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Le judo, planche de salut et sésame pour Sanda Aldass

International Judo Federation
Pour la Syrienne Sanda Aldass, il aurait été impossible de surmonter des épreuves aussi douloureuses que fuir une guerre civile, être séparée de son mari et de son bébé et recréer une nouvelle vie à l'étranger sans le réconfort du sport. Judoka depuis toujours, la jeune femme espère ardemment faire partie de l'équipe olympique des réfugiés aux Jeux de Tokyo 2020.


Le judo a offert à Sanda Aldass un moyen de subsistance et la possibilité de rêver, mais surtout, il lui a apporté la stabilité nécessaire pour traverser ces cinq dernières années chaotiques.

"Si j'étais restée sans rien faire, je serais devenue folle", assure-t-elle. 

Âgée de 29 ans, Sanda Aldass a fait partie de l'équipe nationale syrienne de judo féminin pendant de nombreuses années. Elle fait ici référence aux neuf mois passés dans un camp de réfugiés aux Pays-Bas en 2015. Elle a réussi à échapper à la guerre civile qui faisait rage dans son pays, non sans payer un lourd tribut. Son fils de deux ans et demi et son mari ont dû rester en Syrie pendant qu'elle cherchait à obtenir le statut de réfugiés pour toute la famille.

"Courir et faire du sport m'a permis de tuer le temps et de prendre soin de ma santé mentale", explique-t-elle avant de révéler qu'elle a même réussi à faire un peu de judo. "Je savais qu'ils finiraient par me rejoindre et que nous aurions un bon endroit où vivre. Ça m'a permis de me calmer un peu."

Son mari, Fadi Darwish, également judoka en équipe nationale et entraîneur, était initialement resté en Syrie car son salaire permettait encore de subvenir aux besoins de l'enfant du couple pendant cette guerre destructrice. Au bout de près de six mois de séparation, au cours desquels quelques appels vidéo ont permis d'apaiser légèrement mère et fils, la famille a finalement été réunie. Trois mois plus tard, on les a emmenés dans leur nouvelle maison, en banlieue d'Amsterdam.

Il fallait alors construire une nouvelle vie et s'intégrer au sein d'une culture étrangère. Là encore, le judo est venu à la rescousse.

"Vous débarquez pour la première fois et tout est difficile, l'environnement, les gens, la culture. Tout ce qui vous entoure est différent. Vous avez d'autres responsabilités. Vous devez étudier, trouver du travail. Rien n'est facile comme ça pouvait être le cas au pays", raconte Sanda.

Mais pouvoir faire partie de la famille du judo, se tenir à nouveau sur le tatami et faire ce qu'on aime est une grande victoire. Sanda Aldass

Le couple a trouvé des dojos autour de chez eux, même s'il restait des obstacles à surmonter. Au début, Fadi Darwish ne pouvait pas reprendre le coaching car il avait besoin d'un diplôme néerlandais pour pouvoir travailler. Le judoka à la retraite a donc dû étudier dans une école de langues et même revenir à la compétition. Sanda a elle aussi dû faire une pause, mais pour un motif plus prosaïque : elle est tombée enceinte et a donné naissance à leur deuxième enfant.

Mais en fin de compte, leur sport favori a fini par porter ses fruits. Fadi Darwish a recherché les nombreux coéquipiers syriens du couple qui avaient réussi à rejoindre l'Europe et Sanda Aldass est retournée sur les tatamis. Ensemble, ils ont attiré l'attention de la Fédération internationale de judo (IJF). En 2019, ils ont été invités à rejoindre le programme de soutien pour les athlètes réfugiés et plus tard dans l'année, Sanda a concouru avec d'autres réfugiés dans l'épreuve par équipes mixtes des championnats du monde.

Aujourd'hui, la vie du couple tourne à nouveau autour du judo... et de leurs trois jeunes enfants !

"Si l'on excepte cette période de pandémie, ma journée type consiste à me lever et envoyer mon fils aîné à l'école. Puis je rejoins mon mari à Amsterdam [à environ 30 minutes de route] pour l'entraînement du matin. Ensuite on rentre, il va faire des courses, je m'occupe des [plus petits] enfants, je fais quelques corvées puis je prépare à manger et retourne m'entraîner l'après-midi [à Almira, à 10 minutes de route]", explique Sanda Aldass.

International Judo Federation

"À la maison le soir, je donne à manger aux enfants et je joue avec eux, vérifie leurs devoirs, leur lis une histoire et les mets au lit. Ensuite je vais me coucher aussi parce que la journée a été longue."

Le matériel installé dans le jardin et la permission d'aller courir à l'extérieur ont aidé la jeune femme à traverser le confinement, sans parler du fait que son mari est son entraîneur ! "C'est bien, il peut me pousser un peu", plaisante-t-elle.

Le couple a encore beaucoup d'objectifs à atteindre. La Syrienne est l'une des 50 athlètes réfugiés susceptibles d'intégrer l'équipe olympique des réfugiés aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Cette perspective est presque trop belle pour y croire pour cette mère de trois enfants.


"Ouah ! C'est plus qu'un rêve qui se réalise. C'est un rêve pour le moment, et là-bas le rêve deviendrait réalité. Je n'y croirai pas avant de pouvoir me dire que c'est fait", déclare Sanda. "Mes enfants disent à leur maman qu'il faut qu'elle aille aux Jeux Olympiques. L'objectif de toute la famille est d'atteindre les Jeux. Nous verrons. Je ne me projette pas trop."

Mais surtout, et c'est presque le plus important, la famille se sent bien.

"Bien sûr, on se sent comme chez nous", commente Sanda, parlant des Pays-Bas. "La seule chose qui nous manque, c'est nos familles. On est intégrés, mon mari travaille avec l'IJF et moi aussi. Le judo est plus qu'un sport pour nous, c'est aussi notre travail. Mes enfants vont à l'école. Nous avons une belle maison et une super famille.

Je pense que je n'aurais jamais réussi sans le sport."

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