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Le 15 février 1932, Eddie Eagan devient le seul médaillé d'or aux Jeux d'été et d'hiver

Eddie Eagan IOC
Pousseur dans le bob à quatre du pilote Billy Fiske, Edward Eagan gagne la médaille d'or avec USA-1 lors de la dernière épreuve des Jeux de Lake Placid 1932. Douze années plus tôt, il était boxeur, sacré champion olympique des poids mi-lourds à Anvers 1920. Anniversaire d'une journée particulière pour un destin extraordinaire.


Soldat dans la Première Guerre mondiale, un brillant étudiant passé par Yale, Harvard et Oxford pour devenir avocat, un boxeur invaincu sacré chez les poids mi-lourds à Anvers en 1920, et le seul athlète médaillé d'or aux Jeux d'été puis à ceux d'hiver grâce à sa victoire derrière le pilote Billy Fiske en bob à quatre à Lake Placid 1932… Edward "Eddie" Eagan est tout cela à la fois !

La trentaine largement entamée au début des années 1930, Eddie Eagan répond à l’appel de son ami Jay O’Brien, l’athlète patron du bobsleigh olympique américain qui a besoin d’un homme fort pour compléter sa formation emmenée par le pilote Billy Fiske, tenant du titre à quatre après sa victoire à St-Moritz en 1928. "Tu sais quoi ? Je suis en équipe des USA de bob !"  dit simplement Eddie à son épouse, avant de rejoindre Lake Placid pour disputer l’épreuve olympique les 14 et 15 février 1932 sans jamais être monté dans un bobsleigh auparavant.

Sur la piste de bobsleigh construite sur le Mont van Hoevenberg spécialement pour ces Jeux, et qui existe toujours aujourd'hui après plusieurs rénovations, la course de bob à quatre doit avoir lieu les 11 et 12 février. Mais la météo fait des siennes, le redoux provoque un sévère dégel et les quatre manches doivent être reportées. Arrive la cérémonie de clôture des IIIe Jeux Olympiques d'hiver, le 13 février, et finalement, les bobs ne pourront se lancer sur le toboggan de glace que le lendemain, le dimanche 14 février.

Eddie Eagan IOC

"Ces descentes resteront toujours vivantes dans ma mémoire"

Ce jour-là, autour de la piste, il y a environ 20 000 spectateurs présents pour assister au spectacle. Le grand favori n'est autre que le pilote de USA-II, Bob Homburger, qui a activement participé à sa conception, et son équipe (les "Saranac Red Devils"), avec les frères Hubert et Curtis Stevens, a gagné la compétition à deux. Un autre frère Stevens, Francis, pousse pour sa part dans le bob à quatre de Homburger avec Percy Bryant et Emdund Horton.

Mais Billy Fiske, qui a gagné son premier titre à 16 ans (plus jeune pilote de l'histoire à gagner l'or en bobsleigh) à Saint-Moritz 1928, est un pilote diabolique. Ce 14 février 1932, poussé par Eddie Eagan, Clifford Gray et Jay O’Brien, il domine largement les deux premières descentes. Il était prévu que les quatre manches aient lieu le même jour, mais le terrain dégradé provoque des protestations des concurrents, et les deux suivantes sont reportées au lendemain.

Le 15 février, Fiske et ses coéquipiers dominent encore la troisième manche, et creusent un écart de quatre secondes sur le bob de Homburger. Ce dernier a beau signer le record de la piste dans la descente finale, c'est trop tard, et USA-1 l'emporte avec un temps total de 7:53.68, devant USA-II (7:55.70) et Allemagne-1 (8:00.04). "Ces descentes resteront toujours vivantes dans ma mémoire", dira Eddie, "Elles ne prenaient que deux minutes, mais cela me paraissait des siècles. Je me souviens de la piste couverte de neige, défilant comme dans un film à la mise au point floue. Fonçant comme cela à quelques centimètres du sol sans aucune notion de sécurité, je tenais les sangles. J'avais l'impression que mes mains glissaient, mais je continuais à m'accrocher !"

Eddie Eagan Getty Images


Boxeur champion olympique et invaincu dans sa catégorie

Mais revenons en arrière ! Edward Eagan naît le 26 avril 1897 à Denver, Colorado. Son père, cheminot, est victime d'un accident mortel alors qu'il est encore bébé. Il va mener de brillantes études de droit, tout d’abord à l’Université de Yale, puis Harvard et enfin à Oxford après avoir décroché la fameuse "bourse Rhodes" qui permet aux étudiants méritants d’aller poursuivre gratuitement leur cursus dans la prestigieuse institution britannique. Il sert dans l’armée américaine comme lieutenant d’artillerie en France lors de la Première Guerre mondiale. Parallèlement, Eagan est depuis son adolescence un excellent boxeur amateur qui multiplie les victoires, devient le capitaine l’équipe universitaire de Yale et gagne sa sélection pour les Jeux d’Anvers.

En août 1920 sur le ring de la grande salle du jardin zoologique d’Anvers, Eddie Eagan domine successivement le Sud-Africain Thomas Holdstock en quarts de finale, le Britannique Harold Frank en demi-finale, puis le Norvégien Sverre Sorsdal pour devenir champion olympique des poids mi-lourds. De retour des Jeux, il poursuit ses études à Harvard, puis rejoint la Grande-Bretagne et Oxford. Il devient au passage le premier Américain sacré champion de boxe amateur de Grande-Bretagne, avant de se lancer dans un tour du monde de deux ans où il affronte le meilleur amateur de chaque pays qu’il visite, en restant invaincu.

Eddie Eagan dispute encore les Jeux de Paris en 1924 dans la catégorie poids lourds, où il est éliminé au premier tour par le Britannique Arthur Clifton. Il continue la boxe, travaille comme avocat, puis c'est cet appel du pied de Jay O’Brien, aller aux Jeux d'hiver pour pousser un bobsleigh et dévaler un toboggan de glace à une vitesse affolante ? "Je sentais que le changement me ferait du bien" ,dira-t-il. Le deuxième titre olympique est au bout du chemin.

Si Jacob Tullin Thams (saut à ski et voile), Christa Luding (patinage de vitesse et cyclisme sur piste), Clara Hugues (patinage de vitesse et cyclisme sur route) et enfin Lauryn Williams (athlétisme et bobsleigh) ont réussi après Eddie Eagan à gagner des médailles dans les deux éditions différentes des Jeux, aucun n’a remporté deux titres. Il reste aujourd'hui l'unique double médaillé d'or été et hiver.

Eddie Eagan poursuivra sa carrière d’avocat à New York, servira à nouveau avec le grade de colonel dans l’armée américaine lors de la Deuxième Guerre mondiale, avant de prendre sa retraite et de décéder à 69 ans d’une attaque cardiaque le 14 juin 1967. En 1983, il fait partie au même titre que Jesse Owens ou Mark Spitz des premiers grands champions américains introduits dans le temple de la renommée olympique des États-Unis.

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