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Les jumeaux Mahre domptent les éléments et réalisent un doublé

Les jumeaux Mahre étaient prédestinés à entrer dans la légende olympique dans la mesure où ils sont nés sur le domaine skiable de White Pass Ski, dans l’état de Washington, dont leur père était le gérant. Enfants, les deux frères affichent tant de promesses sur les pistes que des équipementiers de ski proposent leur partenariat et insistent pour les équiper gratuitement.


Ils arrivent sur la scène de la Coupe du monde lors de la saison 1975-1976 où Phil débute en décembre, à 18 ans. Deux mois plus tard, il représente son pays aux Jeux Olympiques d’Innsbruck en Autriche et s’impose pour la première fois en Coupe du monde en fin d’année en France, dans le slalom géant de Val d’Isère. Il termine ensuite la saison 1978 au second rang du classement général et au troisième en 1979 et en 1980.

Phil remporte ensuite le gros Globe de cristal de la Coupe du monde à trois reprises, de 1981 à 1983, mais Steve – le cadet des deux frères pour quatre minutes – le talonne sérieusement, se classant quatrième en 1981 et troisième en 1982.

C’est donc fort logiquement que les deux jumeaux arrivent à Sarajevo en 1984 avec l’étiquette de favoris du slalom géant, d’autant plus que les deux ténors de l’épreuve, Ingemar Stenmark et Marc Girardelli, sont sur la touche.

Le Suédois, plus grand slalomeur du monde, n’a pas eu l’autorisation de s’aligner car on le considère dorénavant comme professionnel, alors que Girardelli est absent parce qu’il est Autrichien et court pour le Luxembourg.

Mais bien que la route vers l’or soit désormais bien dégagée pour les jumeaux américains, peu de monde mise sur eux. La paire reste sur une saison de Coupe du monde désastreuse l’année précédente, puisque Steve l’a bouclée en 45e position et Phil en 62e. Dans le géant de Sarajevo, ils terminent ainsi respectivement dix-septième et huitième, et après dix ans de compétition, on pense que leurs meilleures années sont derrière eux.

Il faut dire que Phil Mahre a peut-être tendu le bâton aux journalistes en leur déclarant peu de temps avant les Jeux qu’il ne savait pas s’il allait gagner une médaille en Yougoslavie et qu’il était simplement heureux de participer.

De nombreux journalistes américains réagissent furieusement à cet aveu franc – l’ironie veut pourtant qu’il ne fasse que suivre la maxime idéaliste du Baron de Coubertin, fondateur du mouvement olympique moderne – et condamnent le skieur qui refuse selon eux d’adopter la position une victoire sinon rien.

Le sport a cependant l’habitude de sortir de grosses surprises de son sac et le parcours du slalom sur le mont Bjelasnica va en fournir le cadre. Dès le début de la compétition, il apparaît bien vite que le tracé est bourré de pièges. Fort heureusement, les frères Mahre ont retrouvé leur forme comme par miracle.

De fait, sur les 101 skieurs qui s’élancent de la montagne, seuls 47 arrivent au bout de leurs deux manches, dont les Mahre.

Steve mène le bal après un premier parcours parfait, et il compte une demi-seconde d’avance sur le Jonas Nilsson, alors que Phil est troisième. Mais ce dernier fait une seconde manche de rêve et prend la première place alors que Nilsson faiblit et perd toutes ses chances de médaille.

Au bas du tracé, Phil attrape une radio et livre quelques conseils à son jumeau qui se prépare pour sa manche, avec l’espoir que cela va lui permettre de décrocher l’or.

Mais les bonnes intentions de Phil échouent et au lieu d’assurer sa manche, Steve se met à attaquer sur le parcours délicat. Une série d’erreurs lui coûtent la victoire dont  son frère hérite à sa place. Après la course, Phil apprendra que sa femme Holly a accouché de leur second enfant, une heure avant qu’il ne s’élance, cerise sur le gâteau d’une journée historique.

Après leur doublé sur le podium, le plus jeune frère plaisantera devant la presse : « Phil est né quatre minutes avant moi et depuis, je lui cours après ». 

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