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La pression, la force intérieure et Bradley Wiggins : des éléments clés pour qu’Ainslie décroche sa fameuse quatrième médaille d’or

Getty Images
Il y a huit ans, le navigateur britannique Ben Ainslie remportait une quatrième médaille d'or olympique consécutive – un record – dans le stress et l’épuisement, devant son public qui n’en pouvait plus. Il n'est pas nécessaire de passer beaucoup de temps en sa compagnie pour comprendre comment il a réussi...


Ben Ainslie nous parle de la course dans laquelle il est devenu le navigateur olympique le plus décoré de tous les temps. Criblé de douleur, éreinté et coincé derrière un rival jouissant de la régate de sa vie, Ainslie s'est laissé totalement dépasser dans la 11e et dernière régate de la classe Finn à Londres 2012.

Et c’est justement ce qu’il a aimé.

"Je ressens aujourd’hui encore une pointe d’excitation en pensant à cette dernière course, à ce qu'elle a signifié et à la pression qu'elle a impliquée", déclare l'homme qui, après une compétition traumatisante, savait qu'il devait tout simplement terminer devant le Danois Jonas Hogh-Christensen, sinon il risquait de ne pas répondre aux attentes immenses de son pays.

Ben Ainslie Getty Images

"Ces moments, il faut vraiment les saisir. Soit tu trembles dans tes bottes, soit tu vois ça comme une opportunité à saisir. Il n'y a pas deux façons de faire. J'ai eu de la chance dans ma carrière, j'ai adopté une attitude positive et j'ai dit : "C'est formidable d'être dans cette position. Quelle occasion ! Vas-y et essaye d'en tirer le meilleur parti".

Après avoir triomphé dans la classe Finn à Athènes en 2004 et à Beijing en 2008, Ainslie était le grand favori pour Londres 2012. Dans ses eaux territoriales de Weymouth, l'homme qui a également remporté l'or dans la classe Laser à Sydney en 2000 semblait avoir la victoire pour lui. Mais personne n’en avait rien dit Hogh-Christensen.

Ami de longue date entré dans le monde difficile du dériveur monoplace lourd en même temps qu'Ainslie, le Danois a dominé les deux premières régates. Il a également remporté la cinquième. En fait, il a gardé le double champion en titre derrière lui dans chacune des six premières épreuves.

 

"Franchement, c'est le meilleur que j'ai jamais vu naviguer dans ma carrière olympique", s’exclame Ainslie. "Il était en feu et moi je n'avais certainement pas la forme qu’il fallait."

Ainslie se rappelle combien il était content d'arriver enfin au jour de repos, à un peu plus de la moitié de la compétition. Dans sa chambre au village olympique de Portland, Ainslie regardait les vidéos de régates pour trouver des indices de la domination de Hogh-Christensen et discutait de la configuration technique de son bateau avec son entraîneur. Mais surtout, il a allumé son téléviseur.

"Je me suis inspiré de Bradley Wiggins [GBR] dans le contre-la-montre [du cyclisme masculin]", révèle Ainslie. Il a raflé le contre-la-montre avec une performance impériale. Je me souviens l’avoir regardé et pensé qu'il était un athlète au sommet de son art et je me disais à moi-même : "Tu devrais faire une performance similaire, alors retrousse tes manches et vas-y".

Ben Ainslie Getty Images

Ainslie a également cherché une autre source de motivation. Se référant à un incident survenu dans la deuxième régate, lorsqu'il a senti que Hogh-Christensen et le Néerlandais Pieter-Jan Postma s'étaient alliés contre lui pour le forcer à prendre une pénalité injuste, Ainslie a averti le duo qu'ils avaient "fait une grosse erreur" en le "mettant en colère".

Huit ans plus tard, l'homme qui est aujourd'hui capitaine de l’équipe Ineos Team UK à la Coupe de l’America est un peu embarrassé par son surnom de "Hulk" que lui a valu sa remarque. Il s'en tient néanmoins à la tactique.

"C’était l’occasion de leur envoyer un message, de leur faire comprendre que je n'allais pas me laisser faire et que la compétition n’était pas terminée", a déclaré le Britannique qui participe également au championnat mondial annuel de course SailGP. "Parfois, on a besoin de quelque chose comme ça, d'un coup d’éperon pour vous faire avancer, et c'est en grande partie ce qui s'est passé.


Cela a fonctionné. Ainslie a remporté la septième régate et a terminé troisième, juste devant Hogh-Christensen, dans la huitième. Une autre victoire dans la 10e et avant-dernière régate a permis à Ainslie de se classer deuxième au classement général. L’équation était relativement simple pour la course aux médailles : si le Britannique terminait devant le Danois, Postma ne faisant pas partie du trio de tête, il remporterait une quatrième médaille d’or, établissant ainsi un record.

Modeste, mais aussi dur comme du silex, Ainslie a fini par nous révéler qu'il y avait une pièce de plus dans ce puzzle finement équilibré : son corps en train de s'effondrer. Comptant parmi les hommes les plus âgés et les plus légers dans cette épreuve, il était à l'agonie.

"La compétition en elle-même n'était vraiment pas une partie de plaisir", reconnaît Ainslie. "J'avais subi une opération du dos en février de cette année-là et je m'en remettais encore. J'avais aussi d'autres problèmes, des tensions musculaires dans les tendons des chevilles. Quand vous faites du rappel sur un bateau, vous utilisez évidemment vos chevilles pour soutenir le reste de votre corps et si vous commencez à avoir des tendinites à cet endroit, c'est problématique."

Ben Ainslie IOC

"J'ai donc pas mal souffert et ma condition physique n'était pas au niveau requis pour une régate par vent fort, comme c’était le cas. C'était très, très dur. Si ça n'avait pas été les Jeux Olympiques, je n'aurais certainement pas pu aller jusqu'au bout".

Les milliers de personnes présentes sur les falaises et les plages de Weymouth ont bien entendu tout fait pour qu'Ainslie se retrouve dans la régate finale. Le héros local, qui "ne s'intéressait pas vraiment à autre chose qu’à l'or", s'est concentré sur Hogh-Christensen, utilisant toute son expérience, son savoir-faire et sa volonté pour le garder à l’œil.

Ben Ainslie Getty Images


Mais Postma a failli gâcher la journée lors de la troisième et dernière étape face au vent.

"C’était très tendu à la fin", raconte Ainslie, qui n'a pu que regarder Postma revenir vaillamment à la charge. "Il s'est lancé dans une manœuvre assez risquée compte tenu du calibre des navigateurs du top 10 et il était peu probable qu'il réussisse. Malheureusement pour lui, il a coupé le Néo-zélandais Dan Slater et a reçu une pénalité en essayant de passer et c'était la fin pour lui".

L'or est revenu au héros britannique et à une nation exaltée.

"Je crois que c’est probablement encore un soulagement huit ans plus tard", dit Ainslie en riant. "C'est souvent le cas dans le sport. Je me sens juste privilégié d'avoir pu vivre ce moment".

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