skip to content

La légende de Duke Kahanamoku, père du surf et double champion olympique à Anvers

IOC
Le champion hawaïen Duke Kahanamoku est à Anvers en 1920 le premier nageur à gagner deux fois de suite le 100 m nage libre, après un premier titre remporté huit ans plus tôt à Stockholm. Médaillé d'argent sur la distance en 1924 à Paris, il est aussi connu et salué à travers le monde comme celui qui a fait découvrir le surf à un large public.

Duke Kahanamoku est sur le point de fêter ses 30 ans (il est né le 24 août 1890 à Honolulu, dans ce qui était alors le Royaume d’Hawaï) quand il plonge pour défendre son titre du 100 m nage libre dans les eaux "sombres, froides et boueuses" du bassin olympique long de 100 m construit pour les Jeux de la VIIe Olympiade. À partir du 22 août 1920, le nageur américain déjà légendaire remporte ses courses avec facilité et dans des temps stratosphériques. 1:01.8 dans sa série des quarts de finale, record olympique. 1:01.4 en demi-finale, égalant son propre record du monde réalisé à New York en 1918.

Mais il a gardé le meilleur pour la fin. Il est accompagné en finale par trois autres nageurs américains dont deux (Pua Kealoha et Bill Harris) sont également hawaiiens. Dans la course pour l'or, il prend les devants dès les premiers coups de bras, accélère encore et s'impose avec une très large avance en pulvérisant d'une seconde son record du monde, s'approchant de la barrière de la minute, en 1:00.4. Les nageurs d’Hawaï réalisent un triplé : Kealoha deuxième suivi de Harris. Mais il va falloir recourir.

En effet, le concurrent australien William Herald proteste, car il a été gêné en course par l'Américain Norman Ross. Le jury disqualifie Ross et annule le résultat de la finale qui est reprogrammée cinq jours plus tard. Entre-temps, Duke Kahanamoku devient trentenaire, puis les finalistes se remettent à l'eau, sans Norman Ross. Le champion olympique de 1912 s'impose à nouveau sans discussion, devenant le premier nageur à réussir le doublé sur la distance reine de la natation. Il l'emporte cette fois en 1:01.4, et le résultat ne change pas puisque Pua Kealoha est médaillé d'argent et Bill Harris termine en bronze.

CIO

Ce 1er septembre, après avoir été chaudement félicité par ses coéquipiers à la sortie du bassin et avoir plaisanté avec les officiels, celui que l'on surnomme "The Duke" part faire une sieste réparatrice derrière les gradins. Mais il doit encore participer à une course, le relais 4 x 200 m. Alors que le départ va être donné, il doit être réveillé en catastrophe pour rejoindre le bord du bassin. Après Perry McGillivray, Pua Kealoha et Norman Ross, il s'élance en dernier relayeur et les Américains l'emportent avec 21 secondes d'avance (et un record du monde en 10:04.4) devant les Australiens qui les avaient battus quatre ans plus tôt à Stockholm. Les Britanniques prennent la médaille de bronze à 33 secondes.

CIO

Reste une question encore débattue par les historiens. À Anvers en 1920, Duke Kahanamoku aurait également participé au tournoi de water-polo avec l'équipe des États-Unis. Il aurait remplacé un des joueurs frigorifiés lors du dernier match de l'équipe, la rencontre pour la médaille de bronze perdue 5-0 face à la Suède. C'est du moins ce qu'il a raconté, mais les preuves formelles de sa présence dans ce match restent introuvables.

Deux passions : la natation et le surf, et un premier titre en 1912 à Stockholm

La reine d’Hawaï Liliʻuokalani est renversée en 1893, trois ans après la naissance de Duke Kahanamoku. Une république est alors proclamée et, en 1898, l'archipel du Pacifique devient un territoire des États-Unis. Duke Kahanamoku a deux passions dès son enfance : le surf (pratiqué de longue date sur son île et quasiment inconnu ailleurs) et la natation. Il excelle en crawl, une nage inventée par les Australiens et qu'il perfectionne.

Il vient d'avoir 21 ans quand il se fait remarquer au niveau national. Dans le port de Honolulu le 11 août 1911, il nage le 100 yards libres (91 m) en 55.4, battant le record sur la distance de 4 secondes 6 dixièmes. Sur 50 yards, il établit une marque de 24.2. Mais à quelques milliers de kilomètres de là, ses records ne seront pas reconnus par l'AAU (Amateur Athletic Union) qui doute des conditions dans lesquelles ils ont été établis.

CIO
 

Duke traverse le Pacifique et, sur la côte est des États-Unis, il remporte de nombreuses courses pour s'affirmer comme le meilleur sprinter du pays. Il se qualifie aisément pour les Jeux de Stockholm 1912. L'équipe américaine traverse l'Atlantique à bord du "SS Finland". La natation se déroule dans un bras de la mer Baltique, le bassin de course étant délimité dans la baie Djurgårdsbrunnsviken au centre de la capitale suédoise.

Le 100 m disputé pour la 3e fois aux Jeux commence le 6 juillet avec les séries comportant 34 nageurs. Duke Kahanamoku gagne la sienne en 1:02.6, record olympique, et son quart de finale le 7 juillet en 1:03.8. Puis c'est la confusion. Les nageurs américains partent se reposer à bord du Finland, persuadés que les demi-finales auront lieu le lendemain. Mais ils sont mal informés, elles ont lieu en fait le même jour. Ils ne sont pas prévenus et les deux couses se déroulent sans eux. Ils sont dans un premier temps disqualifiés. Cependant, sous l'impulsion du nageur australien Cecil Healy notamment, il est finalement décidé de leur donner une deuxième chance. Une nouvelle série est organisée et le Duke la gagne en signant un nouveau record du monde (1:02.4)

Pour finale le 10 juillet, Duke Kahanamoku est, comme ce sera le cas huit ans plus tard, retrouvé endormi sous les gradins au moment du départ, réveillé en catastrophe et emmené juste à temps jusqu'à la ligne de départ. Il va contrôler la course du début à la fin, s'imposant en 1:03.4 avec deux bons mètres d'avance sur Cecil Healy qui, grâce à un finish spectaculaire, a débordé le coéquipier de Kahanamoku, Ken Huszagh, pour lui laisser le bronze. Kahanamoku est décoré et félicité par le Roi de Suède Gustav V. Sur 4 x 200 m, les Américains prennent la médaille d'argent, battus par les Australiens.

Le père du surf moderne

Devenu une vedette mondiale de la natation, "The Duke" donne des courses de démonstration à travers le monde, mais il fait aussi découvrir le surf au public, notamment sur les côtes est et ouest des États-Unis et, en décembre 1914, sur la plage de Freshwater dans les environs de Sydney où une statue indique aujourd'hui qu'il est le père du surf en Australie. Il en va de même avec une autre statue du surfeur légendaire à Huntington Beach au sud de Los Angeles. Sans oublier celle située dans la baie de Waikiki à Honolulu, toujours couverte de fleurs, ou encore ce monument l'honorant à Christchurch en Nouvelle-Zélande. "The Duke" est, pour l'histoire, le champion qui a fait découvrir le surf au monde entier au début du XXe siècle.

CIO / PETER, Grégoire

Mais sa carrière de nageur de compétition continue. Il remporte les championnats de l'AAU 1916, 1917 et 1920. Puis c'est le deuxième triomphe aux Jeux d'Anvers, qui cimente un peu plus sa légende. Continuant ensuite à populariser et à développer le surf, il dispute aussi ses troisièmes Jeux à Paris en 1924. Là, sur 100 m dans la piscine des Tourelles, le futur Tarzan Johnny Weissmuller le prive d'un troisième titre sur 100 m en passant sous la minute (59.0). Médaillé d'argent, Duke Kahanamoku partage le podium avec son frère Samuel qui a pris la 3e place.

CIO

Le quintuple médaillé olympique s'installe en Californie, joue dans quelques films hollywoodiens et officie aussi comme sauveteur à Newport Beach. Le 14 juin 1925, il sauve huit marins d'un bateau de pêche en train de couler, en faisant des allers-retours sur sa planche de surf entre le rivage et le lieu du drame. À l'âge de 42 ans, il est remplaçant dans l'équipe des États-Unis qui dispute les Jeux de Los Angeles 1932. Il devient ensuite le shérif de Honolulu, poste qu'il occupe jusqu'en 1961. Duke Kahanamoku décède d'une crise cardiaque à 77 ans le 22 janvier 1968. Toute la population de Honolulu l'accompagne vers l'océan où ses cendres sont répandues…

back to top En