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Le patineur le plus rapide du monde a su tirer des leçons inestimables d'une blessure grave

En février 2022, Havard Lorentzen défendra son titre de champion olympique lors de ses deuxièmes Jeux Olympiques consécutifs. Il espère ainsi pouvoir ajouter un nouvel exploit à son incroyable carrière qui a failli prendre fin tragiquement avant qu'il ne soit sacré patineur le plus rapide de la planète. Curieusement, le Norvégien est convaincu que ces deux faits sont intrinsèquement liés…

À la fin de l'année 2020, Havard Lorentzen est le champion olympique en titre de l'épreuve du 500 m en patinage de vitesse, médaillé d'or aux Championnats du monde de sprint et neuf fois médaillé en Coupe du monde. Pourtant, le patineur âgé de 28 ans est persuadé que rien de tout cela n'aurait été possible s'il n'était pas d'abord passé par une période des plus sombres.

"Les médecins ne pouvaient pas m'assurer à 100 % que je pourrais patiner à nouveau un jour. Cela a été un vrai coup dur", se souvient Havard Lorentzen.

Le Norvégien était assis sur un lit d'hôpital à Bergen, sa ville natale, lorsqu'il a reçu cette nouvelle bouleversante fin 2015. Il venait d'arriver au jeune athlète prometteur ce que tous les patineurs (et même spectateurs) redoutent le plus :

"Ça s'est passé pendant une séance d'entraînement fractionné, dont le but est de travailler le cardio, donc j'étais en train de patiner de toutes mes forces à une vitesse assez élevée. Je pense que j'ai glissé sur quelque chose sur la glace parce que d'un coup, mon patin gauche a littéralement glissé sous moi et j'ai atterri assez violemment contre les protections au niveau du virage. En général, il faut faire attention à bien lever les jambes pour éviter [le risque] que la lame ne touche l'autre jambe, donc l'impact n'est pas trop violent. Mais je me suis quand même coupé le mollet droit assez profondément avec mon patin gauche.

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La peau pendait quand j'ai baissé les yeux. Ce n'était vraiment pas beau à voir", explique-t-il.

Après une opération en urgence en Allemagne, le Norvégien est rentré chez lui, mais la situation a empiré.

"Je suis allé chez le médecin pour vérifier que tout allait bien et la peau de ma jambe était devenue noire. Elle était morte", continue Havard Lorentzen qui arrive heureusement à en rire aujourd'hui. "Ils [les chirurgiens en Allemagne] avaient simplement recousu la peau qui avait été coupée, mais elle n'avait pas survécu. J'ai dû aller à l'hôpital de Bergen où j'ai subi une opération de chirurgie plastique durant laquelle ils ont prélevé un morceau de peau sur une autre partie de mon corps pour le placer sur ma blessure."

Ensuite, le Norvégien n'avait plus qu'à "attendre que [son] corps guérisse". Cette période de convalescence a été assez compliquée pour le jeune homme, habitué à tout faire à un rythme effréné, et soudain incapable de marcher. Heureusement, la situation s'est peu à peu améliorée.

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Tout d'abord, Havard Lorentzen a revu ses priorités avec plus de précision.

"Cette période m'a appris à me concentrer encore plus sur des détails importants comme mon sommeil et ma nutrition, révèle-t-il. J'étais également encore plus concentré qu'avant pendant mes entraînements, parce qu'il fallait que je retrouve ma forme et ma vitesse."

Une fois qu'il a été clair que les médecins s'étaient trompés et que le Norvégien allait pouvoir se rétablir complètement, celui-ci a étonnamment réussi à retirer du positif de cette expérience.

"J'avais moins peur sur la glace, dévoile-t-il. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Je pense que c'est parce que je savais ce qui pouvait arriver si je tombais, vu que je venais d'en faire l'expérience. C'est bien sûr difficile, mais je sais dorénavant que je suis capable de le surmonter."

 

Cet épisode a ainsi changé la façon de penser du patineur, tant sur la glace qu'en dehors. Sa saison 2016/17 s'est conclue avec une médaille d'argent aux Championnats du monde de sprint de patinage de vitesse. Cette victoire a poussé le jeune athlète à ne prendre qu'une seule semaine de repos avant de reprendre l'entraînement, alors que la plupart de ses pairs s'étaient octroyé des vacances au soleil.

"Désireux de vouloir être le meilleur possible", Havard Lorentzen a travaillé avec une telle vigueur qu'il a enregistré un record personnel lors de la première épreuve test de la saison 2017/18. Puis le malheur a encore frappé. Quatre jours seulement après avoir enregistré le meilleur temps de sa vie, il est tombé à vélo et s'est cassé le poignet.

Cette fois-ci, il savait comment surmonter ce genre d'obstacle.

"Mon corps avait besoin de temps pour que mon poignet se remette, mais je savais que ça serait plus facile que pour ma blessure deux ans plus tôt. Je suis donc resté calme et j'ai continué à m'entraîner, se souvient-il. La Coupe du monde a eu lieu cinq ou six semaines après ma chute et j'y ai remporté ma première médaille d'or de Coupe du monde."


Cette compétition a marqué le début d'une période extraordinaire pour le Norvégien, durant laquelle il a remporté d'autres titres de Coupe du monde et a participé aux Jeux de PyeongChang 2018. Lors de la finale du 500 m contre le néerlandais Ronald Mulder, dont le frère jumeau Michel avait remporté l'or à l'épreuve reine de patinage de vitesse aux Jeux Olympiques précédents à Sotchi en 2014, Havard Lorentzen a non seulement écrasé le pays le plus redouté de cette discipline, mais également brisé le cœur des spectateurs coréens présents dans l'arène.

"C'était spécial, parce que deux tours plus tôt, j'ai cru que le toit allait s'effondrer quand le Sud-Coréen [Cha Min-Kyu] a établi un record olympique de vitesse tellement la foule est devenue folle", se rappelle le Norvégien qui a enregistré un temps de 34,41 secondes, soit 0,01 seconde de mieux que le héros national.

"C'était super, mais assez particulier parce que les spectateurs sont restés silencieux malgré ma très bonne course", s'exclame le médaillé d'or en riant.

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Les rôles ont été inversés au 1 000 m : Havard Lorentzen a raté l'or de peu et s'est fait dépasser de quatre centièmes de secondes par le Néerlandais Kjeld Nuis. Toutefois, comme il venait tout juste de devenir le premier Norvégien à remporter le titre olympique du 500 m en 70 ans et le premier des vingt dernières années à remporter l'or en patinage de vitesse olympique toutes épreuves confondues, il était bien loin de se plaindre.

Le patineur ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, surtout depuis qu'il a goûté à la joie d'établir un nouveau record. Sacré champion au classement général des Championnats de sprint de 2018, Havard Lorentzen a ensuite remporté l'argent aux Championnats du monde simple distance de 2019. Les Jeux de Beijing 2022 sont à présent dans sa ligne de mire. Cette saison sera peut-être un peu particulière, mais il est prêt à défendre son titre olympique coûte que coûte. Après tout, peu peuvent se targuer de raconter à leurs petits-enfants qu'ils ont remporté le titre d'homme le plus rapide de la planète.

"Avoir établi un record dans l'épreuve la plus courte et la plus rapide, l'une des distances les plus difficiles de la discipline, est incroyable, se réjouit-il. C'est un exploit dont je serai fier toute ma vie."

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