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Le jour où Fanny Blankers-Koen a bousculé toutes les règles

En août 1948, Fanny Blankers-Koen, âgée de 30 ans, remporte pas moins de 11 courses en huit jours, décroche quatre médailles d'or aux Jeux Olympiques de Londres et change à jamais la façon dont le sport féminin est perçu. Rien d'étonnant donc à ce que Charles van Commenee, entraîneur d'athlétisme néerlandais de renommée mondiale, qualifie sa compatriote de « plus grand sportif que nous ayons jamais produit en tant que nation ».

Fanny Blankers-Koen est un nom inoubliable pour de bonnes et simples raisons. Non seulement la grande et souple athlète d'Amsterdam a impressionné les spectateurs du monde entier en remportant le 100 m, le 200 m, le 80 m haies et le relais 4x100 m aux Jeux Olympiques de Londres en 1948 – une première à l'époque et un exploit qui n'a jamais été égalé par une athlète féminine depuis – mais elle a également brisé une multitude de barrières sexistes et discriminatoires.

« Quand quelqu'un écrit un article sur l'évolution du sport féminin ou l'émancipation des femmes, son nom y figure toujours », déclare Charles van Commenee, l'entraîneur en chef éminemment respecté de l'athlétisme néerlandais.

« C'était un modèle, c'est pourquoi son nom a survécu. Le nombre de médailles qu'elle a remporté explique en partie sa renommée, mais c'est aussi parce qu'elle l'a fait à sa façon, en changeant les mentalités. »

Fanny Blankers-Koen est arrivée à Londres alors qu'elle détenait six records du monde et qu'elle avait participé aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Mais aux yeux de beaucoup, elle était, à 30 ans, « trop vieille » pour concourir ; et, encore plus inexcusable, elle avait reçu de nombreuses lettres de colère l'exhortant à « rentrer chez elle » et à s'occuper de ses deux jeunes enfants. Heureusement, Fanny Blankers-Koen n'a pas écouté ces détracteurs.

« Elle n'a remporté que trois titres individuels en 1948 parce que les femmes n'étaient pas autorisées à participer à plus d'épreuves », explique Charles van Commenee.

L'homme qui a aidé la britannique Denise Lewis à décrocher l'or à l'heptathlon aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000 a indéniablement raison. Fanny Blankers-Koen est arrivée à Londres en tant que détentrice du record mondial du saut en longueur et du saut en hauteur, mais elle a été contrainte de faire l'impasse sur ces deux épreuves.

Getty Images

Pourtant, remporter quatre médailles d'or lors d'une seule édition des Jeux, ce n'est pas mal du tout.

Au cours des 71 années qui ont suivi le parcours extraordinaire de Fanny Blankers-Koen, seul l'Américain Carl Lewis a égalé le record de la Néerlandaise et, en tant que nation, les Pays-Bas n'ont produit que deux autres champions olympiques en athlétisme. Charles van Commenee n'a donc aucun doute sur le fait que Fanny Blankers-Koen mérite sa place dans le panthéon des plus grands sportifs de tous les temps.

« Je dirais qu'elle est la meilleure athlète complète que nous ayons jamais eue. Bien sûr, nous avons eu quelques joueurs de football très célèbres, mais elle représente le plus grand nom de l'histoire du sport avec un passeport néerlandais. Tout le monde la mettrait dans cette catégorie. »

Naturellement, Charles van Commenee tient à souligner le rôle joué par l'entraîneur de Fanny Blankers-Koen. Jan Blankers, également époux de l'athlète, a d'abord persuadé sa protégée de ne pas céder aux misogynes - elle était prête à retourner auprès de ses enfants après avoir remporté le 100 m - puis l'a aidée à réaliser l'une des plus grandes performances sportives.

« C'était un entraîneur très progressiste, en avance sur son temps. Il a joué un rôle très important dans sa quête de l'excellence et a essayé de l'amener à faire plus et à s'améliorer », explique Charles van Commenee. « Il l'a encouragée à repousser ses limites et à gagner plus de médailles ; à cette époque, ce n'était pas une mince affaire. Les femmes étaient rarement encouragées à être compétitives. »

Les exploits de Fanny Blankers-Koen aux Jeux de Londres en 1948 ont annoncé, selon Charles van Commenee, un changement radical dans son pays natal.

« Son retour au pays constitue l'un des souvenirs qui font partie de la mémoire collective de notre pays, confie-t-il. Tous les habitants d'Amsterdam étaient dans les rues. Il existe de nombreuses photos emblématiques de personnes apparaissant aux fenêtres, lançant des fleurs, et tout le monde était à vélo.

Tout le monde aux Pays-Bas connaît ces photos. »

Charles van Commenee est fier de dire qu'il a un lien direct avec cette athlète emblématique.

« Je ne peux résister à la tentation de mentionner que j'ai commencé en tant qu'entraîneur dans le même club qu'elle, au début des années 70, dit-il. Elle et Jan s'opposaient toujours à l'ordre établi – tant au sein de la société que dans la communauté sportive. Ils ont donc fondé leur propre club, Sagitta. En latin, cela signifie 'flèche'. Le club s'entraînait sur la piste d'échauffement du stade olympique de 1928, au centre d'Amsterdam. La piste porte également le nom de Fanny. »

Getty Images

Fanny Blankers-Koen n'a pas terminé sa carrière à Londres, mais des blessures et la malchance l'ont empêchée de compléter son palmarès olympique aux Jeux d'Helsinki en 1952. En 1955, avec un total de 58 titres nationaux et cinq titres européens à son actif, la femme autrefois surnommée « la ménagère volante » a finalement raccroché ses pointes.

Les rôles de chef d'équipe et d'ambassadeur ont suivi, avec le nom de Blankers-Koen jamais très loin de l'avant-garde du sport néerlandais.

« Elle s'intéressait beaucoup à l'athlétisme », se rappelle Charles van Commenee. « Elle était plutôt modeste, mais elle avait une réelle présence. Même à la fin de sa vie, elle ne passait pas inaperçue.

Nous avons un prix annuel appelé le Fanny Blankers-Koen Award. Il est décerné au sportif qui a le plus contribué à l'amélioration du sport féminin. C’est un prix important et il est légitime qu’il porte le nom du plus grand athlète que nous ayons jamais eu. »

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