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Date
01 août 2019
Tags
Actualités Olympiques, Tokyo 2020, Tir, Italie
Tokyo 2020

Le champion olympique Niccolo Campriani entraîne des réfugiés pour les qualifications de Tokyo 2020

Son projet fait l'objet d'un documentaire dans la série originale intitulée Taking Refuge qui sera diffusée par Olympic Channel en 2020.

 
 

Entraîner un groupe d'athlètes réfugiés qui viennent de commencer un nouveau sport, et les aider à relever le défi de se qualifier pour Tokyo 2020, et cela en tout juste un an. Tel est l'ambitieux projet entrepris par Niccolo Campriani, triple champion olympique de tir.

L'entraînement a débuté à la fin mars 2019, avec seulement 500 jours pour y arriver. L'aventure des trois réfugiés sélectionnés est relatée dans un documentaire de la série originale Taking Refuge: Target Tokyo 2020 sur Olympic Channel, qui sera diffusée au début de 2020. Leur objectif est d'atteindre le score minimal de qualification (SMQ) afin qu'ils puissent être sélectionnés pour faire partie de l'équipe olympique des réfugiés ou par un Comité National Olympique.

Ils participeront ce week-end à leur premier essai aux championnats d'Italie de tir à Bologne.

 
 

Inspiré par un voyage en Zambie

Niccolo Campriani a terminé sa carrière d'athlète aux Jeux de Rio 2016, où il a décroché la médaille d'or de l'épreuve de tir à la carabine à 50 m trois positions. Mais l'Italien n'était pas vraiment heureux ce jour-là. Il se sentait mentalement épuisé et il n'a jamais retouché une carabine depuis. Trois ans plus tard, il décide qu'il est temps de se réconcilier avec son sport et avec lui-même. Le jeune sportif de 31 ans réalise qu'il souhaite utiliser son statut de champion olympique pour inspirer d'autres athlètes, aider les autres et "rendre le monde meilleur grâce au sport". Olympic Channel a eu un entretien exclusif avec Niccolo Campriani pour comprendre comment a démarré cette nouvelle aventure.


Tout a commencé après mon dernier tir à Rio Niccolo Campriani

"Cette médaille d'or aurait dû être d'argent en fait : j'ai gagné en raison d'une faute commise par l'autre finaliste (le Russe Sergey Kamenskiy). À l'époque, j'avais du mal à accepter cet or et j'ai fait don de la différence de prime à l'agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR)", se souvient Niccolo Campriani. "Plus tard, j'ai été invité en Zambie pour y visiter le camp de réfugiés de Meheba, l'un des plus grands camps de réfugiés d'Afrique. Cette expérience a eu une énorme influence sur moi et m'a fait réfléchir sur la manière dont je pourrais utiliser mon statut d'olympien, et le réseau que j'avais réussi à tisser, en faveur d'une cause qui me tient  à cœur."

CIO "NICCOLO CAMPRIANI A REMPORTÉ QUATRE MÉDAILLES OLYMPIQUES : DEUX MÉDAILLES D'OR AUX JEUX DE RIO 2016, UNE MÉDAILLE D'OR ET UNE MÉDAILLE D'ARGENT AUX JEUX DE LONDRES 2012."

Une situation gagnant-gagnant

Le triple olympien né à Florence est désormais installé à Lausanne, en Suisse, après avoir rejoint le Comité International Olympique en 2017 en tant que gestionnaire des informations sportives. "L'idée était d'aider une poignée de réfugiés de la région où je réside, le canton de  Vaud, à atteindre le score minimal de qualification pour Tokyo dans l'une de épreuves de ma spécialité, le tir à la carabine à air comprimé à 10 m. Je voulais montrer qu'un champion olympique a accès à un réseau absolument unique et peut ainsi rapidement lever des fonds", explique-t-il. "Mon objectif est d'inspirer des olympiens, peut-être d'un autre pays ou d'un autre sport, à faire de même. Cela profite à tout le monde. Vous aidez ces personnes et en même temps, vous faites quelque chose de bien pour vous-même." "Lorsqu'un athlète se retire de la compétition, l'une des plus grosses difficultés pour lui est de trouver de nouveaux objectifs et, surtout, une nouvelle raison d'être." - Niccolo Campriani

CIO "LE DOUBLE CHAMPION OLYMPIQUE DE RIO 2016 PHOTOGRAPHIÉ ICI DURANT LE PROCESSUS DE SÉLECTION"

Niccolo Campriani a présenté son projet au bureau de l'immigration à  Lausanne à la fin de l'année 2018. Puis il a commencé à interroger les premiers candidats et il a sélectionné trois personnes parmi un groupe restreint de réfugiés locaux. Un homme, Mahdi, et deux femmes, Khaoula et Luna. "Ils sont identifiés uniquement par leur prénom et nous n'avons révélé que le pays d'origine de Mahdi, qui est l'Afghanistan," explique le quadruple médaillé olympique. "Chacun d'eux a son propre parcours incroyable et sa motivation très personnelle pour se lancer dans cette aventure."

 

N'ayez pas pitié d'eux, croyez en eux !

Niccolo a lui aussi ses propres motivations et elles ne sont pas superficielles. "Je crois fermement dans le pouvoir du sport comme facteur d'intégration, comme une opportunité d'apprendre les uns des autres et de devenir plus forts ensemble", confie-t-il. "Ma carrière en est la preuve. J'ai réussi car j'ai toujours été ouvert à d'autres cultures et méthodes d'entraînement. Partager mes connaissances avec d'autres athlètes m'a  rendu plus fort. Je serais resté à l'écart si j'avais décidé de m'isoler, d'essayer de résoudre mes problèmes uniquement par moi-même. J'en suis convaincu. "J'ai vécu des moments intenses en émotions durant ma visite au camp de réfugiés en Zambie. Je me souviens de ce que l'un des représentants du HCR m'a dit : "N'ayez pas pitié d'eux, croyez en eux". Croire en eux signifie leur offrir les moyens de poursuivre leurs rêves.

"Ce sport m'a beaucoup appris, notamment à gérer mes émotions, mes peurs et  mes  instincts." - Niccolo Campriani "Je veux aider ces gens à acquérir une meilleure maîtrise de leur corps, à gérer leur respiration, à prendre leur pouls. Il s'agit de dépasser les peurs d'hier, de ne pas oublier ce passé mais d'apprendre à y faire face, afin de se concentrer sur le moment présent. C'est un processus de découverte de soi et j'aimerais transmettre ces capacités".

CIO "LE PROJET DE NICCOLO CAMPRIANI REPOSE UNIQUEMENT SUR LE FINANCEMENT COMMUNAUTAIRE ET LES DONS"

"J'ai trouvé une raison de revenir au stand de tir"

L'idée de laisser un héritage au-delà du sport occupe une place importante dans ce projet. "Mon rôle en tant que champion olympique ne s'est pas terminé avec mon dernier tir à Rio. Accéder au statut de champion olympique implique une responsabilité ; en tant que champions, nous sommes des modèles et nous avons un pouvoir d'influence, que nous le voulions ou non. "Après avoir passé de nombreuses années à me perfectionner, il était temps pour moi de retrousser mes manches et de rendre en retour."

Un ancien athlète, lui-même en quête d'une nouvelle identité, peut-il être comparé à  un de ces jeunes migrants qui recommencent à zéro, démarrent une nouvelle vie  dans un autre pays ? "Je pense que c'est un peu audacieux de dire cela, mais nous suivons un parcours similaire, nous devons l'un et l'autre redéfinir notre identité et nous intégrer dans une nouvelle communauté", relève Niccolo Campriani. "C'est un moyen pour réaliser divers objectifs. C'est aussi une manière de faire la paix avec mon sport. Après la finale olympique à Rio, je n'ai plus jamais retiré car j'en avais assez, parce que d'une certaine façon, ma passion était devenue pour moi une obsession. J'en étais arrivé à détester mon sport et je ne voulais pas que cela se termine ainsi. J'ai maintenant trouvé une raison de revenir au stand de tir."

Getty Images

En février dernier, Niccolo a repris sa carabine à air comprimé pour la première fois après près de trois ans. Il a admis avoir été un peu gêné lorsqu'il a demandé au Musée Olympique de la lui rendre. Il en avait fait don après les Jeux de Rio 2016.

L'ancien tireur puise sur son temps libre et ses ressources, et s'appuie largement sur son réseau pour mener son projet à bien.

CIO "KHAOULA EST L'UNE DES RÉFUGIÉES PRENANT PART AU PROJET"

La communauté du tir et ses anciens sponsors ont fourni tout l'équipement nécessaire, notamment les carabines, les uniformes et les cibles électroniques."Nous sommes une grande famille ; au cours des dernières années, j'ai passé plus de temps avec Sergueï Kamenskiy, le tireur russe que j'ai battu à Rio, qu'avec ma mère !" avoue-t-il.

"Nous avons partagé ensemble de nombreuses expériences, nous sommes semblables à bien des égards et quand j'ai présenté mon projet, chacun était content de contribuer d'une manière ou d'une autre, aux séances d'entraînement comme au don d'équipement. Mais mon objectif est d'étendre le projet à d'autres communautés sportives avec lesquelles j'ai travaillé par le passé."

CIO "LA SÉRIE ORIGINALE "TAKING REFUGE" D'OLYMPIC CHANNEL RETRACE LE PARCOURS D'UN GROUPE DE RÉFUGIÉS VISANT LA QUALIFICATION POUR TOKYO 2020."

Le regard tourné vers Tokyo 2020

"Nous suivons tous un parcours personnel, la qualification pour Tokyo, le résultat sportif, tout cela vient au second plan. L'objectif principal est de vivre cette expérience ensemble", précise Niccolo Campriani. "Il m'a fallu près de deux ans pour atteindre le score minimal de qualification qui  donne éventuellement un ticket d'entrée pour les Jeux. C'est une sorte d'expérimentation. Ces jeunes s'entraînent au World Archery Excellence Centre de Lausanne, ils n'ont que moi comme référence, ils ne peuvent se comparer à d'autres tireurs". "Si les choses se déroulent comme elles doivent, je suis persuadé qu'au moins un d'entre eux ira à Tokyo. Nous le saurons en juin prochain lorsque la commission exécutive du CIO annoncera la composition de la prochaine équipe olympique des réfugiés.  En tout état de cause, ce projet n'a pas de fin en soi ; quelle que soit le résultat, des liens d'amitié seront tissés pour la vie". "Après ces trois ans, j'avais presque oublié ce que l'on ressent lorsque l'on est en quête d'une qualification olympique. C'est chouette de vivre cette expérience à nouveau, même à travers les yeux de quelqu'un d'autre."

Vous pourrez suivre le processus de sélection et l'entraînement complet des athlètes réfugiés au début de 2020, quand la série originale "Taking Refuge" sera diffusée sur Olympic Channel. "J'ai rencontré Niccolo alors que je travaillais sur une autre série Day Jobs", indique  Nicolas Delloye, réalisateur pour Olympic Channel. "Nous faisions le portrait d'athlètes olympiques qui travaillent par ailleurs pour subvenir à leurs besoins. Il a évoqué son idée et nous avons immédiatement adhéré et proposé de présenter cette aventure incroyable."

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