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Masai Ujiri : « L'autonomisation des femmes passe par l'action et non par les mots"

Getty Images
Dans la dernière interview de notre série consacrée à l'égalité entre les hommes et les femmes, Masai Ujiri, président des Raptors de Toronto, équipe de la National Basketball Association (NBA), parle de ses initiatives positives en faveur de la promotion des femmes à des postes à responsabilité au sein de la franchise canadienne.


Né en 1970 à Bournemouth, sur la côte sud de l'Angleterre, où ses parents étudiaient à la faculté de médecine, Masai Ujiri est parti en Afrique à l'âge de neuf mois. Une passion d'enfance pour le football a cédé la place à un amour du basketball à l'adolescence, et à l'opportunité de s'installer aux États-Unis pour étudier dans un collègue pré-universitaire. Il est ensuite retourné en Europe pour poursuivre une carrière de basketteur professionnel et, pendant six ans, il a joué pour des équipes en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, en Finlande et au Danemark avant de prendre sa retraite en 2002.

Sa première incursion dans le monde de l'entraînement s'est faite au sein de l'équipe nationale junior nigériane avant de rejoindre l'Orlando Magic en tant que recruteur. En 2008, il est nommé assistant manager des Raptors avant de rejoindre les Denver Nuggets en tant que manager général. Il est revenu chez les Raptors en 2013 et, trois ans plus tard, en est devenu le président. En 2019, les Raptors ont remporté le titre NBA pour la première fois de leur histoire.

 
Parlez-nous de vos débuts dans le sport

“Quand j'étais à l'école, je prenais le football très au sérieux. Je jouais pour mon école primaire, ce qui signifie que j'étais parmi les 11 meilleurs sur des milliers, donc jouer pour mon école primaire, c'était quelque chose ! Ensuite, quand j'ai commencé à jouer au basket, j'étais en première ligne dans tout ce que faisait mon école. Quand j'étais au lycée, le maître [de basket] m'a nommé capitaine de basket pour toute l'école, même s'il y avait des garçons plus âgés devant  moi. Et donc maintenant, quand j'y repense, cela me ramène à l'époque où peut-être [j'ai développé] certaines compétences en matière d'organisation et de leadership, et même de travail d'encadrement des personnes."

Comment vous êtes-vous forgé une carrière professionnelle dans le basketball ?

"Étudiant, j'ai eu la chance de partir en échange à Seattle et de jouer au basket dans une école préparatoire. Je n'étais pas très très bon - juste [à peine] assez bon. J'ai eu la chance d'entrer au collège pré-universitaire de Bismarck, où je suis resté deux ans, puis je suis allé à la Montana State University Billings."

"Quand ils ont libéralisé toutes les règles en Europe, ce qui signifie qu'avec un passeport britannique, vous pouviez jouer dans tous les pays européens en tant que [ressortissant] de l'UE, je me suis dit : 'OK, je vais faire ça, je vais gagner de l'argent en faisant ça, parce que maintenant j'ai acquis une petite expérience du basketball universitaire'. Je n'avais pas beaucoup de succès et je passais d'un endroit à l'autre. Ma carrière prenait une mauvaise tournure et je luttais contre mon ego car j'avais toujours voulu dire que j'étais basketteur professionnel. J'étais au Danemark et je jouais pour une équipe qui n'avait aucun avenir là-bas. J'ai dit : "Tu sais quoi ? Je vais essayer d'aller vers autre chose." Heureusement pour moi, j'ai été nommé entraîneur de l'équipe nationale junior du Nigeria en 2002. Et c'est comme ça que je suis devenu entraîneur."

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Quelle est votre philosophie en matière d'égalité des sexes ?

"Vous devez donner du pouvoir aux meilleures personnes qui vous entourent. Gagner, c'est aider les gens, c'est avoir un impact. Il s'agit de rassembler les force ; il ne s'agit pas seulement de gagner un match de basket. Gagner, c'est voir ma fille sourire, voir mon fils grandir. Gagner, c'est voir mes amis heureux, voir ma femme heureuse. Mon entourage dit toujours que ma femme et ma fille dirigent tout à la maison - ce sont elles les patronnes à la maison. Quand nous [les hommes] allons au travail, nous nous mettons en avant comme si nous dirigions tout. Certaines de ces femmes sont les mêmes que celles avec lesquelles nous collaborons au travail, et elles gèrent des affaires à la maison. J'en déduis qu'elles peuvent diriger partout."

Comment avez-vous mis en œuvre le changement chez les Raptors ?

« Il ne s'agit pas seulement de parler d'autonomisation des femmes ; il s'agit de la faire. Nous devons agir pour qu'elle se réalise. Un découvreur de talents doit-il être un homme ? Non. Ce n'est pas nécessaire. L'analyste sportif doit-il être un homme ? Non. Il y a des femmes qui font cela. Il y a des femmes incroyables, intelligentes et diverses partout. C'est juste une question d'égalité et de chance qu'on leur donne.

"Quand j'ai examiné nos activités, elles étaient dirigées par des hommes. Il n'y avait qu'une seule femme qui travaillait pour nous quand nous avons pris le relais. Il y en a 17 maintenant et nous en sommes fiers. Et nous avons gagné [le championnat NBA], alors qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que cela n'a pas d'importance. Pour moi, c'est cette égalité que nous devons assurer et cette chance que nous devons donner."


Quelles leçons en avez-vous tirées ?

"Nous suivons toujours les mêmes shémas, allons dans les mêmes endroits, pour chercher le même type de recrues. Maintenant, nous devons faire preuve d'une réelle volonté. Quand nous sommes arrivés à Toronto, j'ai déclaré  clairement mon intention : "Nous allons embaucher des femmes". Nous devons joindre le geste à la parole. Nous ne pouvons plus opprimer ces filles et ces jeunes femmes. Ce n'est pas possible dans le monde d'aujourd'hui. Nous avons dépassé cela. Regardez, il y a des femmes intelligentes partout. Il faut donner du pouvoir et des moyens à chacun et, en fin de compte, nous devons tous nous respecter les uns les autres. Et je pense que lorsque nous le ferons vraiment, ce monde deviendra tellement meilleur."

Êtes-vous impatient à l'approche des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 ?

"J'ai hâte de regarder la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques ; voir la flamme arriver et voir tous ces sportifs porter le drapeau de leur pays, c'est vraiment spécial. Lorsque ce moment arrivera, je sais que l'on se sera relevé [de la pandémie de COVID-19]. Nous recommençons à nous rassembler. Nous devons faire en sorte que les Jeux Olympiques aient lieu parce que le monde en a besoin."

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