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Date
28 oct. 1908
Tags
Londres 1908

Madge Syers, première fée de la glace

À l’époque, les femmes ne sont pas encore autorisées à participer aux épreuves d’athlétisme des Jeux Olympiques, mais elles vont concourir dans ce qui sera un événement historique pour les Jeux, avec l’adjonction du patinage artistique au programme de 1908.


C’est la première fois qu’un « sport d’hiver » est intégré au programme d’une Olympiade, alors que les premiers Jeux Olympiques d’hiver ne verront le jour que 16 ans plus tard, et la compétition a lieu fin octobre – plus de trois mois après le baisser de rideau de l’athlétisme.

Madge Syers, l’une des 15 enfants d’un promoteur immobilier de Kensington, a déjà ouvert la voie en 1902 en devenant la première femme à participer aux Championnats du monde de patinage artistique, décrochant sur-le-champ une médaille d’argent. Elle est mariée à Edgar Syers, patineur artistique lui aussi et entraîneur, de 18 ans son aîné. Il a terminé troisième des Championnats du monde de 1899 et, à 45 ans, il projette de participer à Londres à l’épreuve des couples, avec sa femme.

Madge se présente dans la nouvelle épreuve olympique dans une forme éblouissante, puisqu’elle a remporté le titre mondial – dans l’épreuve féminine, cette fois – les deux années précédentes. « La patinoire était pleine à craquer, avec une foule de curieux, qui ont peut-être assisté à la démonstration de patinage artistique la plus éprouvante, la plus agréable et la plus variée de l’histoire », mentionne le rapport officiel à propos du site, le Prince’s Skating Club, et la prestation de Madge Syers les a certainement laissés bouche bée.

La compétition débute le mercredi 28 octobre à 10 heures. « Il apparut très vite, peut-on lire dans le rapport, que Mme Syers, de retour en compétition après un an d’absence, était toujours une classe au-dessus. La précision merveilleuse de ses figures, combinée à une position et un mouvement parfaits, a été la principale caractéristique du patinage de la matinée. »

Madge Syers exécute ses trois premiers sauts de manière quasi parfaite et à l’issue des figures imposées de la première journée, elle devance ses quatre adversaires. Le lendemain, à l’occasion du programme libre, une fois encore « le patinage libre de Mme Syers avait plusieurs longueurs d’avance sur celui de ses adversaires, comme ce fut le cas lors des figures imposées ». Les juges lui accordent une première place confortable, devant la Néerlandaise Elsa Rendschmidt et sa compatriote britannique Dorothy Greenhaulgh-Smith.

Elle n’a toutefois pas terminé sa moisson du jour. Comme prévu, elle s’associe à Edgar pour participer à l’épreuve des couples. Bien qu’ils n’aient eu beaucoup de temps pour s’entraîner ensemble, les voilà partis pour une confrontation avec l’austère duo allemand Anna Hubler et Heinrich Burger. Sans surprise, ces derniers gagnent facilement, le couple Syers devant se contenter du bronze. Le succès de l’épreuve est cependant remarquable en lui-même. D’abord, parce que le patinage artistique est très populaire sur la scène olympique, ensuite parce que Madge Syers a pu continuer d’afficher la forme qu’elle avait eu l’audace de faire admirer dans les compétitions mixtes des années précédentes.

Il s’agit peut-être aussi d’un tournant. « L’apparition positive des femmes dans ces compétitions, suggère la prise en considération suivante : puisque l’un des objectifs majeurs des Jeux Olympiques rénovés est le développement physique et l’amélioration de la race, il semble illogique de suivre jusqu’à présent la tradition classique en laissant si peu d’occasions de participer à un partenaire prédominant dans le processus de reproduction de l’espèce », s’interroge le rapport dans son compte rendu des épreuves de patinage artistique. « Davantage d’épreuves pourraient en fait être ouvertes aux femmes, qu’elles soient autorisées ou non à concourir avec les hommes. »

Comme c’est le cas pour plusieurs de ses pairs olympiques de 1908, la belle histoire de Madge Syers compte aussi un versant triste – qui rend d’une certaine manière son héritage encore plus puissant. Sa santé va commencer à décliner après les Jeux et elle se retirera du sport qu’elle a honoré avec tant d’enthousiasme. Elle co-écrira des livres avec Edgar, comme elle le faisait déjà - leur troisième et dernier ouvrage, L’Art du patinage artistique (style international) fera référence dans les années qui suivent. Elle s’éteindra finalement d’une crise cardiaque, provoquée par une endocardite aiguë en septembre 1917, à 35 ans à peine. Edgar mourra, lui, 29 ans plus tard, à 82 ans.

En 1981, Madge Syers a été intronisée au Hall of Fame mondial du patinage artistique. Ses exploits ont constitué une victoire d’avant-garde pour le féminisme : la manière dont elle s’est affirmée parmi ses pairs masculins au début de sa carrière a probablement ouvert la voie a une compétition dames en 1908 et ajouté une voix puissante au débat pour une plus large participation féminine aux Jeux.

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