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La lutte : lumière au bout du tunnel pour un réfugié qui rêve des Jeux Olympiques

amir al awad
Amir Al-Awad, 18 fois champion syrien, avait relégué la lutte au passé lorsque sa famille et lui ont été forcés de fuir, terrifiés, leur pays en 2011. Mais, inspiré par la chance de montrer à ses compatriotes réfugiés que tout est possible, il a repris ce sport qu'il adore et vise désormais une place aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. 


Le Syrien Amir Al-Awad est heureux d'avoir la lutte dans sa vie. Même dans les moments les plus difficiles, alors que combattre sur un tapis était un lointain souvenir, le sport est resté partie intégrante de sa personnalité.

"La lutte vous force à relever des défis et, en tant que lutteur, j'ai appris à être résilient et à affronter la vie, quoi qu'il arrive", a expliqué Amir Al-Awad, dont la vie a été bouleversée par le début de la guerre civile en Syrie en 2011. "Si je suis jeté au sol ou si je touche le fond, je dois me relever et recommencer à zéro."

Passionné de lutte depuis l'âge de neuf ans, l'ancien vainqueur du championnat d'Asie et du championnat arabe incarne cette philosophie. Après que sa maison a été détruite, Amir Al-Awad et sa famille ont dû être déplacés à l'intérieur de leur propre pays alors que la guerre faisait rage autour d'eux. L'ancien sportif professionnel était régulièrement arrêté. Les deux parties belligérantes se méfiaient de sa détermination à ne pas choisir de camp. Finalement, c'est lorsqu'il a été de nouveau incarcéré et incapable de s'occuper de sa femme alors enceinte qu'Amir Al-Awad a décidé qu'ils devaient partir.

Sa femme a réussi à aller jusqu'en Égypte et Amir a fini par la rejoindre. Le couple a renoncé à gagner l'Europe et a entrepris la tâche ardue de se construire une nouvelle vie de réfugiés légaux. Mais, après trois années passées à se concentrer sur la recherche d'un emploi et à s'occuper de sa jeune famille, la lutte l'a rattrapé.

"C'est devenu une situation gagnant-gagnant", a déclaré Amir Al-Awad qui a été champion national à 18 reprises. 

Se servir du sport comme d'un moyen de contribuer à la société et d'aider les réfugiés m'a permis de me sentir bien dans ma peau. C'est un moyen de faire face à mes propres peurs et déceptions par rapport à la guerre.

Animé par l'idée de partager sa passion avec la communauté disparate des réfugiés d'Alexandrie, en Égypte, Amir Al-Awad et ses amis ont fondé ce qui est devenu l'Académie syrienne du sport. Financée par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et d'autres organisations, la salle d'entraînement de 30 mètres carrés offre à des dizaines de jeunes réfugiés un foyer sportif et, souvent, un sentiment d'appartenance.

"L'objectif principal était de proposer aux enfants un entraînement et une activité physique et d'essayer de distraire leur esprit de ce qui s'était passé dans leur pays en utilisant le sport comme moyen de réhabilitation", explique Amir.

L'académie offre des cours de kickboxing, de taekwondo, de karaté et de gymnastique, ainsi que de lutte, avec plus de 20 enfants assistant à la plupart des séances quotidiennes. Amir Al-Awad organise également des cours d'autodéfense pour femmes, conçus pour "restaurer la confiance en soi", tandis que son épouse, une ancienne ballerine, propose des séances de zumba.

L'académie a rendu à cet homme imposant de 36 ans une grande partie de ce que la guerre lui a volé.

"Quand je vois ces enfants faire quelque chose de leur vie, oublier les atrocités de la guerre, je réalise que le sport a le pouvoir d'inspirer et de donner un but dans la vie", a-t-il déclaré. "Contribuer à la société m'a beaucoup aidé."

C'est également ce qui l'a ramené vers le prestige de la lutte. Bien qu'il n'ait pas eu au début l'intention de concourir à nouveau, Amir Al-Awad y a repris goût. Il s'entraîne maintenant sans relâche en parallèle de son emploi de cuisinier à temps plein et de son travail d'entraîneur à temps partiel.

À mesure que sa force et sa puissance revenaient, l'esprit d'Amir s'est tourné vers un rêve extraordinaire.

amir al awad UNHCR

"J'ai eu l'idée en voyant l'équipe olympique des réfugiés des Jeux Olympiques de Rio [2016] et, depuis que j'en ai entendu parler, j'ai essayé d'en faire partie et de trouver un contact au sein du CIO pour pouvoir faire partie de cette équipe", a-t-il déclaré. "Il a fallu beaucoup de temps pour trouver les bons contacts."


Il a pourtant réussi à les trouver et en septembre 2019, son nom figurait parmi les 42 athlètes réfugiés membres du programme de soutien du CIO. Il a ainsi pu avoir accès à des bourses d'entraînement et gravir les échelons vers une place très convoitée au sein de l'équipe olympique des réfugiés pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Les progrès n'ont pas été faciles mais, en février de cette année, il a atteint les Championnats d'Afrique à Alger, en Algérie.

"C'était comme un rêve d'être de retour sur la scène internationale, en compétition avec d'autres athlètes. Cela m'a redonné espoir et montré que je suis sur la bonne voie", a-t-il déclaré. "Je veux servir d'exemple pour l'ensemble de la communauté. Si j'arrive à être dans l'équipe, cela enverra le message aux autres réfugiés dans ma situation que tout est possible. Même si c'est difficile pour le moment, peut-être qu'un jour les choses s'amélioreront."

Les enfants qu' Amir Al-Awad entraîne le soutiennent pleinement. Ils lui ont même fabriqué un drapeau inspirant avec leurs empreintes. S'il réussit à participer aux prochains Jeux Olympiques, c'est à eux qu'il veut vraiment donner du courage.

"Je serais fier de retourner [en Syrie un jour], mais pour le moment, ce qui m'intéresse vraiment, c'est de participer aux Jeux Olympiques, de porter le drapeau olympique et de montrer aux jeunes réfugiés que c'est possible."

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