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Perrine Laffont : le plaisir avant tout

Getty Images
Championne olympique en titre en bosses, Perrine Laffont est aujourd'hui la numéro un mondiale, double gagnante du classement général de la Coupe du monde de ski acrobatique, et enchaîne les victoires course après course. La championne pyrénéenne qui vient de fêter ses 22 ans a un moteur, le plaisir, et un objectif : devenir la première femme à conserver le titre olympique dans sa discipline à Beijing en 2022. Entretien.


Votre père Jean-Jacques est à l'origine de l'essor des bosses en France, dans votre station pyrénéenne des Monts d'Olmes. Il vous a donc transmis sa passion ?

Oui, en effet. Il était parti à l'armée dans les Alpes, il a découvert cette discipline et il l'a aimée. Quand il est rentré dans nos montagnes, il l'a exportée en créant avec ma maman le "boss club", et quand je suis née, ski aux pieds, j'ai immédiatement adhéré au club. C'est comme cela que j'ai découvert mon sport, après mon frère. Ça m'a plu tout de suite, il y a une belle ambiance, c'est un sport très complet avec le ski et les sauts et c'est aussi une grande famille. Je suis brièvement passée par le ski alpin, ça n'est pas du tout le même sport ni la même ambiance. Alors qu'avec ma famille, mes amis, le côté découverte et plaisir qu'avaient les bosses, c'est devenu ma passion.

Avez-vous été inspirée par des grands champions ?

Il y en a eu beaucoup ! Coté bosses, Guilbaut Colas et bien sûr Edgar Grospiron. Mais j'ai toujours suivi plein de sports, j'admire Lindsey Vonn, Teddy Riner et je me suis inspirée de ces grands champions.

Perrine Laffont Getty Images
Vous étiez encore lycéenne à 15 ans, quand vous avez disputé vos premiers Jeux en 2014 à Sotchi. Comment avez-vous vécu cette première expérience sur la scène olympique ?

Ça a été magique ! Disputer les Jeux à cet âge-là, ça n'arrive pas souvent, et avoir la chance de représenter mon pays, ma délégation à ces Jeux, cela a été une grande fierté. Pour un sportif, c'est le Graal et pour moi, c'était l'accomplissement de tout le travail déjà effectué, et un rêve de petite fille qui se réalisait. Je suis allée à Sotchi juste pour découvrir les Jeux Olympiques, mais j'ai fait une très bonne qualification, je me suis classée cinquième, c'était totalement improbable. En finale, je voulais faire aussi bien, et là, j'ai découvert ce qu'étaient la pression, les médias et tout ça… J'ai terminé quinzième. Mais ça a été une sorte de déclic, cela m'a beaucoup aidée pour la suite de ma carrière, et pour les Jeux d'hiver de 2018.

Votre première victoire en Coupe du monde en février 2016 à Tazawako reste-t-elle un souvenir majeur ?

Forcément, parce que je tournais un peu autour. Je faisais des quatrièmes, cinquièmes places, et j'avais énormément travaillé pour atteindre ce niveau. Dès lors, que mon premier podium en Coupe du monde soit une victoire, ça a été la cerise sur le gâteau !

 
Et vous voilà championne olympique à 19 ans, aux Jeux de PyeongChang en 2018…

Nous avions travaillé d'arrache-pied avec les entraîneurs sur ce qui me manquait, notre objectif était clairement la médaille. Et je pense que cela s'est joué au mental. Mine de rien à cette époque, nous étions cinq ou six filles qui pouvaient prétendre au titre. Avec la pression, certaines ont craqué, et je pense que j'ai été la dernière survivante ! Je n'ai rien lâché, mais j'étais à la limite, il n'aurait pas fallu un run de plus ! Le tourbillon médiatique qui a suivi, cela a été dur et éprouvant, mais j'étais bien entourée et on m'a aidée à gérer tout ça. Ce sont des choses que l'on apprend au fil des années. Je m'entoure des bonnes personnes et j'apprends encore aujourd'hui.

Vous êtes désormais la numéro un mondiale, vous enchaînez les victoires. Comment parvenez-vous à faire la différence ?

Un peu sur tout, la technique en ski, la vitesse, et en ce moment, surtout sur les sauts. J'ai bien évolué dans ce domaine, après avoir effectué un gros travail avec mes entraîneurs. Nous avons mis beaucoup d'énergie là-dessus. Et ça paye. Pour les sauts, il n'y a pas de limite si ce n'est la limite physique, et je pense avoir encore une bonne marge d'évolution. Il reste de la place pour se montrer créatif. À mes débuts, je faisais surtout la différence grâce au ski et c'est un réel atout pour moi de continuer à travailler cet aspect. Ce qui me plaît tant dans cette discipline, c'est qu'il n'y a pas que la vitesse qui compte, il y a de nombreux critères, le style, la hauteur des sauts, le ski de bosses est très diversifié et je n'ai jamais l'impression de faire la même chose. Je ne m'ennuie jamais.


Juste après votre deuxième victoire consécutive au classement général de la Coupe du monde de ski acrobatique, le confinement a débuté. Comment avez-vous vécu cette période ?

Plutôt bien. C'est arrivé à la fin de ma saison et ça m'a permis de me reposer. Quand sont arrivées les restrictions liées à la crise sanitaire, nous nous sommes adaptés. Maintenant, c'est reparti, mais en même temps, des courses sont annulées, nous restons dans le flou et nous savons que c'est une saison qui comportera moins de courses que d'habitude. Cela dit, les Championnats du monde 2021 qui devaient avoir lieu sur le site olympique 2022 de Zhangjiakou en République populaire de Chine ont été annulés et devraient reprendre à Calgary au Canada en février prochain. Je suis double championne du monde en bosses parallèles et le titre mondial dans la discipline olympique du simple est le seul qui manque encore à mon palmarès. Je tiens énormément à le gagner !

Votre principal objectif est-il de conserver votre titre olympique en 2022 ?

Bien sûr. Ce serait un rêve devenu réalité de pouvoir conserver ce titre pour quatre années supplémentaires. Seul le Canadien Alexandre Bilodeau a réussi cet exploit en 2010 et 2014, mais cela n'a jamais été réalisé chez les filles. Toutefois, je ne suis pas pressée, j'avance étape par étape et on verra bien, il y a encore un petit bout de chemin à faire avant ça. Je ne me prends pas la tête, il se passera bien d'autres choses d'ici là.

Perrine Laffont Getty Images
Quelles perspectives pour votre discipline aux Jeux Olympiques ?

Nous avons deux épreuves dans notre sport : les bosses parallèles sont un spectacle impressionnant, très visuel et le public adore. Nous nous disons que ce serait bien de l'avoir aux Jeux à partir de 2026, cela nous ferait une course supplémentaire, et nous avons tous à cœur de faire sa promotion.

Vous êtes très engagée dans la défense de l'environnement, pouvez-vous nous en parler ?

En tant que bonne citoyenne, je constate à quel point l'environnement se dégrade et à quel point il faut y faire attention. Cela me sensibilise encore plus, puisque j'évolue dans un milieu directement frappé par le réchauffement climatique, il y a de moins en moins de neige dans les stations, l'hiver arrive beaucoup plus tard. J'ai à cœur de faire bouger les choses pour que la situation évolue. Concrètement, à travers l'évènement d'initiation aux bosses que j'organise dans ma station en hiver, nous allons essayer de sensibiliser les jeunes à la défense de l'environnement. Il s'agit aussi d'en parler autour de moi, de travailler avec les personnes qui se sentent concernées par ce sujet pour faire évoluer les choses, discuter de la cause, et avancer vers un monde meilleur.


Vous communiquez beaucoup à travers votre vlog dont vous avez déjà produit 23 épisodes. Quelle en est la raison ?

J'ai commencé après ma victoire aux Jeux en 2018. Il s'agissait de faire découvrir au public l'envers du décor, de lui faire voir de l'intérieur ce que sont notre préparation puis notre saison de compétition, car il est vrai que nous n'avons pas une télé qui nous suit tout au long de l'année, et je pense qu'il ne se rendrait pas trop compte. Donc, il s'agit vraiment pour moi de partager un peu de notre quotidien avec le public.

À côté de votre parcours au plus haut niveau mondial, vous poursuivez vos études ?

Je viens de finir une licence en DUT "techniques de commercialisation" à Annecy, et j'enchaîne sur une autre licence "marketing des relations commerciales" dans la continuité du DUT. Je bénéficie d'un programme aménagé pour mener toutes ces activités de front. Tant que je me ferai plaisir, je continuerai les bosses. Avec des objectifs élevés, mais surtout en m'amusant, car c'est je pense la partie la plus importante. Le jour où je ne me ferai plus plaisir, il n'y aura plus de résultats. C'est donc la clé, la seule chose qui compte.

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