skip to content
Getty Images

Marie Martinod au bout de son rêve

Médaillée d'argent lors des Jeux de Sotchi 2014, Marie Martinod a dominé la saison internationale de ski halfpipe en 2016-2017. Elle s'avance vers les Jeux de PyeongChang 2018 consciente de ses capacités, en ne s'estimant pas favorite, mais en disant : "Tous les scénarios sont envisageables et c'est en même temps ce qui est chouette dans le sport !"

Marie Martinod va disputer ses deuxièmes Jeux Olympiques d'hiver après une saison de rêve, "trois ou quatre mois d'état de grâce" comme elle l'explique, où elle a remporté les X-Games à Aspen et trois des quatre épreuves de Coupe du monde de la FIS pour s'adjuger le globe de cristal à 32 ans, treize années après celui que la pionnière du ski halfpipe avait décroché lors de la toute première Coupe du monde féminine en 2004.

Le bob des îles Vierges dans le garage familial

L'histoire de Marie Martinod, c'est celle d'une enfant savoyarde de la vallée de la Tarentaise qui tombe littéralement dans le bain olympique en 1992, lorsque les Jeux d'hiver ont lieu chez elle, à Albertville. "J'avais l'âge propice au rêve et à l'enchantement. Je me souviens de la cérémonie d'ouverture à la télévision avec toutes ces couleurs et ce mât central desservant des cordes où venaient se pendre et virevolter des artistes et des danseurs costumés en une ronde féérique. En 1992, il n'y avait que six chaines à la TV, pas d'Internet et je ne crois pas que j'avais jamais vu un spectacle pareil auparavant ! J'ai assisté à une épreuve de bob à 4 à La Plagne. La piste me paraissait si longue, les virages relevés si hauts, le public si nombreux ! Et cette flamme qui brillait au-dessus de nos têtes !" 

Getty Images

"Mes parents avaient assuré le gardiennage du bobsleigh de l'équipe des îles Vierges dans notre garage à la maison toute une année avant les Jeux pour rendre service et lui éviter des frais de transport de retour en fin de saison pré-olympique. J'ai le souvenir de l'avoir montré à tous les copains qui sont passés à la maison à cette époque. C'était comme si les JO tout entiers avaient été dans mon garage, juste à côté de mon vélo ! j'avais 8 ans et c'était merveilleux !" 

Un très long break

Sur les skis dès qu’elle a su marcher, Marie Martinod voudra dès lors se consacrer aux bosses et au saut acrobatique "comme mes idoles des JO d’Albertville". À partir de ses 9 ans, elle progresse avec le club des sports de La Plagne, puis elle devient une des pionnières d’une discipline naissante : le ski halfpipe. Elle est n°1 mondiale en 2004 avant de décider à 22 ans de tout arrêter, par amour. Elle s'éprend de Maxime, saisonnier à La Plagne. À eux deux, ils gèrent un bar dans la station savoyarde. En 2009, elle donne naissance à Mélirose, leur fille. Maman et patronne de bar à 25 ans, Marie est à des années-lumière de la compétition.

Mais en 2011, elle apprend que le ski halfpipe va entrer au programme olympique. "Et là, j'ai dit à mon mari, 'il faut y retourner !'. Ça l'a fait beaucoup rire, il m'a répondu : 'oui, oui, c'est ça, vas-y !'. J'ai commencé par des petites compétitions dans le coin, par étapes. Une à Tignes, une à La Plagne et j'ai gagné les deux. Du coup, j'étais à fond ! Et là, j'ai dit 'il faut tenter le coup !', il n'avait plus le choix. Il ne regrette pas, mais ce n'est pas la vie que je lui avais vendue au départ".

Getty Images

Marie se lance donc dans un travail acharné pour disputer les Jeux de Sotchi, et le 20 février 2014 dans le demi-tube de neige de Rosa Khutor, elle gagne la médaille d'argent derrière l'Américaine Maddie Bowman. "Les Jeux pour moi, c'était un rêve de gosse. Et maintenant que je suis "grande", c'est la plus prestigieuse des compétitions internationales. L'aboutissement de beaucoup de travail et de remises en question ! La joie de partager un moment de sport unique qui réunit chaque nation autour de nous, les athlètes, l'espace d'une quinzaine de jours. Aux Jeux, je ne représente plus simplement les skieurs, ou mes partenaires, ou mon équipe, mais mon pays tout entier !" 

Une saison 2016-2017 de rêve

S'est-elle alors décidée à repartir pour quatre ans afin d'être présente en 2018 à PyeongChang ?

"Non, pas vraiment", dit-elle. "Je vis au présent. J'ai profité de ce qui m'arrivait, c'était juste magique, et puis on s'est dit 'on refait une saison' et puis une autre, et une autre, avant de se retrouver l'hiver dernier en se disant 'c'est la saison pré-olympique'. Là, j'ai connu cette belle période de grâce mais je ne sais pas si elle va durer. Tout passait, il n'y avait pas d'appréhension, dans ce cas, on peut se concentrer sur la technique et c'est ce qui me sauve dans le pipe, cela crée un cercle vertueux."

Getty Images

"J'ai vécu trois ou quatre mois assez incroyables, mais la fatigue a eu raison de moi en fin de saison, aux championnats du monde". En effet, après avoir battu Maddie Bowman aux X-Games, après avoir ramené le globe de cristal de la FIS à la maison, Marie Martinod bute sur la dernière marche : les Mondiaux à Sierra Nevada mi-mars 2017, où elle doit se contenter… d'une médaille d'argent, la Japonaise Ayana Onozuka remportant le titre.

Une championne réaliste

Marie Martinod rêve d'un titre olympique en halfpipe au Bokwang Phoenix Park, mais elle est réaliste. "Le niveau est en train de se densifier, nous sommes bien quatre ou cinq à être capables de gagner les Jeux. Si toutes les filles skient à leur meilleur niveau, ce n'est pas moi qui l'emporterai. Mais les Jeux, c'est une compétition avec une pression phénoménale, donc ce sera à celle qui sera capable de s'approcher de la perfection, au plus près de ce qu'elle sait faire de mieux". Ainsi, dans sa préparation, la championne française a essayé de lancer des figures en "switch" (c'est à dire en marche arrière), mais comme cela ne lui convenait pas, elle a abandonné cette idée. "Il y a des filles qui y arrivent parfaitement et cela plaît aux juges", remarque-t-elle. 

Et d'ajouter : "Je me dois de proposer de nouvelles choses car je ne peux pas présenter aux Jeux le même run que l'hiver dernier. Il y aura des nouveautés mais pas en switch. Tout peut évoluer positivement, ou moins positivement. Tous les scénarios sont envisageables et c'est en même temps ce qui est chouette dans le sport ! Au dernier moment, on saura ce qu'il est possible d'envisager. Il y a un peu de stratégie là-dedans si on veut créer la surprise et faire rêver les juges". 

Getty Images

Tout est donc possible à PyeongChang. "Je vais profiter à fond de mes derniers Jeux. C'est génial, c'est l'apothéose pour n'importe quel athlète. Je prends tout comme un cadeau. Je ne me dis pas 'qu'est-ce que tu as fait pour mériter ça ?' Puisque si cela m'arrive, c'est que je le mérite, mais je me dis 'qu'est-ce que tu vas bien pouvoir faire à ton tour pour rendre aux gens le plaisir qu'ils t'ont donné ?' Pour connaître un nouveau grand bonheur olympique, il faut du travail, du mental, de l'abnégation, faire les bons choix, un bon équilibre entre un peu tout. Mon entourage, tous ceux qui me soutiennent et m'aident, cela compte énormément. Juste mon talent et moi, ça ne donnerait rien !"  

back to top En