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PyeongChang 2018

Martin Fourcade, mais aussi Johannes Bø et Arnd Peiffer couronnés en biathlon masculin

Les hauts et les bas de la star française Martin Fourcade ont rythmé les épreuves hommes individuelles de biathlon à PyeongChang 2018, tant il est parti favori à chaque épreuve, et tant il a frôlé la victoire là où il a perdu et brillé là où il a gagné, deux fois. Annoncé comme son principal rival, le Norvégien Johannes Thingnes Bø n'a finalement réussi que dans l'individuelle 20 km, mais de façon très impressionnante. L'Allemand Arn Peiffer a ouvert à Alpensia en se montrant sans-faute dans le sprint. 

Laura Dahlmeier l'avait fait la veille, son compatriote Arnd Peiffer l'accomplit le 11 février : pas une cible manquée dans le sprint, et la victoire au bout des 10 km. Il remporte son premier titre olympique sur la distance où il avait été sacré champion du monde en 2011, et devance le Tchèque Michal Krcmar et l'Italien Dominik Windisch. 

Les deux superstars du circuit, Johannes Bø et le Martin Fourcade, perdent toute chance dès le premier tir couché, avec trois erreurs chacun, soit trois fois 150 m de tour de pénalité. Sorti 35e après ses trois cibles manquées, Martin Foucade prendra finalement la 8e place après un sans-faute au debout et le meilleur temps net à skis, terminant à 22 secondes de Peiffer, et restant en bonne position pour la poursuite. Bø pour sa part plongera jusqu'au 31e rang.

A l'avant, Arnd Peiffer réussit le sans-faute, le 10 sur 10 synonyme de victoire et de départ en tête pour la poursuite. Le Tchèque Michal Krcmar blanchit également les 10 cibles pour prendre la médaille d'argent à 4 secondes du vainqueur l'Italien Dominik Windisch, une faute, s'adjuge la médaille de bronze à 7 secondes en débordant l'Autrichien Julian Eberhard dans le dernier tour.

Le skieur natif de Basse-Saxe, 30 ans, a donc profité de la méforme des favoris pour créer la surprise. Il succède à la légende norvégienne Ole Einar Bjørndalen. C'est sa deuxième médaille olympique, après l'argent à Sotchi 2014 en relais masculin. Le dernier succès d'Arnd Peiffer en sprint sur la Coupe du monde remontait à la saison 2014-2015, à Oslo. C'est lui qui aura su le mieux gérer le vent et le froid qui ont compliqué le parcours des autres favoris.

"Ça sonne bizarre, parce que j'ai 30 ans, ce sont mes troisièmes Jeux Olympiques, et dans les deux derniers sprints à Vancouver 2010 et Sotchi 2015, j'avais mal couru avec à chaque fois deux ou trois tours de pénalité, ça n'était pas bon, car je m'étais trop mis la pression. Et puis, ici, je ne pensais pas que ce serait possible de finir au top, je ne me qualifierais pas d'outsider, mais je ne fais pas partie des tout meilleurs," observe Arnd Peiffer. "Aujourd'hui, j'étais bien plus relax et je pense évidemment que j'ai fait un bon travail au tir, c'était la clé pour finir devant, mais je suis surpris. C'est l'aboutissement de beaucoup de travail, je fais du biathlon depuis 21 ans. J'ai commencé à 9 ans. Ça fait un bout de temps !"

Martin Fourcade rectifie le tir dans la poursuite 

Au lendemain du sprint, le 12 février, le patron du circuit mondial du biathlon s'impose magistralement dans la poursuite, conserve le titre gagné à Sotchi 2014, remporte sa troisième médaille d'or pour devenir l'égal français de Jean-Claude Killy aux Jeux d'hiver et s'adjuge sa cinquième médaille olympique après une démonstration éclatante. Le Suédois Sebastian  Samuelsson, 20 ans, prend le meilleur sur l'Allemand Benedikt Doll pour la médaille d'argent. 

Six fois consécutivement vainqueur du classement général de la Coupe du monde IBU dans laquelle il totalise 71 victoires individuelles, propriétaire de 27 gros et petits globes de cristal (record), onze fois champion du monde, Martin Fourcade est déjà, en compagnie du légendaire Ole Einar Bjørndalen, le plus grand biathlète de l'histoire.

Mais après une série de 18 podiums consécutifs à cheval sur deux saisons, dont les 15 courses de Coupe du monde disputées avant les Jeux de PyeongChang, le champion français a déçu dans le sprint à Alpensia qu'il a achevé mécontent et frustré. Parti 22 secondes après Arnd Peiffer, il va rapidement remettre les choses au point.

Dans cette poursuite, Martin Fourcade remonte sur la tête de course dès le 2e kilomètre. Il commet une faute au premier tir couché mais ce sera la seule de la soirée. Ainsi, après un sans-faute au 3e tir (debout), il repart avec près de 40 secondes d'avance sur ses plus proches poursuivants, pouvant se permettre une erreur à l'ultime passage au stand. Il ne la commet pas et peut brandir le poing vers les entraîneurs et l'encadrement français qui se congratulent. 

Martin Fourcade se saisit ainsi d'un drapeau tricolore dans les derniers mètres qu'il parcourt en roue libre. Le surprenant junior suédois Sebastian Samuelsson et l'Allemand Benedikt Doll, tous deux auteurs d’une seule faute, terminent respectivement en argent et en bronze à 12 secondes au terme d'un sprint dans la ligne droite remporté par le Suédois. Plus impressionnant encore, le 4e, le Norvégien Tarjei Bø, est relégué à plus d'une minute, un gouffre. Avec une seule faute au tir, c'est le trio le plus précis face aux cibles qui phagocyte le podium.

"Aujourd'hui, je suis très heureux," savoure le désormais triple champion olympique. "Il y a quatre ans, c'était le bouchon de champagne qui sautait. L'émotion n'est pas moins forte, c'est la folie quand je vois tout le monde en tribunes. Avant de penser au titre, je pensais avant tout à faire une médaille. J'avais dit que j'aurais du mal à être déçu avec 5 médailles d'argent. Aujourd'hui, il y a ce titre, qui va rendre beaucoup plus facile la suite."

La revanche de Johannes Thingnes Bø

Après avoir totalement raté son sprint et sa poursuite, Johannes Thingnes Bø, annoncé comme un des hommes forts de ces Jeux, remporte son premier titre olympique à l'arrivée de l'individuelle 20 km le 15 février, malgré deux erreurs au tir, mais après avoir couru sur ses skis avec le turbo. Il devance Slovène Jacov Fak et l'Autrichien Dominik Landertinger tous deux auteurs du 20 sur 20.

Un 18 sur 20 dans l'individuelle 20 km peut être rédhibitoire. Cela a été le cas pour le tenant du titre Martin Fourcade. Le même 18 sur 20 correspondant à deux minutes de pénalité, n'empêche pas Johannes Thingnes Bø de s'imposer. 

A pleine puissance, Johannes Bø réussit à effacer ses deux cibles manquées au premier et au quatrième tir pour s'adjuger sa première médaille d'or à 24 ans. Parti avec le dossard n°9, il va trembler jusqu'à l'arrivée du Slovène Jacov Fak, dossard n°57, qui réalise le sans-faute pour passer la ligne d'arrivée à 5 secondes. Lui aussi parfait au tir, l'Autrichien  Dominik Landertinger finit en bonze à 14 secondes.

Martin Fourcade est largement en tête de la compétition jusqu'à ses deux dernières balles, la 19e et la 20e au tir debout, qui passent à côté pour quelques millimètres. Il termine cinquième en lâchant "C'est pas vrai, c'est pas vrai," avant de dire à chaud :  "J'ai été très, très nul sur ces dernières balles. Je n'avais plus rien à faire pour aller chercher ce titre. Je suis très en colère contre moi-même !"

En temps de ski net, Johannes Bø se montre plus rapide que Fourcade de 42 secondes, tandis que les deux biathlètes qui l'accompagnent sur le podium ont été battus de respectivement 2 minutes 5, et 2 minutes 14. Une performance ahurissante dans une épreuve où le podium s'envole généralement après deux tirs manqués.

Le Norvégien, qui donne du fil à retordre cette saison au Français avec 8 victoires sur 15 courses en Coupe du monde cette saison, ne pensait pas pouvoir gagner ce jeudi :  "C'est un grand moment pour moi et le décrire en un mot est très difficile, Je ne pensais pas pouvoir l'emporter après mon dernier tir debout et j'ai été un peu chanceux."

En grande difficulté sur les deux premières courses des Jeux, Bø semblait mal vivre son statut naissant dans un pays où le biathlon fait office de religion. Il est enfin débarrassé d'une lourde charge : "Cela va me donner de la confiance. Je sais que mon tir est revenu et j'arrive à pousser fort sur les skis. Les conditions météo étaient meilleures aujourd'hui pour moi et j'espère qu'elle se maintiendront jusqu'à la fin des Jeux," ajoute-t-il.

Martin Fourcade au panthéon du sport français !

Il avait été battu de 3 centimètres par le Norvégien Emil Hegle Svendsen à l'arrivée de la Mass-start de Sotchi en 2014, il bat l'Allemand Simon Schempp du bout de la chaussure à l'arrivée de celle de PyeongChang 2018 le 18 février ! Incroyable dénouement pour le patron du biathlon mondial Martin Fourcade, qui devient le Français le plus titré aux Jeux d'hiver avec quatre médailles d'or individuelles. Derrière Schempp en argent, Emil Hegle Svendsen gagne le sprint pour la médaille de bronze à 11 secondes des deux premiers.

L'Histoire retiendra que c'est grâce à l'aide de la photo-finish que le Pyrénéen a écrit une nouvelle page de sa légende. Mais ces quelques millimètres (ou 0.018/1000e de seconde) qui le sépare de Schempp à l'arrivée font toute la différence : Fourcade est désormais un géant parmi les géants et son 4e sacre, aussi étroit soit-il, le place désormais au même niveau que les escrimeurs Christian D'Oriola et Lucien Gaudin au sommet du palmarès olympique français. Il les dépassera d'ailleurs deux jours plus tard en gagnant son cinquième titre dans le relais mixte.

En attendant, Jean-Claude Killy, avec qui le sextuple tenant de la Coupe du monde partageait l'honneur d'être le plus titré des sportifs français aux Jeux d'hiver, est bel et bien dépassé et l'aura du tout nouveau quadruple champion olympique surpasse maintenant largement le cadre de son sport et des disciplines sur neige.

Il fallait tout de même un mental de champion pour résister à la pression des derniers jours et à cet échec incompréhensible lors de l'Individuelle perdue le 15 février sur ses deux derniers tirs alors que ce record tant espéré lui tendait les bras. Mais comme après sa 8e place sur le sprint quand il avait trouvé les ressources mentales nécessaires pour aller chercher l'or de la poursuite 24 heures plus tard, il saura réagir avec cet orgueil qui fait toute sa force.

Durant cette mass-start, un départ catastrophique (une erreur au tir couché) et une petite chute augurent pourtant du pire. Mais Fourcade réussit à revenir sur la tête de la course après avoir refait un retard de plus de 20 secondes, pour ensuite se débattre avec deux Allemands des plus coriaces, Schempp et Benedikt Doll.

A l'issue du 4e et ultime passage au pas de tir et malgré une nouvelle faute, Fourcade et Schempp se retrouvent seuls à se battre pour la victoire. Jusqu'à ce dénouement incroyable. Un sprint acharné jusqu'à la ligne d'arrivée. L'espace d'un instant, Fourcade doit d'ailleurs bien revivre le mauvais film de Sotchi, tapant de rage son bâton dans la neige. Avant la délivrance. 

 "Il y a huit ans à Vancouver, j'avais pris la médaille d'argent de la mass-start. Il y a quatre ans à Sotchi, j'avais perdu pour 3 centimètres," rappelle à chaud Martin Fourcade. "Donc, durant tout le dernier tour, je me suis dit "non, ça ne va pas recommencer". J'attends encore que l'on me dise que je suis second ! Pourtant, quand je jette mon ski sur la ligne, j'ai bien l'impression que je suis derrière Simon. C'est magique ! J'ai grandi en regardant les Jeux à la TV, je suis un fana de sport. Etre sur le podium avec Simon et Emil, ça ne pourrait pas être plus beau. Je suis très ému." 

Le héros du jour avait bien préparé son coup.  "Il n'était pas tendu, c'était le mec appliqué, il avait bien récupéré," explique Franck Badiou, l'entraîneur de tir des Français. "L'Individuelle avait fait du mal. C'est fabuleux, on aura eu le plaisir de croiser son parcours, c'est un mec remarquable. Le fait de savoir réagir, c'est sans doute un de ses moteurs les plus importants. Mais c'est aussi aller dans l'excellence. Il sait où est son niveau, faire des choses pleines, utiliser sa science de la discipline, pour être là où il doit être." Fourcade est bel et bien unique.

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