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2018 Getty Images
Olympism in Action Forum

Lutter contre le dopage dans le sport

"J'étais un dopé", a  confié David Millar, ancien cycliste professionnel et fondateur de CHPT3, lors de la discussion en groupe sur la lutte contre le dopage au Forum Olympisme en action aujourd'hui. "Lorsque les pressions se font tellement fortes, vous finissez par céder. Mon sens moral était réduit à néant".

La conversation aujourd'hui à Buenos Aires a soulevé une vaste série de points épineux auxquels le Mouvement olympique est confronté dans son combat permanent contre le dopage, comme assurer des contrôles indépendants libres de tout conflit d’intérêts, briser la loi du silence pour encourager les gens à dénoncer et à identifier les violations, ou encore parvenir au juste équilibre entre la protection des droits civils des athlètes et l’application stricte de mesures antidopage.

Néanmoins la discussion a débuté par des réflexions davantage personnelles et spécifiques, comme celles de David Millar sur pourquoi et comment les athlètes se dopent-ils aujourd’hui ?

Kirsty Coventry, quintuple olympienne et présidente de la commission des athlètes du CIO, Zimbabwe, a expliqué comment la culture dans laquelle baignent les jeunes athlètes peut avoir une telle influence face à des tentations comme celle du dopage. "Les athlètes se fient totalement à leur entourage – les personnes qui les côtoient. Si vous n'avez pas la chance en tant que jeune athlète d'avoir autour de vous des personnes qui pensent que vous n'avez pas besoin de substances particulières pour tirer avantage de la situation, vous pouvez plonger. Les jeunes ahtlètes sont facilement influençables … Et une médaille peut complètement changer leur vie et la vie de leur famille".

Buenos Aires 2018

Protéger les athlètes de la dérive du dopage requiert un effort conjoint qui a bien lieu depuis les dernières décennies.

Certes le CIO a été un précurseur en termes de protection des athlètes intègres avec la mise en place de la commission médicale du CIO en 1962 et l’établissement de la première liste des substances interdites, mais la lutte contre le dopage n’en demeure pas moins un effort conjoint. En 1999, le CIO a créé l’Agence Mondiale Antidopage (AMA). Le CIO procure 50 % du financement de l’AMA, tandis que l’autre moitié provient des gouvernements du monde entier.

En 2017, le CIO a pris l’initiative de lancer la création de l’Agence de Contrôles Indépendante (ACI) qui est entrée en fonction cette année. L’ACI est une organisation à but non lucratif dont la mission est d’offrir des services de contrôle antidopage complets, indépendants des pouvoirs sportifs ou politiques et des organes sportifs. Benjamin Cohen, directeur général de l'ACI, a déclaré :

Les athlètes et la communauté en appellent maintenant à la transparence, et c'est là la raison d'être de l'ACI. Reconstruire la confiance fait partie de sa mission. Benjamin Cohen Agence de Contrôles Indépendante (ACI)

Le CIO s’efforce de se tenir constamment à l’avant-garde en termes de protection de la santé des athlètes et de la préservation de conditions de compétiton équitables. Dans cet esprit, il a entrepris, depuis Rio 2016 d’accroître l’indépendance du programme antidopage des Jeux en rendant les sanctions indépendantes du CIO. Aux Jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang 2018, les contrôles sont aussi devenus indépendants et le CIO a financé le groupe de travail antidopage qui a fonctionné de manière indépendante et sous la supervision de l’AMA, afin de renforcer le niveau des contrôles avant les Jeux. Le CIO a également mis en place un programme approfondi de réanalyse. Il stocke pendant dix ans tous les échantillons de dopage prélevés aux Jeux Olympiques et procède à de nouvelles analyses lorsque de nouvelles méthodes sont mises au point et sur la base de nouveaux renseignements disponibles. Ceci aussi a été confié à l’ACI pour une plus grande indépendance.

Buenos Aires 2018

Les contrôles ciblés ne sont qu’un élément du tableau, la lutte contre le dopage débute bien avant le moment des sanctions contre les contrevenants : des actions éducatives sont menées pour faire prendre conscience aux athlètes et autres des risques et conséquences du dopage, afin de créer un environnement sans aucune tolérance.

Le Forum a également été l’occasion d’un débat entre Michael McNamee, professeur d’éthique appliquée à la Faculté d’ingénierie de l’Université de Swansea, et Andy Miah, titulaire d'une chaire en communication scientifique et futurs médias de l’École des sciences de la vie et de l’environnement de l’Université de Salford, sur la signification très nuancée de l’expression "amélioration de la performance" en relation avec le dopage. Après tout, les athlètes font tout le temps des choses pour améliorer leurs performances, comme porter des équipements spéciaux ou subir des opérations chirurgicales. À quel point un comportement dépasse-t-il les bornes et tombe dans le domaine de ce qui devrait être sanctionné pour la sauvegarde d’un sport juste ?

Buenos Aires 2018

Michael McNamee a cité un exemple : "Imaginons une intervention génétique qui vous permet de moins ressentir la douleur. Dans la vie ordinaire, c'est une extraordinaire intervention. Dans le sport, la douleur est un élément central de l'expérience. Donc si vous vous mesurez à quelqu'un qui ne ressent pas la douleur, ce n'est pas une compétition équitable." Andy Miah a ajouté :

Au final, il doit y avoir négociation, pas seulement une ligne que nous disons aux athlètes de ne pas franchir. Andy Miah Université de Salford

Un autre atelier s’est penché sur les actions de dissuasion et d’éducation contre le dopage. Étant donné que les innovations technologiques interviennent à une vitesse effrénée, il est difficile aux autorités de contrôle d’être en avance sur les plus récentes méthodes de dopage. Que devrait-il être fait bien avant qu’elles se présentent au stade des contrôles et des sanctions ; comment pourrait-on accroître la prise de conscience de l’entourage de l’athlète ; à quel moment la sensibilisation et l’éducation peuvent-elles être en mesure de dissuader les jeunes athlètes d’avoir recours au dopage. Le but est faire cesser les "pressions" dont parlait David Millar.

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