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2016 Getty Images
Date
16 juil. 2018
Tags
Voile , Argentine , Tokyo 2020 , Actualités Olympiques
Tokyo 2020

Rencontre avec Cecilia Carranza Saroli, la superstar de la voile

L'Argentine Cecilia Carranza Saroli faisait partie de l'équipage qui a gagné le cœur du public et fait la une des journaux partout dans le monde lors des Jeux Olympiques de Rio 2016. Moins d'un an avant le rendez-vous olympique, son coéquipier Santiago Lange apprenait en effet qu'il était atteint d'un cancer et devait se faire retirer la moitié d'un poumon. Pourtant, contre toute attente, l'équipage navigue vers la victoire dans l'épreuve mixte multicoque de Nacra 17. La jeune femme, aujourd'hui âgée de 31 ans, revient sur les défis que Santiago et elle ont dû relever, sa passion pour l'eau et ce sentiment que rien ne peut l'atteindre quand elle navigue. 

 

Quand votre coéquipier Santiago Lange (âgé de 56 ans) et vous avez-vous décidé de poursuivre l'aventure jusqu'aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020 ?

Je dois vous avouer que le lendemain de notre victoire (aux Jeux de Rio 2016), nous regardions déjà des vidéos de Tokyo. Cela peut sembler fou mais Santi a tout de suite dit qu'il voulait continuer. De mon côté, toute la fatigue accumulée au cours des huit mois précédents a refait surface et j'ai commencé à douter.

Avant Rio, je songeais à arrêter pour faire autre chose, avoir des enfants par exemple. Lorsque je m'engage dans une aventure, je m'y consacre corps et âme. C'est donc difficile d'être attentif à ses proches et de mener une vie normale. Mais après avoir récupéré, j'ai compris que la flamme olympique brûlait toujours en moi. Désormais, j'apprends à concilier vie de famille et pratique de la voile.

À quand remonte votre passion pour la mer ? Vous en souvenez-vous ?

Je suis quasiment née sur le bateau de mon père. Il avait un vieux gréement. Nous sommes originaires de la ville argentine de Rosario qui est traversée par un fleuve. Donc, techniquement, je suis d'abord tombée amoureuse d'un fleuve.

J'ai deux frères et une sœur, tous plus âgés que moi. Mon père a essayé de les initier à la voile, mais je suis la seule à m'être passionnée pour ce sport. Lorsque j'étais enfant, nous avons beaucoup voyagé en bateau. Puis, j'ai commencé à gagner des courses à l'âge de 13/14 ans. J'ai aimé ça et j'ai voulu m'améliorer. Mon rêve olympique est né, lui, lorsque j'avais 17 ans et que j'ai suivi les Jeux de 2004 à Athènes à la télé.

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Peut-on dire que l'eau est votre "havre de bonheur" ?

Tout ce que je sais, c'est que sur un bateau, j'oublie tout. Je peux naviguer pendant des heures. La troisième guerre mondiale pourrait éclater, tant que je suis sur l'eau, je m'en moque.

Quand on fait de la compétition à ce niveau, il y a des jours extrêmement pénibles. Tout n'est pas toujours agréable, mais je dois dire que j'apprécie également ces moments plus difficiles. Je travaille avec une équipe de grands professionnels – Santi et notre entraîneur, Juan de la Fuente. La pression est là, en permanence ; je dois sans cesse repousser mes limites et j'adore ça. C'est bien de toujours vouloir aller plus loin.

Quelle est votre embarcation préférée ?

Je dois reconnaître que j'aime énormément les classes olympiques, parce que tout dépend de nous. Pour moi, c'est extraordinaire. Chaque classe olympique offre quelque chose de spécial, mais les embarcations que je préfère sont le 49ers et le Nacra.

Santi a dit que vous méritiez l'or olympique plus que lui parce que vous avez dû supporter son mauvais caractère – les choses ont-elles été compliquées quand on lui a diagnostiqué son cancer ?

Lorsque l'on fait partie d'une équipe, il faut arrêter de dire "je" et passer au "nous". À partir de là, quand vous mettez de côté vos objectifs personnels, vous vous rendez compte qu'une équipe fonctionne comme une personne et qu'il faut se soutenir.

Je savais bien ce qu'il endurait. J'ai toujours été là pour lui, contre vents et marées. J'aurais pu être faible et ne pas supporter son "mauvais caractère", mais cela aurait été mauvais pour l'équipe. Je savais qu'il était comme ça à cause de ce qu'il traversait. J'ai donc pris sur moi pour essayer de le comprendre.

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Avez-vous été surprise de voir Santi reprendre l'entraînement 41 jours seulement après l'opération durant laquelle on lui a retiré la moitié d'un poumon ?

Je savais qu'il reviendrait dès qu'il le pourrait. J'ignorais combien de temps cela allait prendre, mais je savais que ce serait aussitôt qu'il s'en sentirait capable. Il aime par-dessus tout ce qu'il fait ; c'est sa meilleure motivation. Il fait partie de ces personnes qui, quel que soit le problème, trouvent une solution. Pour lui, tout est une occasion d'apprendre. J'ai de la chance de travailler avec lui. Il est passionné, il voit toujours le bon côté des choses, même lorsque vous pensez qu'il n'y en a pas. C'est une belle façon de voir la vie.

Santi et vous avez adopté une stratégie particulière par rapport à vos courses. Fonctionne-t-elle ?

Nous naviguons moins que nos adversaires parce que notre équipage est un peu plus âgé, mais nous sommes toujours très concentrés.

Cela a de nombreux avantages et quelques inconvénients. C'est difficile de tenir la même cadence qu'eux (les autres concurrents), mais nous en avons profité pour améliorer certaines choses à bord du bateau et les résultats sont là, ce qui nous conforte dans l'idée que nous pouvons y arriver. Nous devons juste nous monter patients.

 

Comment vos concurrents ont-ils réagi face à cette nouvelle stratégie ?

Il y a de nombreux navigateurs qui respectent l'expérience et il y a des jeunes gens talentueux qui ne sont pas aussi respectueux. Mais nous n'avons pas besoin de leur respect. Chacun est libre d'être comme il l'entend. Les plus âgés, les entraîneurs par exemple, ont compris notre tactique – nous ne nous donnons pas à fond maintenant parce que nous ne pouvons pas tenir la distance (d'ici à Tokyo) – mais ils savent pertinemment que le moment venu, sous la pression, nous serons capables de passer à l'offensive.

Bien souvent lorsque l'on est jeune, on pense que tout est possible. On ne voit pas qu'il y a des concurrents plus expérimentés qui attendent juste peut-être le bon moment.

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