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IOC/Greg Martin
Date
01 janv. 2019
Tags
Actualités Olympiques, Actualités du CIO
Actualités du CIO

Message du Nouvel An 2019


Là d'où nous venons

Où en seront les destins dans cent ans, en 2018 ? Armés comme nous le sommes par les applications indéfinies d’un savoir grandissant, l’évolution humaine est devenue étrangement rapide et jamais prévisions lointaines ne furent plus imprudentes, plus inutiles, même à formuler qu’en ce temps-ci. Une chose toutefois est certaine, c’est qu’une lourde responsabilité pèse sur nous. [...] L’état de l’héritage en l’an 2018 dépendra pour la plus large part de ce que décideront les usufruitiers de 1918. Prenons garde que nos fils n’aient point de comptes douloureux à exiger de nous et que le patrimoine de sagesse, d’énergie et d’honneur leur parvienne enrichi encore par nos vertus, notre constance, notre loyauté, notre abnégation.

Ces mots de Pierre de Coubertin sonnent aussi vrai aujourd'hui qu'il y a cent ans, lorsque notre fondateur les a écrits. Et quel meilleur moment pour illustrer ses paroles que maintenant, alors que nous nous trouvons au seuil de l'année 2019. En revenant sur les événements qui ont façonné l'année olympique 2018, nous pouvons remarquer qu'ils font écho à l'époque de Coubertin et nous constatons qu'à bien des égards, ils sont toujours d'actualité.

L'année a commencé par les Jeux Olympiques d'hiver de PyeongChang 2018 qui ont été une vraie réussite sur bien des plans. Depuis les exploits sportifs réalisés et l'expérience vécue par les athlètes jusqu'à l'excellente organisation et le succès financier, ces Jeux auront ouvert de nouveaux horizons, de bien des manières et plus que quiconque n'aurait pu l'imaginer il y a encore quelques mois.

La meilleure expression de cette réussite est le défilé conjoint, à la cérémonie d'ouverture,  des athlètes des Comités Nationaux Olympiques de la République de Corée et de la République populaire démocratique de Corée. Ils sont entrés dans le stade olympique comme une seule équipe derrière une bannière unique, le drapeau de l'unification coréenne.

Ce moment ne s'est naturellement pas produit par hasard. Ce fut le résultat d'un long processus de négociations et d'engagement à haut niveau gouvernemental de la part du Comité International Olympique (CIO) qui remontait à 2014 et s'est prolongé jusqu'à quatre heures avant la cérémonie d'ouverture.

À travers ces symboles et gestes puissants à PyeongChang, nous avons vu comment les Jeux Olympiques peuvent ouvrir la voie au dialogue, comment les valeurs olympiques peuvent ouvrir la voie à un avenir plus pacifique.

Le succès de PyeongChang n'a pourtant jamais été écrit d'avance. Quelques mois seulement avant les Jeux, l'idée de voir les deux délégations coréennes défiler pacifiquement ensemble à l'ouverture semblait impossible : nous étions en effet confrontés à des tirs de missiles et à des essais nucléaires dans la péninsule coréenne. Mais même au plus fort des tensions politiques, le CIO a toujours gardé la porte ouverte à la participation d'athlètes nord-coréens à PyeongChang.

Les deux dirigeants coréens ont remercié le CIO d'avoir ouvert la voie à des pourparlers de paix à travers ces démarches. S'exprimant à l'Assemblée générale de l'ONU en septembre 2018, le président sud-coréen Moon Jae-in a souligné une fois de plus le rôle important que le CIO a joué pour ouvrir la voie au rapprochement actuel. Il a ainsi déclaré : “Les changements surprenants survenus récemment peuvent être largement mis au crédit du CIO pour avoir aidé la Corée du Nord à participer aux Jeux Olympiques d'hiver de PyeongChang".

Durant ma visite en Corée du Nord en mars 2018, le dirigeant du pays, Kim Jong-un, a affirmé que les Jeux Olympiques d'hiver avaient modifié la dynamique des relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud et que ce changement était “entièrement imputable aux efforts déployés par le CIO”. Il s'est par ailleurs engagé en faveur de la participation des athlètes de son pays aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020, aux Jeux Olympiques d'hiver de Beijing 2022 et aux prochaines éditions des Jeux Olympiques de la Jeunesse.

Les deux dirigeants coréens ont demandé au CIO de continuer à soutenir par le sport les pourparlers de paix en cours au niveau politique dans la péninsule coréenne. Le CIO s'est engagé à le faire.  

À PyeongChang, nous avons également sanctionné la manipulation organisée du système antidopage en Russie pendant les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi 2014. Le CIO a infligé aux entités concernées des sanctions proportionnelles à leur niveau de responsabilité. Parallèlement, nous avons défendu le principe de justice individuelle auquel tout être humain a droit. C'est pourquoi nous avons créé une passerelle permettant à certains athlètes russes intègres de participer de manière individuelle à PyeongChang, mais seulement dans les conditions les plus strictes. De cette façon, nous avons rendu justice à tous les athlètes, et ce quel que soit le passeport qu'ils détiennent. Avec sa suspension des Jeux Olympiques d'hiver de PyeongChang 2018, le Comité Olympique Russe a purgé sa peine, tandis dans d'autres organisations, des procédures sont toujours en cours.

Autre événement marquant de l'année olympique qui vient de s'écouler : le Forum Olympisme en action qui s'est tenu à Buenos Aires juste avant les Jeux Olympiques de la Jeunesse. Rassemblant des dirigeants de tous horizons afin de discuter des nouvelles tendances influant sur l'avenir du sport, le Forum a été l'occasion pour le Mouvement olympique d'ouvrir ses fenêtres pour laisser entrer de nouvelles idées et entendre différents points de vue. Le Forum a également mis à profit la participation de nombreux représentants de la jeunesse et de Young Change-Makers (jeunes artisans du changement), lesquels ont défendu la position et l'avis des jeunes lors des débats. Afin de favoriser le dialogue, des voix dissidentes ont aussi été invitées au Forum, ce qui a permis un échange de vues ouvert avec les représentants du Mouvement olympique. Le Forum a passé en revue les nombreuses activités et initiatives menées par le CIO et le Mouvement olympique, que ce soit en faveur de l'égalité des sexes, de la responsabilisation des femmes dans et par le sport, de la gouvernance, de la durabilité ou de l'avenir des Jeux Olympiques.

Les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) de Buenos Aires 2018 ont du reste véritablement marqué l'avènement d'une ère nouvelle. Ils ont été synonymes d'innovation du début à la fin : de la cérémonie d'ouverture organisée en plein cœur de la ville et à laquelle ont assisté des centaines de milliers de personnes aux stades pleins, ils ont mis le sport à la portée de la population. Ces Jeux Olympiques de la Jeunesse ont été plus urbains, plus fédérateurs que jamais, avec une représentation féminine sans précédent. Le concept de parcs a connu un succès phénoménal comme en atteste le million et plus de spectateurs qui ont rempli les installations aménagées dans toute la ville, et ce dans une atmosphère exceptionnelle. Étape importante pour l'égalité des sexes au sein du mouvement sportif olympique, les JOJ de Buenos Aires ont proposé le tout premier programme de sports olympiques affichant une parfaite égalité, avec le même nombre de filles et de garçons en lice dans le même nombre d'épreuves. De nouveaux sports et de nouvelles disciplines ont rajeuni le programme. Les Argentins ont toutes les raisons d'être fiers de cette magnifique célébration de la jeunesse, du sport et de la culture pour laquelle ils se sont rassemblés avec passion et enthousiasme. Grâce à ce formidable succès, Buenos Aires a ouvert la voie à la tenue des Jeux Olympiques de la Jeunesse de 2022 à Dakar, au Sénégal, la toute première compétition olympique organisée en Afrique.

Si l'on réfléchit aux mots de Pierre de Coubertin, force est de constater que bon nombre des thèmes qu'il a évoqués se retrouvent dans les événements qui ont fait l'année olympique 2018. Nous constatons à bien des égards que son bel héritage est toujours bien vivant et plus d'actualité que jamais dans le monde fragile qui est le nôtre aujourd'hui. En tant que gardiens de ce patrimoine olympique exceptionnel, il est de notre responsabilité de transmettre les valeurs olympiques aux générations à venir. Dans cet esprit olympique, et forts de la dynamique engagée au cours de l'année olympique 2018, nous pouvons envisager 2019 avec confiance et optimisme.

Ce qui nous attend

Les préparatifs des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 battent leur plein et vont bon train. À 18 mois de l'ouverture de la manifestation, jamais une ville hôte n'a été plus prête que Tokyo. Aussi sommes-nous persuadés que les préparatifs se poursuivront sans heurt dans la dernière ligne droite.

En 2019, le temps fort du 125e anniversaire de la création du CIO par Pierre de Coubertin sera l'inauguration tant attendue de la Maison olympique, notre nouveau siège. Après trois années de travaux de reconstruction et rénovation, le nouveau bâtiment rassemblera sous un même toit l'administration du CIO. La Maison olympique sera le nouveau foyer du Mouvement olympique tout entier. De par sa conception, le bâtiment s'intègre parfaitement dans son environnement et son cadre historique. Le nouveau siège sera un pont lancé entre les racines du CIO à Lausanne et notre vision de l'avenir.

En 2019, nous aurons une décision importante à prendre : le choix de la ville hôte des Jeux Olympiques d'hiver de 2026. Les solides candidatures reçues ont fait leurs les réformes prônées par l'Agenda olympique 2020 comme en atteste le fait qu'elles prévoient d'utiliser 80 % de sites et d'installations existants ou temporaires. Ainsi que nous l'avons dit clairement, nous voulons retourner en 2026 dans un pays à la longue tradition de sports d'hiver, et je suis convaincu que nous aurons une excellente ville hôte pour les Jeux Olympiques d'hiver de 2026.

L'année qui s'annonce sera également déterminante pour renforcer le message qui veut que, dans le domaine de la bonne gouvernance, ce qui touche l'un de nous nous touche tous. En d'autres termes, les mêmes règles de bonne gouvernance et d'éthique doivent s'appliquer à l'ensemble du Mouvement olympique. Nous avons tous la responsabilité de défendre les normes de bonne gouvernance dans tout ce que nous faisons, parce qu'au final, chaque maillon compte. Le CIO a déjà appliqué toutes les mesures de bonne gouvernance préconisées par l'Agenda olympique 2020. Nous avons opéré des réformes, nous avons changé, mais nous savons que même les règles les plus rigoureuses ne nous mettront pas à l'abri des comportements répréhensibles. Aucune organisation dans le monde ne peut y échapper. Force est de constater malheureusement que certains des enjeux auxquels nous faisons face aujourd'hui sont nés avant l'entrée en vigueur de nos réformes. Cela étant, grâce aux réformes engagées à la suite de l'adoption de l'Agenda olympique 2020, nous sommes désormais mieux armés que par le passé pour répondre à ces actes répréhensibles. Comme l'ont montré de récents événements, lorsque de tels cas surviennent, nous agissons et prenons les mesures nécessaires car nous savons qu'il est dans notre intérêt supérieur de protéger l'intégrité du sport.

L'année 2019 sera par ailleurs une année importante pour renforcer encore davantage le rôle joué par l'Agence de Contrôles Internationale (ACI) afin de faire en sorte que les contrôles et les sanctions soient indépendants des organisations sportives et des intérêts nationaux. De nombreux progrès ont déjà été accomplis. En effet, 40 partenaires ont adhéré à l'ACI, ce qui a permis d'éviter ne serait-ce que la perception d'un conflit d'intérêts et d'accroître la crédibilité du système antidopage des FI et de tout organisateur de grands événements sportifs.

Dans notre monde fragile, plein d'incertitudes et de conflits, le CIO jouit, contre vents et marées, d'une grande stabilité. L'avenir des Jeux est assuré avec les Jeux Olympiques d'hiver de Beijing 2022 ainsi qu'avec les Jeux Olympiques de Paris 2024 et Los Angeles 2028. De nombreuses villes et CNO ont déjà manifesté leur l'intérêt pour l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver de 2030 et même pour les Jeux Olympiques de 2032, treize ans à l'avance. En ces temps instables, les Jeux Olympiques sont plus importants que jamais pour rassembler les peuples dans une manifestation pacifique. Il ressort d'une analyse minutieuse que nos partenaires mondiaux TOP et nos diffuseurs détenteurs de droits témoignent leur confiance dans les Jeux Olympiques et le CIO, notamment via la signature d'accords à long terme, dont certains courent jusqu'en 2032.

Ce témoignage de confiance se voit aussi dans le succès d'Olympic Channel, laquelle rend la magie du sport et des athlètes olympiques accessible à tous, 365 jours par an, dans le monde entier. Les contenus proposés par Olympic Channel ont su trouver leur public, en particulier auprès de la jeune génération, pour preuve les deux milliards de vidéos visionnées depuis la mise en service de la chaîne il y a deux ans. L'objectif d'attirer les jeunes vers les Jeux Olympiques et les valeurs du sport se poursuivra avec une localisation accrue des contenus d'Olympic Channel en 2019.

Tous ces aspects conjugués – l'importance croissante des Jeux Olympiques, la sécurité financière à long terme et la promotion du sport olympique auprès des jeunes – sont ce qui confère au Mouvement olympique au sens large cette grande stabilité. Dans notre monde fragile, cette stabilité est peut-être la valeur la plus précieuse que vous puissiez avoir. Peu nombreuses sont les autres organisations qui peuvent en effet se vanter d'avoir un tel atout en cette période troublée.

Les athlètes sont au cœur de tout ce que nous faisons. Avec l'adoption de la Déclaration sur les droits et responsabilités des athlètes, nous avons franchi une étape historique pour renforcer le rôle des athlètes au sein du Mouvement olympique. Cette Déclaration est également un moment particulièrement émouvant à titre personnel. En effet, en tant qu'ancien membre de la première commission des athlètes du CIO, mise sur pied après le Congrès olympique de Baden-Baden en 1981, je me suis battu pour la représentation et les droits des athlètes. Depuis lors, ce sujet me tient à cœur. Voir ce long processus se concrétiser est donc une grande satisfaction personnelle. La participation de plus de 4 200 athlètes à la rédaction de ladite Déclaration a marqué une étape importante s'agissant de la légitimité de la représentation des athlètes en raison de son universalité et de sa diversité. Aussi la commission des athlètes du CIO et son comité de pilotage sont-ils les mieux placés pour parler au nom des athlètes du monde entier.

L'année 2019 sera cruciale pour le déploiement et la mise en œuvre de cette Déclaration. C'est également pour cette raison que le CIO tiendra le plus grand Forum des athlètes de l'histoire en avril 2019. De nombreux CNO, associations continentales et FI apportent d'ores et déjà leur soutien à la Déclaration et j'espère que beaucoup d'autres suivront en 2019. J'encourage tous les athlètes à faire entendre leur voix grâce à leurs représentants élus qui seront présents à ce Forum des athlètes. Cet événement sera une étape majeure pour approfondir et renforcer la participation des athlètes au sein du Mouvement olympique.

Pour toutes ces raisons, 2019 promet d'être une année qui fixera l'orientation que prendra le Mouvement olympique à bien des égards.

Ainsi que Pierre de Coubertin nous l'a rappelé il y a cent ans, nous ne sommes que les usufruitiers de son immense héritage. Alors, dès aujourd'hui, faisons en sorte de continuer à assumer dignement cette responsabilité afin de transmettre son héritage olympique à la prochaine génération "enrichi encore par nos vertus, notre constance, notre loyauté, notre abnégation". Nous avons toutes les raisons d'envisager l'avenir avec confiance et optimisme. Dans cet esprit d'excellence olympique, je vous souhaite à tous une année 2019 heureuse et prospère.

Thomas Bach
Président du CIO

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