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Tokyo 2020

Pour le basket argentin, Luis Scola est le trait d'union entre une génération dorée et une autre

Ils ont réalisé l'un des plus grands exploits du sport argentin en remportant la médaille d'or à Athènes en 2004 après avoir réussi à éliminer les États-Unis en demi-finale. Ils sont la génération dorée qui a inspiré tous les basketteurs du pays, jusqu'aux adolescents qui ont brillé lors des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) de 2018 à Buenos Aires. Acteur important du triomphe de 2004, Luis Scola l'est plus que jamais lors de la Coupe du monde FIBA 2019 où l'Argentine atteint la finale et se qualifie pour les Jeux de Tokyo 2020.

En octobre 2018, les athlètes ont pu admirer au village olympique de la jeunesse de Buenos Aires une gigantesque fresque peinte à la gloire de la "Génération dorée" du basket argentin. Au parc urbain de Puerto Madero où se déroulaient les tournois de dunk et de 3 contre 3 de ces JOJ, les maillots de ces joueurs légendaires, notamment ceux de Manu Ginóbili et de Luis Scola bordaient les travées du stade. Et c'était un festival des "bleu ciel et blanc" pour la plus grande joie du public : Fausto Ruesga a illuminé le concours de dunks de ses envolées imaginatives et a remporté la médaille d'or. Avec Juan Hierrezuelo, Juan de la Fuente et Marco Giordano, il a également gagné la finale du tournoi de 3 contre 3 face à la Belgique, battue 20-15. "Pour les jeunes joueurs, il est impossible de rêver de réaliser ce que la "Génération dorée" a fait. J'espère juste que notre victoire est un petit coup de pouce pour l'avenir", a confié à chaud Juan de la Fuente.

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L'avenir, ce sont les Jeux de Tokyo 2020, et Luis Scola est toujours là à 39 ans pour guider la jeune génération, il est même le meilleur marqueur de son équipe le 5 août 2019 à Lima (Pérou) avec 28 points en finale des Jeux panaméricains où l'Argentine s'impose 84-66 face à Porto Rico, et retrouve un titre qu'elle n'avait plus gagné depuis 1995. Puis, en atteignant les quarts de finale de la Coupe du monde FIBA 2019 en Chine, l'équipe des "bleu ciel et blanc" se qualifie pour les Jeux de Tokyo en faisant partie des deux meilleures formations du continent américain de ce Mondial, aux côtés des États-Unis.

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Mais ce n'est pas tout : deux matches superbement maîtrisés avec le héros Luis Scola aux comamndes, en quarts devant la Serbie (98-87) et en demi-finale face à la France (80-66 où il est le meilleur marqueur avec 28 points, celui qui prend le plus de rebonds (13) et le meilleur joueur du match avec un score cumulé de 32 points) ont permis à l'Argentine d'atteindre la finale, perdue 75-95 face à l'Espagne à Beijing le 15 septembre 2019. "Il y a deux ans, j'avais dit que cette équipe me rappelait la génération dorée du début des années 2000", souligne Luis Scola. "Les gens m'ont regardé comme si j'étais fou. Je ne le suis pas. Regardez, nous avons atteint la finale de la Coupe du monde, comme en 2002." Revenons une vingtaine d'années en arrière....

Premier coup d'éclat aux Championnats du monde de 2002

Carlos Delfino, Gabriel Fernández, Manu Ginóbili, Leonardo Gutiérrez, Walter Herrmann, Alejandro Montecchia, Andrés "Chapu" Nocioni, Fabricio Oberto, Juan Ignacio "Pepe" Sánchez, Luis Scola, Hugo Sconochini et Rubén Wolkowyski : ils sont la "Génération dorée"", les champions olympiques de 2004, l'équipe qui a battu à deux reprises les États-Unis dans les grands tournois, bardée de récompenses continentales, encore médaillée de bronze à Beijing en 2008. Les héros immortels du basket argentin.

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"Cette équipe a excellé toutes ces années parce qu'on aimait jouer ensemble", fait remarquer Manu Ginóbili. "La Génération dorée, c'est avant tout l'amitié", précise Pepe Sanchez. "Un groupe si spécial ! Pour moi c'est un miracle que tous ces gars se soient rassemblés à ce moment précis", indique Gregg Popovitch, le légendaire entraîneur des San Antonio Spurs en NBA qui officiait auprès de l'équipe américaine aux Jeux d'Athènes 2004. "Nous avons inventé ce jeu, mais cette équipe l'a emmené à un autre niveau", ajoute Larry Brown, l'entraîneur en chef des États-Unis il y a quinze ans.

Ils sont amis d'enfance, formés dans la "capitale du basket" argentine, Bahiense del Norte, ils jouent ensemble dans les sélections de jeunes, dominent en équipe d'Argentine à l'orée des années 2000 et partent s'aguerrir en club dans les ligues européennes. Le 4 septembre 2002, au deuxième tour des Championnats du monde FIBA à Indianapolis, ils provoquent un véritable coup de tonnerre et se révèlent aux yeux du monde entier en remportant la première victoire argentine face aux États-Unis constellés des stars américaines de la NBA, 87-80. "On n'était personne, et du jour au lendemain, nous sommes devenus les Rolling Stones", se souvient Fabricio Oberto. L'Argentine trace sa route jusqu'à la finale où elle s'effondre en prolongations (75-75 à la fin du temps réglementaire) face à la Yougoslavie qui s'impose 84-77.

Un moment fondateur dès le début des Jeux de 2004

Le moment fondateur de la génération dorée aux Jeux d'Athènes est sans doute le match disputé dès la première journée de compétition le 15 août, face à l'équipe de Serbie et Monténégro, celle-là même qui l'avait battue en finale des Mondiaux de 2002. Avides de revanche, ils sont menés 82-81 à trois secondes du terme quand Manu Ginóbili parvient à marquer en pleine course et en déséquilibre, un panier "au buzzer" venu d'ailleurs, qui, dit-il, "a compté dans ma carrière". Victoire 83-82 ! Il s'écroule à plat ventre sur le parquet ; ses coéquipiers se ruent sur lui, formant une improbable mêlée de joueurs euphoriques.

Le futur quadruple champion de NBA avec les San Antonio Spurs et ses coéquipiers sont ensuite battus 87-76 par l'Espagne, dominent la Chine 82-57, puis la Nouvelle-Zélande 98-94 avant de concéder une défaite supplémentaire, face à l'Italie qui l'emporte 76-75. L'Argentine se qualifie sans gloire pour les quarts de finale à la troisième place de sa poule du premier tour. Pour aller plus loin, il leur faudra éliminer l'équipe du pays hôte.

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Le 26 août, ils affrontent donc la Grèce pour une place dans le dernier carré, devant ses 15 000 supporteurs. Ça s'engage mal : les Argentins sont menés de treize points dans le troisième quart-temps quand l'entraîneur Rubén Magnano fait entrer Walter Herrmann sur le terrain : ce dernier survole la fin du match, il remet les siens dans le droit chemin, ils reviennent au score, se détachent, et s'imposent 69-64. "Le match s'est arrêté, le silence s'est fait dans la salle, et là on s'est dit : "On est dans les quatre premiers, on peut décrocher la médaille", explique Carlos Delfino.

L'Argentine sur le toit du monde le 28 août 2004

Dans les vestiaires, "Chapu" Nocioni lâche : "Demain on va battre les États-Unis !" Un cri de joie repris par toute l'équipe. Depuis les exploits de la légendaire "Dream Team" à Barcelone en 1992, les États-Unis ont remporté toutes leurs rencontres aux Jeux avec une moyenne de 32.5 points d'écart. Mais ce 27 août, c'est l'équipe sud-américaine qui désire le plus la victoire, et qui mène tout le match, 24-20 au premier quart-temps, 19-18 au deuxième, 27-19 au troisième pour se détacher 70-57.

Les joueurs américains ne peuvent pas revenir, et la seule alerte pour les Argentins est quand Fabricio Oberto se casse la main sur un contre sous le panier. Le match s'achève sur un dernier dunk rageur de Luis Scola, 89-81. Immédiatement, il dessine une médaille avec ses mains, imité par ses coéquipiers. Le premier podium olympique du basket argentin est assuré ! "Ce n'est qu'à cet instant que j'ai compris ce que voulait dire jouer pour son pays", remarque Carmelo Anthony, le joueur américain devenu par la suite triple champion olympique.

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En finale le 28 août, dernier jour des Jeux, l'Argentine retrouve l'Italie, avec la ferme intention d'effacer la déception des Mondiaux de 2002, en sentant que l'occasion est unique et qu'elle ne risque pas de se représenter de sitôt. Si les Italiens démarrent mieux le match, les joueurs de Rubén Magnano trouvent ensuite leur rythme, et la formation européenne lâche totalement prise dans le dernier quart-temps. Luis Scola (23 points en tout) se suspend au panier sur un dunk pour porter le score à 84-69 à 15 secondes du terme, et c'en est fini. Les Argentins célèbrent leur victoire avant le buzzer. "Le but était de gagner une médaille, et remporter l'or comme ça, c'était incroyable, comme dans un film", décrit Carlos Delfino. Le podium, l'hymne national, et la montée du drapeau constituent un énorme moment d'émotion pour tous les joueurs argentins.

Quatre ans plus tard à Beijing, la Génération dorée est battue par les États-Unis101-81 en demi-finale et s'adjuge une médaille de bronze en s'imposant face à la Lituanie 87-75. À Londres en 2012, où Ginobili, Delfino, Nocioni, Gutiérrez et Scola sont encore présents, il y aura une nouvelle défaite en demi-finale face aux Américains (109-83) et une quatrième place après avoir perdu le match pour le bronze devant la Russie (81-77). Enfin à Rio en 2016, où Luis Scola est le porte-drapeau de la délégation, les Argentins sont stoppés par les États-Unis en quarts de finale, 105-78. Ces derniers n'ont plus perdu un match aux Jeux depuis leur défaite de 2004 !

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Des liens indéfectibles se sont créés entre les champions olympiques, qui perdurent quinze ans plus tard, entre ceux qui ont fait les beaux jours de la NBA, ceux qui ont pris leur retraite, ceux qui sont devenus entraîneurs, et ceux comme Luis Scola qui continuent en club ou en sélection. Le meilleur marqueur argentin des Jeux panaméricains 2019 et de la Coupe du monde 2019, membre du cinq majeur de ce Mondial, est bien décidé à guider la jeune génération vers de nouveaux sommets à Tokyo 2020 où il deviendra l'un des rares joueurs à avoir disputé cinq éditions des Jeux Olympiques !

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