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La médaille d'or surprise de Rulon Gardner à Sydney en 2000 "a changé [sa] vie pour toujours"

Date
10 juin 2020
Tags
Actualités Olympiques
À l'occasion de la sortie du nouveau documentaire "Rulon Gardner Won't Die" sur Olympic Channel, des grands noms historiques et actuels du sport reviennent sur les triomphes et mésaventures de l'une des personnalités les plus tenaces des Jeux Olympiques, qui continue encore aujourd'hui à façonner le monde de la lutte aux États-Unis et ailleurs. 

À neuf ans, Joe Rau était un enfant timide, potelé et passionné de lutte. À cet âge-là, il a assisté aux côtés de son père au combat pour la médaille d'or de son compatriote méconnu, et encore moins apprécié, Rulon Gardner, lors de l'épreuve masculine de lutte gréco-romaine poids super-lourds des Jeux Olympiques de Sydney 2000. Rulon Gardner s'attaquait au colosse Aleksandr Karelin, alors invaincu depuis 13 ans.

Personne ne croyait à sa victoire. Personne, sauf Rulon Gardner, un jeune agriculteur du Wyoming au visage et au corps ronds qui n'avait jamais obtenu de meilleur classement que la cinquième place en tournoi international.

"Ça a transformé ma façon de me voir", confie Joe Rau, dont la voix trahit encore l'incrédulité joyeuse procurée par cette incroyable journée.

Et d'ajouter : "J'étais un petit garçon grassouillet et il me ressemblait. Je me souviens regarder le combat et me dire : "je peux peut-être y arriver." Cela a eu un impact considérable sur ma vie."

Joe Rau est actuellement n°1 aux États-Unis en lutte de moins de 87 kg et il s'est qualifié en mars dernier dans sa catégorie de poids pour représenter son pays aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Selon lui, il doit tout à la victoire historique de Rulon Gardner.

"Quand on est un enfant en surpoids, on a encore plus de choses à prouver. La plupart des lutteurs professionnels sont secs, avec des muscles en béton, et notre lutteur le plus célèbre, celui qui a décroché la plus grande victoire, était un grand mec bien en chair, comme moi", se réjouit Rau.

"Au fil des années, j'ai été confronté à de nombreux entraîneurs, et pas seulement des coéquipiers, qui m'ont fait des commentaires sur mon apparence. Je ne les ai jamais laissés me démotiver ou mettre en doute ma capacité à combattre. Elle [la victoire de Rulon Gardner] n'a peut-être pas changé la façon dont les entraîneurs me voyaient, mais elle a changé ma façon de me voir et m'a donné la conviction que je pouvais accomplir de grandes choses, ou du moins y prétendre."

Gary Abott, journaliste pour USA Wrestling depuis 33 ans, sait exactement de quoi Joe Rau parle. Il était présent ce jour-là au Convention and Exhibition Centre de Sydney aux côtés de bien d'autres.

"Le président [du CIO] Samaranch avait fait venir Henry Kissinger à la finale. Pas parce qu'un Américain allait gagner, mais parce qu' Aleksandr Karelin [champion olympique en 1988, 1992 et 1996] allait devenir le plus grand athlète olympique de l'histoire", se souvient Gary Abbott en riant. "Je pense que personne d'autre que Rulon Gardner ne pensait qu'il pouvait gagner. Ce jour-là, une légende est née."

"Cette victoire a changé ma vie et la lutte pour toujours."

D'ailleurs, ce retournement de situation spectaculaire opéré par Rulon Gardner en lutte gréco-romaine n'a fait qu'ajouter de l'éclat à la légende. En effet, aux États-Unis, les jeunes lutteurs pratiquent quasi exclusivement la lutte "folk style", ou lutte universitaire américaine, avant de s'orienter naturellement vers la discipline olympique de lutte libre.

"J'ai carrément emprunté un livre à la bibliothèque et cherché des cassettes vidéo pour comprendre et en savoir plus sur les techniques de lutte gréco-romaine", révèle Joe Rau, qui était déterminé à suivre sur les traces exactes de son idole.

Aleksandr Karelin avait dominé Rulon Gardner dans un combat, quelques mois avant les Jeux de Sydney, fait sur lequel Joe Rau revient encore souvent aujourd'hui.

"Si Rulon Gardner avait abandonné après son premier combat contre Aleksandr Karelin, il ne serait jamais devenu champion olympique. C'est un détail très important pour moi", explique-t-il. "En comparant le match qu'il a perdu à celui qu'il a gagné, j'ai appris que je devais toujours continuer à me battre, peu importe comment je me sens, ce qu'il se passe ou qui est mon adversaire."

Cependant, comme le montre en détail le documentaire, la vie de Rulon Gardner n'a pas été un long fleuve tranquille depuis son départ à la retraite après avoir remporté le bronze aux Jeux Olympiques d'Athènes en 2004. En effet, l'athlète a frôlé la mort à plusieurs reprises, pris énormément de poids, fait faillite et compte plusieurs mariages ratés à son actif. Des mésaventures très difficiles à regarder pour ses proches.

"Tous ses entraîneurs sont devenus mes entraîneurs. C'était très triste pour nous tous, mais encore plus pour eux, car ils ne comprenaient pas comment quelqu'un d'aussi incroyable sur le tapis pouvait avoir autant de problèmes en dehors", confie Joe Rau.

"Je peux parfaitement comprendre les problèmes de poids, mais tous ces incidents où il a frôlé la mort sont assez fous. Il a traversé énormément de choses et je suis sûr qu'il a l'impression que la vie ne lui fait jamais de cadeaux. Il m'arrive parfois de me sentir comme ça moi aussi, tout comme beaucoup d'autres, j'en suis sûr."

"C'est même inspirant de voir qu'il n'a pas baissé les bras et qu'il continue d'essayer de surmonter tous ces problèmes."

Pour Joe Rau et bien d'autres, tout tient à ça. Rulon Gardner demeure une figure monumentale de ce sport, un totem dont la stature n'est que renforcée par son humanité évidente. Joe Rau s'est entraîné avec la légende en 2010/11, alors que Rulon Gardner envisageait de faire son retour. Encore aujourd'hui, il puise son feu et son intensité dans ce que son héros lui a transmis, même s'il n'était plus que l'ombre de lui-même.

C'est précisément cet héritage qui pousse Joe Rau et nombre de ses pairs à aller de l'avant : une chance pour eux aussi de vaincre leur propre Aleksandr Karelin.

"Je combats Viktor Lorincz [lutteur hongrois, actuellement n°1 mondial en lutte gréco-romaine de moins de 87 kg] depuis des années et j'ai l'impression d'avancer un peu plus à chaque fois et de me rapprocher", a déclaré Joe Rau, n°7 mondial. "Lors de notre dernier camp d'entraînement au Danemark, il était tellement énervé que je m'en sorte aussi bien contre lui qu'il m'a giflé. Maintenant que je sais que je l'atteins, je sais que je peux le battre."

Et de conclure : "Personne n'aurait cru Rulon Gardner s'il lui avait dit qu'il allait battre Aleksandr Karelin, mais lui y a cru. Personne ne vous croira tant que vous ne l'aurez pas fait."

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