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Les secrets du monobob dévoilés par la Canadienne Cynthia Appiah

Cynthia Appiah 2017 Getty Images
Date
23 févr. 2020
Tags
Actualités Olympiques, Bobsleigh, Canada, Beijing 2022
Terriblement déçue de ne pas avoir concouru aux Jeux Olympiques d'hiver de PyeongChang 2018, Cynthia Appiah a fait de cet échec une belle motivation. Après avoir été à deux doigts de réaliser son ambition, l'ancienne freineuse de bobsleigh canadienne a décidé de ne plus concourir en équipe et de se lancer dans le monobob, une nouvelle discipline olympique, en vue de participer aux Jeux de Beijing 2022. Elle nous dit pourquoi il est si passionnant d'être un précurseur dans son sport.

L'entraîneur de Cynthia Appiah la surnomme "Cynthipedia". L'engouement marqué de la bobeuse pour les questions de culture générale et les quiz est tel qu'elle tente de participer à Jeopardy, un jeu télévisé diffusé depuis longtemps aux États-Unis.

"Je suis une fan inconditionnelle de ce jeu. C'est un peu ringard mais je l'assume totalement", avoue-t-elle. "J'ai tellement d'informations qui me trottent dans ma tête. Posez-moi une question, j'aurai probablement la réponse. Je suis vraiment décidée à aller à Jeopardy. C'est l'un de mes rêves."

Son aspiration à être championne du quiz est toutefois passée à l'arrière-plan face à son ambition de devenir olympienne. Et pour arriver à cela, elle a elle-même échangé la place arrière de son bob contre la place avant.

Si Cynthia était connue pour sa formidable poussée en tant que freineuse dans le bob biplace, elle allie aujourd'hui cette qualité athlétique à la conduite précise du monobob, dernière incarnation de la luge de glisse.

Il s'agit là d'un changement de cap dont la Canadienne de 29 ans, originaire de Toronto, avait le plus grand besoin.

Cynthia Appiah 2017 Getty Images


Après trois ans de formation intensive, Cynthia voit son objectif qui est de concourir aux Jeux Olympiques d'hiver lui échapper de peu, c'est une terrible déception. Elle se rend effectivement aux Jeux de PyeongChang 2018 organisés dans la République de Corée, mais uniquement en tant que réserviste où son talent n'est pas exploité.

"J'avais le cœur brisé", confie-t-elle. "Il n'y a aucun mot pour exprimer ce que j'ai ressenti. À la fin de la saison précédente, j'ai participé à l'épreuve test à PyeongChang avec Alysia Rissling et nous avons terminé troisième sur cette piste."

"Quand j'ai entamé la saison olympique, j'avais une forme d'enfer, comme jamais auparavant. Mais, au fur et à mesure où la saison avançait, des éléments que je ne pouvais maîtriser sont survenus."

"Ce rêve olympique que je pensais mériter, c'était terrible de le voir s'échapper. Me contenter d'un rôle d'observateur était très difficile. Il ne s'est pas passé un jour sans que je pleure mais, au moins, j'ai compris qui j'étais."

"Une fois tout cela surmonté et après avoir ramassé les morceaux, il a fallu que je décide ce que je voulais faire et ce que je recherchais dans le bobsleigh. Je me serais bien passée de cette expérience mais ce que j'en ai retiré m'a permis de m'améliorer. Je suis revenue avec un nouvel état d'esprit."

With Beijing 2022 coming up, we’ve got a new track, a new sport. Being part of a new event, getting introduced to the Olympic Games, is such an opportunity. And the opportunity for women to have another medal to go for in bobsleigh is so exciting

Ancienne lanceuse de poids et de marteau à l'université, Cynthia essaie le bob en 2011, puis fait partie de l'équipe nationale en 2015. Après PyeongChang en 2018, elle prend congé pendant quelques semaines avant d'apprendre à conduire un monobob dans une école de Lake Placid.

“Quand j'ai décidé de revenir au sport, je savais que j'allais soit continuer comme pilote ou tout abandonner et rentrer chez moi car il était exclu que je continue comme freineuse", déclare-t-elle.

"Il était hors de question que je fasse marche arrière et, en fait, je me suis beaucoup amusée. J'ai fait un nombre incroyable de chutes. Lake Placid est l'une des pistes les plus difficiles au monde mais c'était une expérience géniale et je suis tellement heureuse de l'avoir faite."

Cynthia s'est depuis lors distinguée comme l'une des meilleurs athlètes de monobob en Amérique du Nord et affiche une vraie passion pour cette nouvelle discipline.

"Le bob à deux et le monobob ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients", explique Cynthia. "Mais l'énorme avantage du monobob est que vous êtes seule responsable à bord. Si vous ratez, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même. J'aime ça. L'un de mes plus grands atouts dans cette discipline est le fait que je peux pousser. Ce qui me plaît dans le monobob, c'est qu'il vous permet de voir comment vous vous en sortez au niveau athlétique, mais aussi sur le plan de la conduite. La poussée est essentielle."

Cynthia Appiah 2016 Getty Images

"Lorsque vous démarrez la descente en tant que pilote dans un bob à deux, beaucoup de gens sont mal à l'aise avec le fait qu'il y a une autre personne derrière vous, un coéquipier dont vous êtes responsable. Vous vous dites ‘je dois vraiment arriver en toute sécurité pour eux’. Le monobob chasse tous ces scrupules. Je vais être battue mais, au moins,  il n'y a pas un pauvre malheureux derrière moi qui, lui aussi, va être battu."

À la différence d'un bobsleigh à deux ou à quatre, le matériel compte moins dans la détermination des résultats.

"Avec le bob à deux ou à quatre, vous avez beau être un pilote ou un athlète très doué, si vous venez d'un pays émergent, vous êtes désavantagé car votre fédération n'a pas les moyens de vous procurer une luge haut de gamme comme peut le faire une fédération allemande, canadienne ou américaine", fait remarquer Cynthia.

"Pour ce qui est de la conception du monobob, les luges sont identiques. C'est donc à vous de prouver que vous êtes un athlète et un pilote à la hauteur et vous pouvez vraiment vous tester.  Celui qui a un équipement performant n'est pas forcément celui qui l'emporte. Nous avons tous les mêmes patins. C'est le meilleur qui gagne."


Avant de changer de discipline, Cynthia formait une équipe de deux avec Kaillie Humphries, une légende du bob canadien, médaillée d'or aux Jeux de Vancouver 2010 et de Sotchi 2014, et de bronze à PyeongChang. "J'ai un très grand respect pour Kaillie. Elle a changé le regard des gens sur le sport féminin", confie Cynthia. "Elle a lui donné toute sa légitimité."

"Aujourd'hui beaucoup de bobeurs de l'ancienne école ne sont pas nécessairement fans de la catégorie féminine. Avoir Kaillie comme coéquipière m'a permis de repousser nos limites en bobsleigh. J'ai appris beaucoup comme freineuse de son bob et cela a accéléré ma carrière de pilote."

"En tant que pilote, j'apprends tous les jours quelque chose de nouveau. Une descente ne ressemble pas à une autre, mais c'est une expérience exaltante. Et pour être franche, je ne sais pas comment j'ai pu rester aussi longtemps assise à l'arrière. Le monobob représente un nouveau défi et c'est cela qui me fait revenir sur la piste tous les jours. Je sais que le lendemain, je vais apprendre quelque chose et l'ajouter à ma panoplie d'outils."

J'adore aussi l’adrénaline que procure la compétition.

"C'est excitant de commencer un nouveau sport car il est difficile de dire qui va être le meilleur", déclare Cynthia. "Le monobob ne figure pas encore au programme de la Coupe du monde et vous avez donc des athlètes nord-américains et européens qui concourent séparément. J'ai participé à des compétitions en Europe et c'était super parce qu'il y avait de nouveaux athlètes. C'est loin d'être monotone et on ne peut pas se reposer sur ses lauriers."

"Avec les Jeux de Beijing 2022 qui se profilent, nous avons une nouvelle piste, un nouveau sport. Faire partie d'une nouvelle manifestation, être admise aux Jeux Olympiques est une chance inouïe. Et l'occasion pour les femmes d'obtenir une autre médaille en bobsleigh est vraiment exaltante."

Si tout se passe bien, il se pourrait que Cynthia Appiah ne se contente pas de répondre à des questions en tant que participante à Jeopardy, mais qu'elle devienne un jour la réponse à une question.

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