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Petitjean ready to do Togo proud in PyeongChang 2018 Getty Images
PyeongChang 2018

Mathilde Amivi-Petitjean veut faire briller les couleurs togolaises aux Jeux d'hiver

Mathilde Amivi-Petitjean est une skieuse de fond togolaise qui a grandi en France et s'entraîne au Canada. Elle fêtera ses 24 ans à PyeongChang où elle disputera ses deuxièmes Jeux Olympiques d'hiver après avoir couru sur 10 km à

Sotchi en 2014. La spécialiste du sprint, bien décidée à progresser vers le plus haut niveau international, nous raconte son histoire.

"Je suis née à Kpalimé, au Togo, le 19 février 1994, mais je suis arrivée en France avec ma famille à l'âge de quatre ans, dans la localité de La Roche-sur-Foron en Haute-Savoie, d'où l'on peut voir le Mont-Blanc ! J'avais 7 ans quand j'ai fait une sortie avec l'école en ski de fond, sur le magnifique plateau des Glières, et j'ai tout de suite adoré ça ! Mon père m'a inscrit au ski-club nordique du Pays Rochois et c'était parti."  

"J'ai fait partie de l'équipe de France junior de 2011 à 2013, puis la Fédération togolaise de ski m'a contactée via mon compte Facebook. Je ne sais pas comment ils sont arrivés jusqu'à moi, et j'ai d'abord pensé à une plaisanterie. J'en ai parlé avec mes parents, j'ai compris qu'il s'agissait d'une très belle aventure, et j'ai accepté de faire le changement de fédération, pas forcément pour disputer les Jeux Olympiques. Pour moi, le temps était venu de faire quelque chose pour le Togo, et j'étais encore très jeune."  

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Les Jeux de Sotchi 2014 : "un énorme choc émotionnel"  

"Et puis, les Jeux de Sotchi 2014 se sont présentés, j'étais encore junior, je courais en Coupe d'Europe et je me suis retrouvée athlète aux Jeux d'hiver, suscitant un grand intérêt médiatique puisque j'étais la première togolaise en ski de fond. Tout le monde parlait de nous. Je suis assez timide, alors cela a été pour moi un énorme choc émotionnel, de passer d'une athlète anonyme à, en quelque sorte, un symbole pour le sport africain. Cela a été difficile à gérer."  

"Les Jeux de Sotchi, ça a été très fort, très gratifiant de pouvoir montrer au reste de la planète que ce n'est pas parce que l'on vient d'un endroit où il n'y a pas de neige que l'on ne peut pas faire du ski ! À Sotchi (mais ce sera aussi le cas le 9 février à PyeongChang), j'étais la porte-drapeau du Togo. Wow ! Tellement d'émotions ! J'étais tétanisée en entrant dans le stade, je ne savais pas où regarder. Le président de ma fédération était derrière moi, m'encourageait et me disait "sourit !". Ça a été le moment le plus fort de mes premiers Jeux."  

"Quand les athlètes se retrouvent regroupés dans le stade lors de la cérémonie d'ouverture, on est à côté des grandes stars, ou des athlètes des "petites nations". Se dire qu'on côtoie un Bode Miller, une Marit Bjørgen ou les bobeurs jamaïcains, c'est énorme, et on se rend compte qu'on est à ce moment-là tous pareils, il n'y a pas de différence, on est tous là pour donner le meilleur de nous-mêmes."  

"Je suis une spécialiste du sprint, mais à Sotchi, je n'ai disputé que le 10 km classique. J'avais rêvé des Jeux toute petite, et c'est arrivé très vite, j'avais 19 ans. Plusieurs grands athlètes sont venus me voir, chaleureusement, "ah, c'est toi la fille du Togo !", je me souviens avoir fait un tour de piste à l'entraînement avec la championne finlandaise quintuple médaillée olympique Aino-Kaisa Saarinen. On a discuté comme si on s'était toujours connues !  Ça m'a donné envie de continuer. Quand on pratique un sport à haut niveau et que l'on progresse, on ne pense plus qu'aux Jeux. On veut y retourner, et pour avoir des résultats, pas pour faire de la représentation."   

Avec l'aide de la Solidarité Olympique

"Après les Jeux de Sotchi, j'ai obtenu une bourse de la Solidarité Olympique, sans laquelle rien n'aurait été possible. Je suis partie m'entraîner au Canada, au sein du "Centre National d'Entraînement Pierre-Harvey" au Mont-Saint-Anne, Québec. Cela fait trois ans que je fais mes gammes là-bas. J'ai obtenu de bons résultats en sprint, des top 5 en Nor-Am Cup. J'ai couru sur le circuit FIS et en Coupe du monde. Je suis au CNEPH 9 mois par an et je reviens en France pour mes études de marketing. Être dans cette structure sportive me permet de m'entraîner au plus haut niveau et d'être très bien encadrée, avec un des coaches qui me suit sur les courses internationales. Bref, tout ce qu'il faut pour avancer. Je vis une vie d'athlète, avec onze mois d'entraînement par an, 600 à 700 heures, avec le but d'aller le plus haut possible, je suis une compétitrice dans l'âme !"  

"Et puis cette année, je me suis associée avec le partenaire TOP du CIO Procter et Gamble. Nous avons tourné ensemble une vidéo de la série "Thank you Mum" (Merci Maman) ; quand je l'ai montrée à ma mère, elle a été très émue. Les parents sont à la base de tout." 

Objectif top 30 

"Cette fois-ci, je vais aux Jeux d'hiver pour faire de bons résultats, en fonction de mon niveau. Faire un top 30 en sprint serait super. Sur 10 km, il s'agira de se faire plaisir, de bien skier et ce sera parfait. Et puis je ne serai pas seule, comme à Sotchi, il y a une autre athlète togolaise, Alessia Afi Dipol, en ski alpin. Mais je serai encore la porte-drapeau lors de la cérémonie d'ouverture."  

"Au-delà des Jeux de PyeongChang, mon objectif est d'entrer régulièrement dans les Top 30 en disputant la Coupe du monde du début à la fin, pour tenter de devenir la première fondeuse africaine à marquer des points. Je veux être considérée comme une véritable athlète de haut niveau, et faire ma place sur le circuit international. Je m'entraîne pour ça."  

"Je reçois énormément de messages, de "like" sur les réseaux sociaux, et il y a beaucoup de tweets qui parlent de moi. Je suis mentalement prête, j'ai maintenant les armes pour ne pas subir le même choc émotionnel aux Jeux. Il n'y aura plus le côté "découverte", je sais gérer. Mais j'aurai toujours un sentiment incroyable en habitant le village olympique. Un endroit de partage et de paix unique au monde. Il peut bien se passer n'importe quoi sur la planète, nous montrons que le sport réunit les gens, que tout le monde se parle, se voit, et cela veut dire qu'il y a encore de l'espoir. Tant que l'on n'a pas vécu cela, on ne peut pas comprendre à quel point c'est si spécial !"

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