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Le 5 février 1976 à Innsbruck, Franz Klammer écrit la plus belle page de sa légende

Franz Klammer IOC
Date
05 févr. 2020
Tags
Actualités Olympiques, Innsbruck 1976, Ski alpin
Il est toujours le roi de la descente, le coureur comptant plus de succès que quiconque dans sa discipline en Coupe du monde. Mais la carrière de Franz Klammer a pris une dimension exceptionnelle quand il a triomphé devant une foule immense lors des Jeux d'Innsbruck le 5 février 1976. Récit d'une journée pas comme les autres…


On peut sans se tromper le considérer comme le plus grand descendeur de tous les temps. De sa première victoire en Coupe du monde à 19 ans, à Schladming le 22 décembre 1973 à son ultime succès dans la discipline, son quatrième triomphe sur la Streif de Kitzbühel le 21 janvier 1984, Franz Klammer a remporté vingt-cinq descentes, un record qui tient toujours, et dont personne ne s'est encore approché à ce jour chez les hommes.

"J'ai toujours eu ce sentiment en moi dans les portillons de départ. Je savais ce que je faisais", a-t-il déclaré, "j'étais plein de confiance, je savais que je pouvais réussir, et à chaque moment, je savais comment gagner : se concentrer sur sa course, juste vous et la montagne, et ne penser à rien d'autre". Parmi les exploits de ce descendeur hors normes, il y a cette totale domination de la saison 1974-1975 avec huit victoires sur les neuf courses au programme, il y a, à cheval sur les deux saisons suivantes, une série de dix victoires consécutives et il y a un autre record : cinq petits globes de cristal de la spécialité, remportés consécutivement de 1975 à 1978, puis en 1983.

Le super-G en tant que deuxième épreuve de vitesse n'existant pas à l'époque, la carrière de Franz Klammer ne se déroule qu'en descente (hormis un titre mondial en combiné en 1974), ce qui explique que malgré son écrasante domination, le skieur autrichien né le 3 décembre 1953 à Mooswald (Carinthie) n'a jamais pu lutter pour le gros globe du classement général de la Coupe du monde à une époque notamment marquée par les succès du Suédois Ingemar Stenmark.

 

La Klammer de la foule

Une grande carrière ne devient exceptionnelle qu'avec le titre suprême, la médaille d'or olympique. Celle-ci est encore plus belle lorsqu'elle est gagnée devant plus de 60 000 supporteurs en transe, et des millions d'Autrichiens rassemblés devant leurs postes de télévision dans tout le pays. Pour "Kaiser Franz", ce moment triomphal a lieu sur les 3 020 m de la Patscherkofel à Innsbruck le jeudi 5 février 1976.

Pour la course reine des Jeux d'Innsbruck, une foule considérable est massée au bord de la piste et dans l'aire d'arrivée. L'homme à battre est le Suisse Bernhard Russi, tenant du titre après sa victoire aux Jeux de Sapporo 1972 et qui compte bien conserver son sceptre. Il s'élance avec le dossard n°3, réalise une course solide et passe la ligne d'arrivée avec un temps de 1:46.06 qui lui permet de prendre les commandes de la course. Les concurrents qui suivent butent un à un sur son chrono, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un coureur capable de le battre : Franz Klammer.

Dossard n° 15, en combinaison jaune, chaussures rouges, casque rouge avec une bande blanche, Franz Klammer s'élance sous les clameurs de la foule. Au premier chrono intermédiaire, il est derrière Bernhard Russi, et l'est encore au deuxième. "Et soudainement, les 60 000 spectateurs massés dans le stade et toute la montagne ont commencé à trembler…", a confié Bernhard Russi.

Franz Klammer se souvient : "Au moment où je me suis retrouvé dans le portillon de départ, je savais que j'allais gagner, tellement convaincu que je pouvais le faire. Mais il fallait que je risque tout. J'étais tellement concentré sur ma course… et puis vers le milieu du parcours, j'ai regardé la foule et je me suis dit que je ferais mieux d'inventer quelque chose pour gagner cette épreuve. Alors j'ai complètement changé de ligne. Je sentais que le public me soutenait à fond."

Passé le bandeau "Ziel" (arrivée), le temps s'affiche : 1:45.73. Bernhard Russi est battu de 33 centièmes de seconde. "Vraiment, toute la montagne tremblait durant la descente de Franz", témoigne-t-il. "Et je pense franchement que quelque part, les spectateurs ont un énorme pouvoir. Ils l'ont poussé, ils lui ont apporté ce petit plus qui a fait qu'il ne pouvait pas perdre cette course. Il y avait quelque chose dans l'air… Mais il a aussi fait quelque chose d'exceptionnel sur les derniers mouvements de terrain, il est passé à un endroit qu'il n'avait sûrement pas reconnu et où personne n'était allé voir si c'était faisable ou pas. Il a choisi cette ligne directe qui normalement, paraissait impossible à prendre. Mais lui, il l'a fait !"

Franz Klammer Getty Images

Une légende éternelle

Dans l'aire d'arrivée, Franz Klammer commence par regarder l'immense foule. "Ils étaient tellement exaltés ! J'ai compris que j'avais gagné. J'étais si heureux et tellement soulagé ! Je venais de faire ma plus grande course dans la descente la plus importante de toutes. J'en avais gagné tellement auparavant, mais sans accrocher le titre olympique, j'aurais connu une bonne carrière, pas une grande carrière". Les Jeux Olympiques se confondant avec les Mondiaux de la FIS, Franz Klammer est également sacré champion du monde ce jour-là.

"Klammer Express", son autre surnom, continue à dominer son sujet jusqu'en 1978, puis il connaît une baisse de régime qui entraîne notamment sa non-sélection dans la très forte équipe autrichienne de descente pour les Jeux de Lake Placid en 1980. Mais il se remet au travail avec acharnement, et reprend sa marche en avant. Sa quatrième victoire à Kitzbühel en janvier 1984 à l'âge de 30 ans constitue à l'époque un record qui sera plus tard dépassé par le Suisse Didier Cuche, mais Franz Klammer reste le seul coureur à avoir gagné à quatre reprises sur la totalité du parcours de la Streif. Il connaît la déception aux Jeux de Sarajevo 1984 avec une dixième place, et prend son dernier départ en mars 1985 à Aspen avec un bilan en Coupe du monde de 26 victoires, 45 podiums et 87 top 10.

Après sa carrière de skieur, il devient pilote automobile, courant jusque dans les années 1990 en voitures de tourisme. Son plus grand moment reste évidemment sa victoire olympique à Innsbruck, mais toute sa carrière reste une grande source d'inspiration pour tous les coureurs de vitesse qui l'ont suivi. La légende de Kaiser Franz est éternelle…

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