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Rio 2016

Rencontre avec le meilleur pongiste africain de tous les temps : Quadri Aruna

Vingt ans après s'être mis au tennis de table dans les rues d'Oyo, une ville située dans le sud-ouest du Nigeria, Quadri Aruna est devenu le premier athlète africain à atteindre les quarts de finale aux Jeux Olympiques. Il nous raconte ici comment il a battu des joueurs "bien meilleurs" que lui à Rio en 2016, se rappelle ses premières batailles pour réussir envers et contre tout et n'oublie pas tout ce qu'il doit à sa talentueuse épouse. 

Vous êtes entré dans l'histoire à Rio en 2016, quel est votre objectif pour les Jeux de Tokyo 2020 ?

Comme n'importe quel athlète, je veux m'améliorer. Je veux faire mieux à Tokyo. J'y pense constamment. C'est pourquoi je fais de plus en plus en tournois : c'est une préparation pour les rencontres difficiles qui m'attendent à Tokyo.

Que pensez-vous des Jeux de Rio 2016 deux ans après et de tout ce que vous y avez accompli ?

Je n'étais absolument pas confiant face à Chuang Chih-Yuan (ce joueur originaire de Chinese Taipei, détenteur de quatre titres sur le circuit mondial de l'ITTF, que Quadri Aruna a affronté dans le troisième tour de la compétition) parce qu'en janvier de la même année, je m'étais incliné 4 manches à zéro face à lui au premier tour d'un tournoi en Allemagne. Donc à Rio, je me suis dit : "Il m'a déjà battu une fois. Je n'ai plus rien à perdre. C'est un bien meilleur joueur que moi. Fais de ton mieux, joue, amuse-toi." Lorsque j'ai remporté les deux premières manches, la partie a pris un tour totalement différent.

Contre Timo Boll (triple médaillé olympique allemand que Quadri Aruna a rencontré dans le quatrième tour), j'étais dans le même état d'esprit. Je savais que le monde entier regardait. Avant que Timo parvienne à comprendre mon jeu, je menais 3-0. Impossible pour lui de revenir au score.

J'ai joué plus vite, sans pression, parce que je savais que tous les joueurs aux Jeux Olympiques étaient excellents, vraiment excellents.

Aviez-vous le sentiment que tout le Nigeria vous suivait, en particulier lorsque vous avez commencé à gagner ?

Je savais que le monde entier regardait, pas seulement le Nigeria et le continent africain.

Grâce à ma performance à Rio, le tennis de table est devenu bien plus populaire au Nigeria. Maintenant lorsque j'arrive à l'aéroport, de nombreux officiels me reconnaissent ; dans la rue également, les gens me saluent, et pas uniquement dans ma ville natale.

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Est-ce que beaucoup de Nigérians suivent et pratiquent le tennis de table ?

Le tennis de table est très populaire dans la rue. Même si vous n'avez pas de table réglementaire, vous pouvez toujours trouver un moyen d'améliorer votre jeu. Si vous n'avez pas d'équipement, vous pouvez emprunter celui de quelqu'un d'autre. Le plus important est de faire passer la balle au-dessus du filet.

Le problème est d'obtenir les fonds nécessaires pour permettre aux joueurs de progresser.

Comment avez-vous commencé ?

J'ai appris à jouer dans la rue. J'avais sept ans lorsque j'ai tenu ma première raquette entre les mains. Dans la rue, vous devez payer pour jouer. Lorsque vous gagnez, vous pouvez continuer à jouer jusqu'à ce quelqu'un vous batte. Cela a été un bon entraînement pour améliorer ma technique.

Au début, je jouais pour m'amuser, mais après trois ans de pratique, je me suis rendu compte que je tapais plutôt bien dans la balle. J'ai aussi eu la chance d'avoir un centre de tennis de table près de chez moi où j'ai pu m'entraîner grâce à un bon samaritain.

Comment êtes-vous arrivé sur la scène mondiale ?

Après quelques années d'entraînement, j'ai participé à mon premier tournoi à Lagos et j'ai gagné. J'ai alors compris que j'avais du potentiel.

Au début, mes parents n'étaient pas très enthousiastes ; ils voulaient que je me concentre sur mes études, mais après ce tournoi à Lagos, ils n'ont pas eu d'autre choix que de me donner carte blanche. Après Lagos, les médias ont commencé à parler de moi.

L'Égyptien Omar Assar et vous êtes les seuls représentants de l'Afrique parmi les 50 meilleurs pongistes du monde. Pensez-vous que d'autres jeunes joueurs africains vont percer ?

Il faut mettre en avant le tennis de table. Les gouvernements doivent placer les personnes qui souhaitent s'investir dans le sport aux bons postes.

J'aide énormément de joueurs – six jeunes. Lorsque j'étais jeune, personne n'a pu m'aider, ni même me fournir du matériel. Aujourd'hui, je suis en mesure d'aider ces jeunes, de leur donner du matériel et de leur permettre de jouer gratuitement.

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Quel est le meilleur conseil que vous ayez donné à ces stars en herbe ?

Je leur répète que je suis arrivé là où j'en suis en travaillant dur et en ayant confiance en moi, que eux aussi peuvent y arriver, que rien n'est impossible.

Quant à ceux qui bénéficient d'une aide, je leur dis qu'ils vont être bien meilleurs que moi qui n'ai jamais eu un tel soutien.

Votre femme Ganiyat et vous avez trois enfants – de futurs olympiens ?

Nos enfants jouent parfois au tennis de table mais ils sont encore petits. On ne sait pas si cela les intéresse vraiment. Le plus âgé (qui a cinq ans) a toutefois envie d'apprendre.

Ma femme était une excellente joueuse. Aujourd'hui, elle ne joue plus sur le circuit professionnel, mais juste pour le plaisir. C'est une très bonne partenaire d'entraînement ; elle me bat parfois.

Je lui suis extrêmement reconnaissant de tout ce qu'elle fait. Elle s'occupe des enfants lorsque je ne suis pas à la maison. C'est l'une des raisons pour lesquelles elle a arrêté la compétition.

Les pongistes chinois ont remporté les quatre médailles d'or en jeu à Rio en 2016, exactement comme en 2008 et 2012. Comment fait-on pour les battre ?

Parfois, vous devez juste prier pour un bon tirage – tout le monde veut les éviter.

Les Chinois ont une connaissance de ce sport qui dépasse celle des joueurs de n'importe quel autre pays. Cela tient à leur histoire et à leur culture.

Je n'ai jamais réussi à battre un joueur de l'équipe nationale chinoise, mais je l'ai emporté à plusieurs reprises face à des Chinois qui ont changé de nationalité.

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