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Rien ne peut gâcher le rêve olympique du Fidjien "Mr. Nitro"

Getty Images
Entre l'aide apportée pour nettoyer les dégâts du puissant cyclone Harold d'avril 2020 et la culture de la terre à la ferme de subsistance de ses parents, une chose est sûre : l'ailier fidjien Alasio Naduva n'aura pas chômé pendant cette période de confinement liée à la pandémie de COVID-19. Bonne nouvelle pour les fans de rugby : "Mr. Nitro" a trouvé de nouvelles façons d'entretenir sa forme physique...

 


Impossible d'accéder au matériel des salles de sport ? Ce n'est pas un problème pour Alasio Naduva. L'ailier fidjien de 1,65 m s'est battu pour quitter son village reculé et intégrer l'équipe masculine de rugby à sept des Fidji, avec laquelle il espère prochainement défendre le titre olympique remporté par son pays. Rien ne peut plus l'arrêter désormais.

"Comme les salles de sport sont fermées, j'utilise des pots de peinture, a déclaré Naduva en riant. J'enlève la peinture, je prépare du ciment et je le verse dedans. Puis je prends une tringle et j'en fais une barre de musculation en ajoutant un deuxième pot de ciment. Ils pèsent environ 20 kg chacun. J'ai aussi fabriqué des haltères."

Improviser de la sorte est un talent naturel du jeune homme de 29 ans, soldat de première classe en service dans l'armée fidjienne. Bien qu'il soit dispensé d'une grande partie de ses fonctions afin de pouvoir représenter son pays dans son sport national, Naduva était récemment au front.

Alasio Naduva Getty Images

"Lors du passage du cyclone Harold, nous étions déployés pour couper les arbres tombés, nettoyer les routes, servir la communauté et aider les personnes dont les maisons avaient été endommagées", a-t-il expliqué. Le cyclone Harold est le deuxième cyclone le plus puissant jamais enregistré aux Fidji. Il a provoqué des inondations et causé de nombreux dégâts à travers les îles au début du mois d'avril 2020.

Une fois ces missions accomplies, et après s'être assuré que son aide n'était pas requise dans la lutte de son pays pour limiter la propagation de la COVID-19, Naduva a quitté la capitale Suva par bateau pour se rendre dans son village natal. Après douze heures de traversée, l'homme couramment salué comme le joueur de rugby le plus rapide de la planète était de retour là où tout a commencé pour lui.

"Enfant, je plantais du manioc et de l'igname. Je jardinais tout le temps, s'est-il confié. J'étais vraiment content d'y retourner, ça faisait longtemps."


Le parcours de Naduva, des semis et récoltes à la victoire aux World Rugby Sevens Series 2018/19, fut long, lui aussi. Malgré sa vitesse désormais légendaire (une recherche rapide sur le site Internet des World Rugby Sevens Series permet de découvrir quelques-uns des essais extraordinaires qu'il a marqués au cours des dernières saisons), Naduva n'a jamais fait d'athlétisme.

D'ailleurs, il ne s'est réellement rendu compte de sa vitesse qu'après s'être engagé dans l'armée à l'âge de 18 ans.

J'ai commencé à jouer au rugby au niveau provincial, je savais que je pouvais courir et que j'étais particulièrement rapide Alasio Naduva

"C'est un don du ciel", a-t-il déclaré avec un sourire grandissant.

Cette fusée miniature a fait ses débuts en World Series en 2017/18, très récemment donc. Pourtant, il enregistre déjà un beau score de 72 essais en 125 matchs. Son essai préféré à ce jour est celui qui a valu une victoire de dernière minute à son équipe contre l'Australie en finale du Tournoi 2018 de Singapour de rugby à sept. Cependant, pour de nombreux spectateurs, l'action incroyable qu'il a réalisée contre le Japon à Sydney l'année dernière est inégalable.

 

Naduva en parle mieux que quiconque :

"Nous nous étions entraînés à faire cette action et l'avions même appelée un "cupide". Sur le papier, il s'agissait d'un renvoi long sur lequel je devais foncer, puis faire un tacle, et nous devions ensuite essayer de récupérer le ballon. Mais l'envoi est passé au-dessus de tous les joueurs japonais, alors j'ai continué à courir après le ballon. Je ne voulais pas qu'il sorte en touche donc j'ai accéléré un peu et marqué cet essai incroyable."


Il aura fallu à Naduva seulement 7 secondes après le coup de sifflet pour aplatir le ballon. Les caméras des World Rugby ont enregistré sa vitesse à 36 km/h.

"Je peux faire mieux que ça, s'est-il exclamé en riant. Ça m'a donné envie de m'entraîner plus. Ce moment m'a montré que j'étais capable de plus, de devenir plus rapide. Pour l'instant je m'entraîne à la vitesse [pendant la pause imposée par la pandémie de COVID-19 dans le calendrier international de rugby], mais l'année prochaine sera peut-être différente."

Alasio Naduva Getty Images

Pas étonnant qu'il ait hérité du surnom de "Mr. Nitro". Les habitants des Fidji crient "Bula [une forme de salutation fidjienne enjouée] Mr. Nitro" lorsqu'ils le croisent dans la rue pendant l'un de ses nombreux joggings. L'ailier est particulièrement apprécié de ses concitoyens depuis son rôle clé dans la quatrième victoire des Fidji aux World Series 2018/19. Le pays n'avait pas gagné depuis ses titres consécutifs de 2014/15 et 2015/16.

Pour un pays d'environ 900 000 habitants, les Fidji affichent un nombre de victoires enviable au rugby à sept. Cependant, même pour un pays depuis longtemps habitué à la saveur du succès, les Jeux Olympiques de Rio 2016 avaient quelque chose de spécial.

 


"Cette journée était pleine d'émotion", s'est remémoré Naduva. Le 12 août 2016, les Fidji battent la Grande-Bretagne 43-7 et remportent le tout premier titre olympique de rugby masculin à sept, ainsi que la première médaille de l'histoire des Fidji. "Tout le pays était devant la télévision. Les îles Fidji ont célébré cette victoire comme il se doit.

Elle a eu un véritable impact sur la renommée internationale des Fidji, la promotion de nos îles magnifiques, de nos habitants et plus particulièrement sur le tourisme. Mais surtout, cet événement a aidé au rayonnement du rugby à sept.

"Réussir à atteindre les standards requis demande beaucoup de travail. On veut que notre sport reste en lice. Tout ceci m'a motivé à me donner encore plus et à poursuivre mon rêve de représenter les Fidji aux Jeux Olympiques. Je serais vraiment reconnaissant de faire partie de l'équipe à Tokyo l'année prochaine."

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