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Rachel May : “Combattre l’inégalité en créant un environnement sécuritaire et qui favorise l’autonomisation”

Lushomo Hamukoma
Dans ce nouvel article de notre série consacrée à l’égalité des sexes, nous nous entretenons avec Rachel May, jeune leader du CIO, qui nous parle de son ambitieux projet visant à aider ses compatriotes écossais à profiter au mieux des remarquables paysages de son pays, tout en améliorant leur santé physique et mentale.

Rachel May, l’une des membres du groupe actuel de jeunes leaders du CIO, caracole en tête de la nouvelle génération de femmes pionnières en matière d’initiatives sportives inclusives. Âgée de 30 ans, cette diplômée de l’Université d’Édimbourg est engagée depuis 2014 dans le secteur du sport et du développement social, ce qui lui vaut une solide expérience dans la mise sur pied de projets et de manifestations au niveau international.

Son programme baptisé ‘Mhor Outdoor’ a pour but d’encourager la pratique d’activités au grand air en Écosse et d’abattre les obstacles socioéconomiques auxquels se heurtent les habitants des zones urbaines lorsqu’ils souhaitent accéder à des activités récréatives en plein air. L’un des volets de son projet a permis d’organiser des randonnées réservées à de jeunes mères de Glasgow.

Comment en êtes-vous arrivée à travailler dans le domaine de l’inclusion sociale ?

“Mon premier contact avec le concept s’appuyant sur le sport afin d’agir sur le plan social a eu lieu lorsque j’habitais en Tunisie. J’y séjournais pour étudier l’arabe, ce qui reste l’un de mes objectifs à long terme, et c’est là que j’ai démarré en me portant volontaire dans le cadre d’un projet dirigé par le Conseil britannique. Ce projet, baptisé ‘‘Premier Skills’’, consistait à travailler avec des entraîneurs de football. C’est alors que j’ai pu constater quel était le véritable potentiel du sport pour la société dans son ensemble. Par la suite, j’ai travaillé en Écosse au service de la Fondation pour la Coupe du monde des sans-abris, ainsi que pour l’Organisation européenne non-gouvernementale pour le sport, en qualité de membre du Comité jeunesse, dans le cadre duquel je gérais divers projets.”

D’où vous est venue cette passion pour le sport ?

“J’ai fait du sport toute ma vie. Enfant, je jouais au hockey ou au volleyball durant mes pauses déjeuner à l’école et, une fois les cours terminés, j’allais nager. Le week-end, je faisais des randonnées avec ma famille et, pendant les vacances, nous faisions du vélo et du ski. Depuis mon plus jeune âge, le sport a toujours fait partie de ma vie.”

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre initiative de jeune leader du CIO ?

“Mon initiative a été lancée sous le nom de ‘‘Mhor Outdoor’’. Mhor est un mot gaélique qui signifie grand. L’objectif de ce projet est de s’attaquer aux inégalités existant dans la société et de lutter contre elles en Écosse, en s’attachant aux obstacles que les gens rencontrent lorsqu’ils veulent faire des excursions dans la région. C’est pourquoi j’organise des randonnées dans les collines environnantes pour les personnes qui n’ont peut-être même jamais grimpé sur une colline. Je prépare donc ce qui sera une première expérience dans la nature, afin que les participants puissent acquérir un sentiment d’appartenance à ces espaces extérieurs.”

Qu’avez-vous appris depuis le lancement de ce projet ?

“J’ai pris conscience du fait que la mise sur pied d’un tel projet est une expérience au cours de laquelle on peut se sentir très seul. Il faut faire beaucoup de choses soi-même, raison pour laquelle il faut être vraiment très motivé. Mais, d’un autre côté, faire partie du réseau des jeunes leaders du CIO ouvre les portes d’une communauté et apporte en quelque sorte des collègues, qui lancent leurs propres initiatives. J’ai pu voir toute la bonne volonté et tout le soutien qui nous entourent.”

À vos yeux, quels ont été les effets de cette initiative ?

“J’ai constaté que les gens peuvent se construire une identité. Par exemple, lorsque nous faisons une randonnée, j’apprends parfois le lendemain que l’un des participants a déjà acheté une paire de chaussures de marche, parce qu’il se sent l’âme d’un randonneur, en harmonie avec la nature. Je vois certaines personnes se lier avec d’autres membres de la communauté qu’elles n’auraient pas eu l’occasion de rencontrer sans cela. Les participants se montrent capables de se soutenir mutuellement dans un environnement nouveau et ces relations, cet esprit communautaire, subsistent au-delà de la journée passée dans les collines.”

Quels sont les aspects liés à l’égalité des sexes dans le projet Mhor Outdoor ?

“J’ai organisé quelques randonnées auxquelles ne participaient que des femmes. Ce qui est réellement très important dans ce programme, c’est de comprendre quels sont les défis et les obstacles à surmonter pour pouvoir être actif à l’extérieur. Ces difficultés varient selon les catégories de personnes concernées et aussi en fonction du sexe.

“J’ai, par exemple, travaillé dans une école située dans un quartier défavorisé de Glasgow et pour laquelle j’ai organisé une randonnée réservée aux mamans d’écoliers. Elles se sont montrées enthousiastes et très intéressées, parce qu’en réalité c’était la première fois qu’elles se rendaient dans ces collines qui sont pourtant juste en dehors de la ville. Pour certaines d’entre elles, c’était la première fois qu’elles s’aventuraient loin de leurs enfants. On voyait le plaisir et l’occasion très particulière que représentait pour elles cette sortie dans un environnement différent. Il était aussi important pour elles de partager cette journée les unes avec les autres, parce qu’elles se trouvaient au même stade de l’existence et vivaient des expériences similaires. Il m’est arrivé, à plusieurs reprises, de devoir me concentrer sur les difficultés auxquelles les femmes, en particulier, se trouvent confrontées.”

Quel effet le programme des jeunes leaders a-t-il eu sur l’égalité des sexes ?

“Je crois que la question a été formidablement bien abordée, en ce sens que le programme des jeunes leaders a permis à un grand nombre de jeunes femmes d’assumer des rôles au niveau de la direction de projet et de mettre leurs idées en pratique. Plutôt que d’élever nécessairement de jeunes femmes au rang de dirigeantes, ce programme leur a donné l’occasion, comme à moi-même, de présenter une idée, de la concrétiser et de la mener à bien.”

Dans quelle mesure, la conscience de l’égalité des sexes est-elle importante, lorsque l’on met sur pied un projet tel que Mhor Outdoor ?

“Si notre objectif est de créer un environnement sécuritaire et favorisant l’autonomisation, alors elle est réellement très importante. Il est essentiel de prendre le temps de comprendre ce qui rendra un environnement sûr et sécuritaire pour certaines personnes. Par exemple, organiser des activités pour des femmes qui sont issues de milieux où elles ne sont pas en sécurité présente des difficultés bien particulières. Il faut leur faire sentir qu’elles peuvent avoir à relever un défi pour de bonnes raisons et qu’elles peuvent sortir de leur zone de confort. C’est à partir de ce moment-là qu’elles parviendront à s’épanouir en tant que personne, plutôt que d’avoir à toujours concentrer leur attention sur leur environnement. C’est cela qui va leur permettre de penser à elles-mêmes et de prêter attention à leur propre développement personnel.”

Najma Hussein Abukar
De quelle manière le sport et les Jeux Olympiques peuvent-ils promouvoir les femmes dans la société en général ?

“Le sport a un rôle énorme à jouer. Les Jeux Olympiques offrent la possibilité extraordinaire de mettre en avant des exemples à suivre, chez les hommes comme chez les femmes, et qui seront autant de sources d’inspiration pour les garçons, les filles, les hommes et les femmes. C’est une occasion pour toutes et tous de se lancer des défis d’une manière positive. Je pense que le fait de nous concentrer sur ce que notre corps peut accomplir, plutôt que sur l’esthétique corporelle est réellement essentiel et les Jeux Olympiques sont le contexte idéal pour cela.”

Quelles ont été les incidences de la pandémie de la COVID-19 sur votre projet ?

“Nous avons été touchés de plein fouet. La phase de démarrage du programme devait avoir lieu en 2020, mais malheureusement tout a été bloqué. Cette dernière année a été très difficile, mais à quelque chose malheur est bon. L’une des conclusions que je peux en tirer est que, durant cette période, les gens ont redécouvert leur propre jardin. Il leur a été autorisé de sortir pour pratiquer des activités physiques et ils ont commencé à envisager le sport et le fait de sortir en plein air sous un autre angle.

D’un autre côté, nous avons aussi vu émerger une pandémie sur le plan de la santé mentale. C’est pourquoi je pense que le sport, et en particulier les sports en plein air, dans la nature, ont un rôle très important à jouer pour aider les gens à reprendre confiance en l’avenir et à renouer des liens les uns avec les autres.”

Quelle a été l’importance du soutien apporté par Panasonic, partenaire TOP, en ce qui concerne votre projet, en particulier dans le contexte de cette pandémie ?

“Son soutien a été fantastique. Au cours de ces dernières semaines, Panasonic m’a donné les moyens de réaliser une vidéo, un mini documentaire, qui m’a vraiment permis de résumer ce que je souhaite accomplir grâce à mon projet et les possibilités qu’il offre à différentes catégories de personnes dans la société. Les représentants de Panasonic sont venus faire une courte randonnée avec moi et ont vraiment fait l’effort de bien saisir le sens de mon action. Ils m’ont aussi proposé une formation en matière de communication et m’ont expliqué comment exploiter au mieux les réseaux sociaux et les outils de communication en ligne.”

Quelles sont vos ambitions à l’avenir pour le projet Mhor Outdoor ?

“Emmener autant de personnes que possible faire leur première randonnée dans les collines. Je souhaite voir les modes de vie en plein air devenir une tendance largement répandue parmi toute la population vivant en Écosse. Nous avons la chance d’avoir des paysages éblouissants et d’innombrables possibilités d’être actifs au grand air. Par conséquent, je serais heureuse que cela soit accessible à toutes et à tous, et non pas uniquement à une poignée de privilégiés.”

En savoir plus sur l'engagement du CIO à la promotion de l’égalité des sexes sur l’aire de compétition et en dehors.

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