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Pour les handballeuses françaises Laura Glauser et Allison Pineau, un seul objectif : l'or à Tokyo !

Handball Olympics Getty Images
Laura Glauser est la gardienne co-titulaire de l'équipe de France féminine de handball, et son amie Allison Pineau, sacrée par l'IHF meilleure joueuse du monde en 2009, un pilier sur le terrain depuis de nombreuses années. Toutes deux ont pris leur parti du report des Jeux de Tokyo, déterminées, après la médaille d'argent remportée aux Jeux de Rio 2016, à monter sur une marche supplémentaire en 2021.


Quelle a été votre première expérience olympique ?

Laura Glauser : Les Jeux de Rio 2016, extraordinaires ! Franchement, c'est quelque chose qui m'a toujours fait rêver avant d'y participer. À partir du moment où j'ai su que j'étais sélectionnée, j'ai vraiment vécu un rêve, même si on n'a pas ramené l'or, mais nous avons gagné la première médaille olympique du hand féminin et c'était juste énorme. Mes souvenirs de Rio, c'est vraiment un tout, j'ai vraiment adoré mes JO. J'ai vraiment été investie durant toute notre compétition, parce que les gardiennes doivent faire énormément d'analyses vidéo, alors j'ai beaucoup travaillé là-dessus. Quand j'avais une demi-journée de libre, je n'allais pas forcément dans le village pour voir ce qui s'y passait. Mais, le pays, Rio, ça fait rêver, et la fin quand on a fait la fête, c'était juste… trop bien.

Allison Pineau : Pour ma part, c'était à Beijing en 2008 où j'étais une jeune remplaçante. Ça a été un moment fondateur pour moi. Il y avait des athlètes mythiques, il y avait Usain Bolt. Il y a eu la frustration de notre défaite en quarts face à la Russie, 32-31 après double prolongation. Mais à Beijing, j'ai vu, j'ai connu, j'ai découvert énormément de choses.

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Il y a quatre ans à Rio, qu'est-ce qui vous a manqué en finale face à la Russie ?

L.G. : De la fraîcheur. Les Russes, elles ont déroulé leur handball comme elles savent le faire, et il nous manquait la fraîcheur pour rivaliser. On n'était pas très loin au score, mais il est vrai qu'elles ont mené au score tout du long, et nous avons aussi, je pense, manqué de sang-froid.

A.P. : Oui, de la fraîcheur. À l’époque, l'entraîneur Olivier Krumbholz ne faisait pas beaucoup tourner l'effectif. Les cadres qui portaient le tout avaient beaucoup joué et en bout de course, nous étions particulièrement fatiguées. Avant la finale, je cumulais huit heures de temps de jeu, c'est énorme sur une compétition. C'est aussi ce qui a permis les succès que nous avons obtenus ensuite, en donnant plus de temps de jeu à tout le monde. Nous avons aussi laissé beaucoup d'influx nerveux durant le tournoi, et le tout assemblé, il nous a manqué ces deux ou trois petits buts pour rivaliser. Mais on est entrées dans l'histoire en gagnant la première médaille olympique du hand féminin.

Deux ans plus tard, vous battez la Russie en finale de l'Euro et vous vous qualifiez pour les Jeux de Tokyo…

L.G. : Pour nous, ça a été énormément de fierté. On reste des filles, et quand une équipe gagne contre vous une fois, deux fois, vous avez juste envie de les battre au bon moment, quand il faut. Et c'est ce que nous avons fait. C'était une petite revanche par rapport aux Jeux de Rio. Cet Euro-là était très spécial pour nous, il se disputait en France, il était qualificatif pour les JO de Tokyo, il nous tenait à cœur de bien jouer… Et de le gagner.

A.P. : Ça a été un moment incroyable. C'est encore difficile aujourd'hui de réaliser ce qui a été accompli ces trois-quatre dernières années. Le top a été de réussir à conquérir ce premier titre européen à la maison, il arrivait après notre victoire aux Championnats du monde en 2017. Et puis finir à Bercy, devant notre public face à la Russie… Rien que d'en reparler, j'ai des frissons.


Quelle a été votre réaction en apprenant le report des Jeux ?

L.G. : Pour ma part, je me suis blessée aux ligaments croisés du genou gauche en octobre 2019, et mon objectif était de revenir à temps pour les Jeux. Certains journalistes m'ont dit que ça faisait mon affaire, "ça t'arrange bien tu pourras faire ceux de l'année prochaine", alors que c'était mon objectif principal. En effet, cela me laisse plus de temps pour revenir, mais on n'est jamais à l'abri d'une nouvelle blessure. Mon premier ressenti, ça a été un soulagement pour tous les sportifs, parce que se préparer dans de telles conditions, c'est trop difficile. Vous vous êtes données à fond durant quatre ans, et la préparation s'est trouvée tronquée par le confinement. On ne pouvait plus jouer ensemble. Un marathonien ne peut pas s'entraîner. C'était vraiment un soulagement pour tous les sportifs, pour les supporteurs aussi, avec l'angoisse de se regrouper à ce moment-là. C'était donc la bonne décision pour tout le monde.

A.P. : Dans un premier temps, j'ai ressenti de la déception. Ensuite, on revient immédiatement à la raison compte tenu des conditions sanitaires. C'était la meilleure décision à prendre. Aujourd'hui, je ne vois pas comment on aurait pu aller aux Jeux fin juillet sans penser à toutes ces vies perdues durant ces derniers mois. Il y a une petite part de frustration, mais elle est très furtive parce qu'on se rend bien compte que c'était la plus sage des décisions. Et puis les Jeux ne sont pas annulés. Les opportunités d'y défendre nos chances sont toujours là.

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Comment avez-vous pu tirer parti de la période de confinement ?

L.G. : Je suis quelqu'un d'assez optimiste à la base, alors j'ai pris cette période telle quelle. Je suis maman, j'ai pu profiter à fond de ma fille, j'ai pu me concentrer à fond sur mon genou, ne travaillant que sur sa récupération, J'ai profité de mon domicile, parce que lorsqu'on est une sportive de haut niveau, on n'est pas beaucoup à la maison, j'ai resserré les liens avec ma famille, j'ai vu les choses du bon côté, j'ai aussi profité de mon chéri, on a cuisiné, on a fait plein de petits trucs ensemble, on a essayé de gérer au mieux cette attente.


A.P. : J'ai très bien vécu cette période. Ça a été un moment pour me rafraîchir les idées, pour m'atteler à des activités auxquelles je n'avais pas eu le temps de me consacrer, comme la méditation, j'ai consacré du temps à mes projets, à mes études, à ma reconversion. J'ai profité de ce temps pour re-fixer mes objectifs à court et à long terme, bref pour voir un petit peu plus loin.

Vous changez toutes deux de clubs cette saison. Quelles en sont les raisons ?

L.G. : En partant dans le championnat hongrois, mon objectif est d'aller plus haut, de gagner la Ligue des champions, même si je pense que ça aurait été également possible avec Metz. J'avais envie de tenter l'aventure à l'étranger, mais pas dans n'importe quel club. Pour moi, Gyor est le meilleur en Europe. Personnellement, j'ai une vie stable, avec ma fille, mon chéri, mon chien, mais je pense que c'est le moment de bousculer les habitudes pour essayer autre chose. Je voulais partir après les Jeux, mais ça ne s'est pas passé comme cela. Je ne me pose pas la question de savoir si c'est le bon timing.

A.P. : Je pars au Monténégro, à Podgorica avec des objectifs à la hausse. J'attends énormément du côté de la Ligue des champions, c'est un club habitué des quarts de finale et qui désire retrouver son lustre d'un passé pas si lointain. Il y a aussi mes objectifs personnels : revenir au top après ma blessure et mon opération en janvier dernier, disputer l'Euro 2020 au Danemark et en Norvège avec l'équipe de France et puis bien sûr, les Jeux.

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Êtes-vous restées en contact avec vos coéquipières de l'équipe de France durant cette période ?

L.G. : Nous discutons beaucoup. Avant d'être coéquipières, nous sommes amies, ou en tout cas, nous nous entendons très bien. J'ai eu pas de mal de contacts avec certaines filles, et aussi avec l'entraîneur. Nous travaillons dans une excellente ambiance, et c'est normal que nous restions en contact pendant cette période particulière.

A.P. : Nous avons toutes eu cette volonté de rester en contact et d'échanger. Cela fait six mois que nous ne sommes pas retrouvées, il est donc important de communiquer entre nous. Il y a aussi ces échanges par vidéo avec le collectif et tout le personnel pour prendre la température, pour savoir comment envisager la suite et les éventuels regroupements…


Quel sera votre objectif en 2021 à Tokyo ?

L.G. : C'est clairement le titre, et c'est normal. Nous voulons cette médaille d'or. À partir du moment où vous allez aux Jeux, vous y allez pour gagner. Nous n'avons pas d'autre objectif. Je sais que nous allons devoir travailler très, très dur, parce que l'année des Jeux, c'est toujours très spécial, n'importe quel sportif pourra vous le dire. Vous travaillez encore plus, vous vous donnez encore plus à fond. On verra bien, mais il est clair que nous viserons la première place.

A.P. : Bien évidemment ! Ce serait difficile de dire que l'on n'y va que pour une médaille. Dans notre situation, quand on a goûté à l'argent, quand on a disputé une finale, quand on a été championnes du monde 2017 et d'Europe 2018, on se dit qu'à la prochaine Olympiade, l'objectif est d'aller chercher le titre.

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Vous êtes des amies proches…

L.G. : Oui, elle part à Podgorica et je suis contente pour elle. Je suis arrivée à Metz il y a dix ans, elle m'a tout de suite prise sous son aile. Nous avons une relation assez spéciale. Et nous avons encore beaucoup échangé récemment, sur nos nouveaux clubs, mais nous parlons surtout de la pluie et du beau temps quand nous nous appelons.

A.P. : C'est ma "petite sœur" ! Je l'ai énormément protégée à son arrivée à Metz. J'ai essayé de la guider. Nous avons une relation qui va bien au-delà de celles entre joueuses ou simples copines. Notre amitié dure depuis longtemps, là elle part elle aussi à l'étranger, mais quand c'était moi qui étais loin, nous n'avons jamais perdu le contact. Nous avons une relation fusionnelle.

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