ce sentiment de fierté. Il a été le premier afro-américain qui s’est levé et qui a dit : « Je suis noir, je suis beau et je peux combattre, a-t-elle raconté. Il vous donnait cette certitude que vous êtes superbe, que vous êtes beau. Il était le boxeur le plus dangereux au monde. J’espère lui rendre justice en parlant de lui et quand je combats. Plus jamais personne ne sera « The Greatest », mais je peux essayer de me rapprocher. »

Sur le Ring du pavillon Riocentro, Claressa Shields a honoré son idole de la plus belle des manières, d’abord en remportant tous ses combats à l’unanimité des juges, avant de conserver son titre des poids moyens (- 75 kg) en battant le 21 août en finale la Néerlandaise Nouchka Fontijn dans un remake du combat pour le titre des championnats du monde disputé en mai 2016 à Astana (Kazakhstan) et déjà remporté par Shields. Elle est ainsi devenue la première pugiliste des États-Unis à gagner deux médailles d’or olympiques en 112 ans.

Quant à l’argent de Fontijn, championne d’Europe 2014 et médaillée d’or des Jeux Européens de Bakou 2015, c’est le premier podium olympique pour un représentant néerlandais en boxe depuis le bronze et l’argent décrochés respectivement par le poids lourd Arnold Vanderlyde et le super-welter Orhan Delibas en 1992. La Kazakhe Dariga Shakimova et la Chinoise Li Qian, battues en demi-finales, se sont partagé les médailles de bronze.

Comme pour rappeler son statut de championne olympique en titre, Claressa Shields avait amené avec elle sur le ring sa médaille d’or de Londres 2012. Elle a fini par porter les deux autour de son cou. « À Londres, je savais que j’allais gagner et ici aussi », a déclaré une Shields super-confiante, qui n’a pas perdu un seul combat depuis 2012 et qui a bénéficié d’une décision aux points unanime contre Fontijn.

« Je voulais simplement gagner les deux premières reprises nettement, c’est tout et quand je suis retournée dans mon coin, ils m’ont dit que j’avais gagné cette reprise, et puis celle-là. J’ai répondu que je devais boxer intelligemment », a-t-elle ajouté. « J’ai travaillé extrêmement dur pour être là. Ce n’est pas donné à tout le monde d’être médaillé d’or olympique et moi, je suis double championne olympique. »
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