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La championne olympique Bethanie Mattek-Sands revient sur l'évolution spectaculaire du tennis à travers les âges

Getty Images
Les raquettes en bois et les balles en caoutchouc dur ont depuis longtemps cédé la place aux cadres en graphite et aux balles à fort rebond, mais le jeu continue d'évoluer. Bethanie Mattek-Sands, championne du double mixte de Rio 2016, a toujours accepté le changement et passe maintenant beaucoup de temps à suivre les jeunes talents pour s'en inspirer.

L'Américaine Bethanie Mattek-Sands, détentrice de neuf titres en double du Grand Chelem, est devenue professionnelle au siècle dernier. Plus de deux décennies plus tard, elle a du mal à croire les progrès réalisés par le tennis.

"C'est tout le sport qui a changé", déclare la médaillée d'or des Jeux Olympiques de Rio 2016. "Si vous regardez des vidéos des années 80 et 90, vous pouvez voir que nous avons des équipements différents, des  cordes différentes, des styles différents. Je suis là depuis si longtemps, c'est amusant d'avoir été témoin du changement.

"Quand j'ai commencé, le jeu en puissance faisait son apparition, mais vous aviez toujours quelqu'un comme Martina Hingis dont la précision sur le court et le jeu étaient tellement supérieurs qu'elle a pu rester au top alors qu'elle n'était pas une joueuse puissante".

Martina Hingis, restée longtemps numéro un mondiale en simple féminin et cinq fois championne du Grand Chelem en simple féminin, est un exemple fascinant. La star suisse a dominé le tennis féminin  à  la fin des années 1990, alors qu'elle était adolescente, son art suprême sur le terrain, que vante  Bethanie Mattek-Sands, faisant d'elle la plus jeune championne du Grand Chelem et plus jeune numéro un mondiale de tous les temps.

Puis, après s'être retirée une première fois de la compétition en 2003, apparemment évincée des courts par des rivales tout en puissance telles que les sœurs Williams, elle est revenue pour la deuxième fois en 2013. Pour la dernière étape de sa carrière, elle s'est réinventée en véritable  magicienne du double et a remporté l'extraordinaire moisson de dix autres titres de double du Grand Chelem.

"Cela montre simplement qu'on peut être grand, imposant et fort, mais le tennis exige un tel éventail de compétences que si vous bougez bien, si vous êtes fluide dans vos mouvements, si vous avez un bon rythme, ce n'est pas toujours une question de taille, de force ou de rapidité", confie Bethanie Mattek-Sands à propos de Martina Hingis, laquelle a également remporté l'argent en double féminin à Rio 2016.

Jimmy Conners - Getty Images

 Il est évident que la raquette est un facteur clé pour déterminer le style dominant de chaque époque. Elle a fait beaucoup de chemin depuis la version en bois massif introduite par le major Wingfield en Angleterre en 1874. Le bois laminé a changé la donne dans les années 1940, offrant un jeu élégant sur tous types de terrain, qu'illumineront quelques années plus tard des joueurs tels que les  Australiens Rod Laver et Margaret Court, véritables vedettes dans les années 1960. Mais c'est l'avènement de la première raquette en acier commercialisée en 1967 - immédiatement adoptée par le grand joueur américain Jimmy Connors - qui a inauguré un autre nouveau style.

Pete Sampras - IOC

Les cadres en graphite sont arrivés sur le marché au début des années 1980 et constituent depuis lors la base des raquettes modernes. Avec de telles raquettes et évoluant sur les surfaces rapides largement répandues dans le monde entier, les joueurs pratiquant un tennis offensif basé sur le service et les volées d'une précision extrême, à l'instar et sous l'impulsion du légendaire Pete Sampras, ont dominé la majeure partie des années 1990. Cependant, par crainte que le public ne s'ennuie avec un barrage d'aces sans fin, des mesures ont été prises pour réduire le rythme du jeu.

Serena et Venus Williams - Getty Images

Les surfaces, même les célèbres courts en gazon de Wimbledon, ont été "ralenties" et des balles de tennis légèrement plus grosses ont été introduites au début du 21e siècle. Ces modifications, combinées à la condition toujours plus athlétique du joueur moderne, ont fait que la puissance est devenue le facteur déterminant. Que ce soient les formidables Serena et Venus Williams, qui à ce jour ont remporté quatre médailles d'or olympiques chacune (trois en tandem dans le double féminin), ou des joueurs comme Rafael Nadal et Novak Djokovic, vainqueurs en série du Grand Chelem, les joueurs vedettes de ces dernières années passent tous le plus clair de leur temps à frapper la balle depuis le fond du court.

Rafael Nadal et Novak Djokovic - Getty Images

Pourtant, comme Bethanie Mattek-Sands s'empresse de le faire remarquer, il serait bien trop simple de laisser entendre que la force brute est la clé du succès dans le jeu moderne. Il suffit de regarder le grand conquérant Roger Federer.

"Il y a tellement de compétences que l'on peut observer dans le tennis. On voit des joueurs qui se tiennent loin derrière en fond de court pour relancer et d'autres qui se tiennent bien en avant pour rattraper la balle très tôt. On voit pas mal de balles "slicées", on voit encore les surprenants services-volées", énumère Bethanie Mattek-Sands, qui a toujours aimé monter au filet.

Les cordes modernes et la tension des cordes jouent un rôle important dans la variété du jeu qui continuera à se développer.

"Vous avez tous ces polyesters, ces fibres synthétiques. Vous avez des joueurs qui jouent encore avec des cordes en boyau naturel. Je ne connais plus beaucoup de joueurs qui jouent avec du boyau complet, moi-même je joue avec un cordage moitié boyau et moitié polyester, et cela augmente la dynamique du spin (ndt: effet de la balle) que vous n'auriez pas avec les vieux cadres et les vieilles cordes des années 80, 90 ou même du début des années 2000", explique Bethanie Mattek-Sands. "C'est ce qui fait que tout le monde doit devenir tellement meilleur dans les déplacements sur le terrain. Vous pouvez obtenir tous ces effets supplémentaires avec la balle. Et vous pouvez vraiment travailler l'adversaire sur toute la largeur du terrain, voire au-delà."

"Je veux dire qu'il faut parfois déplacer les caméras pour que Rafa [Nadal] soit dans le champ."

 Avec cette tendance au mouvement dynamique, il a également fallu adapter les chaussures.

"Regardez tous les joueurs, comment ils se déplacent et glissent même sur les terrains durs. Il faut que la chaussure vous suive, il ne faut pas qu'elle lâche", explique Bethanie Mattek-Sands en riant.

On en vient maintenant à aborder avec la spécialiste du double l'un de ses sujets favoris : les tenues. Celles-ci ont énormément changé depuis l'époque où les femmes portaient des robes longues et fluides, et les hommes des pantalons et des chemises bien repassées. Et le sujet fait le plus grand bonheur de l'exubérante Bethanie Mattek-Sands, célèbre pour ses chaussettes montant jusqu'aux genoux.

Getty Images

"Nombreux sont ceux qui pensent que le tennis est un sport prétentieux, bon chic bon genre, mais lorsqu'ils vont à l'US Open ou à l'Open d'Australie, alors ils voient ces personnalités extraverties qui sont super athlétiques, super passionnées. C'est normal que la tenue vestimentaire corresponde",  déclare la joueuse de 35 ans.

"Les tenues sont un bon moyen de se distinguer, de sortir du lot et d'être soi-même. Quand je suis moi-même et que je me sens bien, et que j'ai l'air bien, je joue bien".

Tout cela et bien d'autres faits encore seront illustrés lorsque les meilleurs joueurs du monde se rassembleront à Tokyo l'année prochaine, et Bethanie Mattek-Sands, qui a adoré chaque moment à Rio, est impatiente d'y être.

"C'était le plus grand événement d'équipe auquel j'aie jamais participé, tellement plus grand que tout", a-t-elle dit à propos de Rio. "J'ai gagné l'or avec Jack [Sock] et ce fut une expérience unique et spéciale, mais je ne peux pas non plus mettre ça au-dessus du reste car c'était vraiment les dix jours entiers qui étaient formidables".

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