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Sarajevo 1984

Paoletta Magoni fonce dans le brouillard et vers la légende du ski

Paoletta Magoni est l’une des trois skieuses qui marquent les esprits en 1984 lors des Jeux d’hiver de Sarajevo. L’Italienne de 19 ans décroche la médaille d’or du slalom dames, ultime épreuve de ski de la compétition, et devient la première femme de son pays sacrée championne olympique en ski alpin.


Évoluant dans un brouillard épais, elle stupéfait les spectateurs présents sur le mont Jahorina – ou du moins ceux qui peuvent voir son temps clignoter sur le tableau électronique ! – tout comme l’a fait Debbie Armstrong, trois jours plus tôt dans le slalom géant, et Bill Johnson, la veille en descente. Elle enfouit ses mains dans ses gants de ski et laisse couler ses larmes.

Comme beaucoup de skieurs olympiques, Paoletta a grandi entourée de montagnes aux cimes enneigées, en l’occurrence à Selvino, près de Bergame dans les Alpes italiennes. Son bricoleur de père, Franco, passionné de ski, l’attire sur les pistes dès son plus jeune âge, comme il l’a fait avec ses frères et sœurs pour former « l’équipe Magoni ».

La jeune Paoletta est peut-être promise à un sacre olympique : Franco n’a-t-il pas essayé de la baptiser du nom de Moser-Pröll, en hommage à l’audacieuse reine de la descente autrichienne Annemarie Moser-Pröll, avant d’essuyer un refus du prêtre local ?

Sous la conduite de son père, elle commence à progresser. Selon une interview donnée par sa mère Margherita après Sarajevo, à partir de l’âge de 7 ans, Paoletta est devenue obsédée par la victoire lors de chaque course.

Dès que son père ne lui apprend plus rien, on embauche des entraîneurs : Franco vend même le domicile familial et déménage pour une maison plus petite afin d’économiser de l’argent pour permettre à sa fille de progresser.

Au milieu de l’adolescence, Paoletta qui est une concurrente puissante et attentive, intègre l’équipe nationale italienne réserve et goûte à la victoire en Coupe d’Europe. Mais après avoir accédé à l’échelon supérieur, elle se trouve dépassée et songe à abandonner le sport.

Son père la persuade toutefois de persévérer. C’est ainsi que quatre ans plus tard, elle se retrouve en Yougoslavie. Naturellement, Franco a fait construire une réplique de la vasque olympique dans le jardin familial en Italie, et il va jusqu’à allumer la flamme tandis qu’une structure métallique soutenant six grands anneaux olympiques trône à proximité.

À l’issue de la première manche, Paoletta Magoni est quatrième ex aequo avec la Française Perrine Pelen, une performance qui la ravit. Dans la seconde manche, elle s’élance en premier du portillon et à partir de là, la skieuse de 1,55 m effectue la course de sa vie, ralliant l’arrivée en 47’’62. Elle n’a plus qu’à patienter - dix minutes crispantes, - que ses rivales aient dévalé la montagne pour toucher enfin l’or.

Elle confiera plus tard qu’elle a rêvé de sa performance victorieuse la veille de la course, au temps réalisé près.

Qu’elle ait été prédestinée pour gagner ou qu’elle ait remporté ses médailles après nombre d’années d’entraînement spécifique, le résultat est le même : une victoire étourdissante qui apporte à l’Italie sa première médaille d’or féminine aux Jeux Olympiques d’hiver en huit ans.

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