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Getty Images
PyeongChang 2018

L’or en partage

Parmi les nombreux temps forts de PyeongChang 2018, le bobsleigh à deux hommes a connu une issue palpitante, puisque le duo allemand Friedrich et Thorsten Margis et les Canadiens Justin Kripps et Alexander Kopacz ont enregistré le même temps au terme des quatre manches (3 min 16 sec 86). Ils se sont donc partagé la première place du podium. Cela ne s’était produit auparavant qu’à huit reprises aux Jeux olympiques d’hiver. Coup d’œil dans le rétro sur quelques-unes de ces médailles d’or partagées.

Le Norvègien Bernt Evensen (CIO)
Saint-Moritz 1928 : cinq hommes sur le podium du 500 m de patinage de vitesse, remporté conjointement par Evensen et Thunberg

Les trois premières médailles d’or conjointes de l’histoire des Jeux olympiques d’hiver ont toutes été décernées dans les épreuves masculines de patinage de vitesse. La première fois, cela s’est produit dès la deuxième édition, en 1928 à Saint-Moritz. À l’époque, on mesurait les temps en patinage de vitesse au dixième de seconde - aujourd’hui, c’est le centième qui prévaut - et la discipline était dominée par les athlètes norvégiens et finlandais.

Les deux vainqueurs ex aequo sur la distance de sprint la plus courte venaient de ces deux pays : Bernt Evensen (NOR) et Clas Thunberg (FIN), tous deux crédités d’un chrono de 43 sec 4. En outre, trois autres athlètes se sont partagé la médaille de bronze en montant sur la troisième marche d’un podium probablement le plus encombré de toute l’histoire olympique : l’Américain John Farrell, flanqué d’un autre Finlandais, Jaako Friman, et d’un autre Norvégien, Roald Larssen.

Fait remarquable, ces cinq athlètes sont tous descendus sous le record olympique de 44 sec 0, établi quatre ans plus tôt par l’Américain Charles Jewtraw lors de la toute première épreuve des Jeux olympiques d’hiver de Chamonix.

Cortina d’Ampezzo 1956 : Mikhaylov et Grishin assurent le spectacle en partageant l’or et un nouveau record du monde

Il faut se projeter 28 ans plus tard pour voir un nouveau partage de médaille d’or aux Jeux d’hiver, toujours en patinage de vitesse hommes. Mais cette fois, c'est dans le 1 500 m, disputé le 30 janvier 1956 sur les eaux gelées du lac Misurina, près de la station italienne de Cortina d’Ampezzo. Dans les années 1950, l’équilibre du pouvoir dans la discipline s’était déplacé vers l’Est, et les patineurs de l’URSS avaient émergé comme force dominante. Ce sont d’ailleurs deux Soviétiques, Yevgeny Grishin et Yuri Mikhaylov, qui se sont partagé cette médaille d’or, en établissant au passage un nouveau record du monde.

Parti dans la première paire, le Finlandais Toivo Salonen, finalement médaille de bronze, avait déjà établi un nouveau record olympique de 2 min 09 sec 4, avant que le tout nouveau roi du 500 m, Grishin, ne s’élance dans la onzième paire. Ce dernier, qui avait débuté aux Jeux olympiques en 1952 en cyclisme avant de passer au patinage de vitesse, battait comme à la parade le record du monde, établi par son compatriote Mikhaylov 10 jours plus tôt à Davos (SUI), avec un chrono de 2 min 08 sec 6. Mikhaylov, qui s’élançait dans la paire suivante, répliquait de manière parfaite en égalant le temps de Grishin, ce qui lui permettait de revendiquer et de partager le record du monde et la médaille d’or olympique.

Yevgeny Grishin (CIO)

Squaw Valley 1960 : un air de déjà-vu pour Grishin sur l’anneau de vitesse

L'événement majeur de la compétition de patinage de vitesse des Jeux d’hiver de 1960 est la première apparition des femmes sur l’anneau de vitesse lors des Jeux. Les sensations fortes n’ont pas manqué sur la patinoire olympique en plein air de Squaw Valley, unanimement reconnu à l’époque comme étant l’anneau de vitesse le plus rapide du monde. Ce fut notamment le cas le 26 février dans le 1 500 m hommes, qui s’est terminé pour la deuxième fois consécutive aux Jeux par une égalité parfaite pour la médaille d’or. Ce qui est remarquable, c’est qu’Yevgeny Grishin figurait une nouvelle fois parmi les heureux élus.

Le patineur soviétique avait déjà défendu avec succès son titre du 500 m et il était favori pour conserver aussi celui du 1 500 m, qu’il partageait avec Yuri Mikhaylov. Cette fois, il a dû faire une place sur la première place du podium au Norvégien Roald Aas. Le chrono des deux hommes s’est arrêté à 2 min 10 sec 4, soit plus d’une seconde de mieux que le médaillé de bronze, Boris Stenin, un autre Soviétique.

Sapporo 1972 : les doubles vainqueurs en luge doubles sonnent l’heure du changement

En 1972, pour la première et unique fois dans l’histoire, une épreuve olympique de luge s’est terminée par une égalité, dans la compétition des doubles. À l’issue de leurs deux descentes, le duo italien  Paul Hildgartner et Walter Plaikner et son homologue est-allemand Horst Hoernlein et Reinhard Bredow, ont tous deux signé un temps cumulé de 1 min 28 sec 35. Les Italiens ont obtenu là un rare triomphe, dans la mesure où les lugeurs est-allemands ont trusté les autres places du podium à Sapporo, dernière édition des Jeux d’hiver où les compétitions de glisse ont été mesurées en centièmes de seconde. Lors des Jeux suivants, quatre ans plus tard à Innsbruck, le CIO et la Fédération internationale de luge ont en effet décidé d’adopter le chronométrage au millième de seconde, en grande partie pour éviter que le scénario de 1972 se reproduise.

Les Canadiens Pierre Lueders et David MacEachern (Getty Images)
Nagano 1998 : Canadiens et Italiens terminent ex aequo, une première en bobsleigh

Fait remarquable dans une épreuve où l’écart entre les deux premiers se mesure en centièmes de seconde, le bob à deux a également connu la première médaille d’or conjointe de son histoire olympique en 1998, aux Jeux d’hiver de Nagano.

L’histoire s’est ainsi répétée à plus d’un titre : il y a 20 ans, un autre duo canadien avait aussi partagé la première place mais avec un tandem italien, Gunther Huber et Antonio Tartaglia, les deux équipages ayant obtenu un temps total de 3 min 37 sec 24.

« Les similitudes entre 2018 et 1998 sont tout simplement curieuses », a indiqué David MacEachern, l’un des deux membres de la paire canadienne qui avait partagé l’or sur la piste "Spiral" sur le mont Izuno, au nord de Nagano.

Pour MacEachern, cette victoire de 1998 a marqué un moment particulièrement spécial. Il avait concouru en bobsleigh à Albertville 1992, manquant de justesse une médaille de bronze en bob à quatre, mais n’avait pas réussi à monter sur le podium à Lillehammer 1994. Il savait que Nagano représentait sa dernière chance de se couvrir de gloire. « Cette journée-là a été très spéciale simplement parce que nous avons fait ce qu’il fallait. L’une des choses les plus difficiles à réaliser dans tous les domaines, c’est d’être à l’heure le jour J. »

À Nagano, le pilote de MacEachern était un certain Pierre Lueders. Non seulement Lueders est l’homme qui a appris à Kripps, médaillé d’or en 2018, à piloter un bobsleigh, mais il était également présent à PyeongChang, en tant qu’entraîneur de l’équipe de bobsleigh de République de Corée. Il a donc assisté au succès de son ancien protégé. Et, pour conclure en apothéose cette série d’événements remarquables, Lueders a vu son quatuor coréen terminer deuxième ex aequo et enlever la médaille d’argent, une semaine plus tard.

Tout comme à PyeongChang, le bobsleigh à quatre s’est également terminé par une égalité à Nagano, cette fois pour la médaille de bronze que se sont partagés les équipages de Grande-Bretagne et de France.

Les Norvègiens Frode Estil et Thomas Alsgaard (Getty Images)
Salt Lake City 2002 : les Scandinaves synchros et inséparables à l’arrivée

Sur la neige, on a partagé pour la toute première fois un titre olympique en 2002, en ski de fond, dans la poursuite combinée hommes 10 km + 10 km, une histoire 100 % norvégienne. Après 20 kilomètres d’une course d’endurance épuisante sur le site de Soldier Hollow, Thomas Alsgaard et Frode Estil ont signé des temps identiques, au dixième de seconde près.

Alsgaard avait entamé le parcours en style libre avec 36 secondes de retard sur Estil, mais il a réduit l’écart en classique, si bien que les deux hommes sont entrés dans la dernière ligne droite skis à skis. Lorsqu’ils ont franchi la ligne d’arrivée, impossible de savoir qui avait gagné - même la photo-finish n’a pu les départager. Finalement, verdict très inhabituel, les deux hommes ont été crédités du même temps de 49 min 48 sec 9, et ont donc tous deux remporté une médaille d’or.

La médaille d’argent n’étant pas décernée, le Suédois Per Elofsson a obtenu le bronze, à quatre secondes derrière les colauréats norvégiens. Alsgaard et Estil ont conjugué plus tard leurs efforts dans le relais 4 x 10 km pour aider la Norvège à remporter l’or, portant ainsi leur total personnel à respectivement cinq et deux médailles d’or.

Les Jeux Olympiques d’hiver de 2002 ont été également les premiers et les seuls au cours desquels une double médaille d’or a été décernée en patinage artistique. Cela s’est passé dans l’épreuve des couples, sur fond de controverse, après une affaire concernant la notation. D’abord classé deuxième, le duo canadien Jamie Sale et David Pelletier sera par la suite hissé au premier rang, au même niveau que les vainqueurs initiaux, les Russes Elena Berezhnaya et Anton Sikharulidze.

Sotchi 2014 : Tina Maze et Dominique Gisin partagent un moment privilégié sur les pistes

Après la première course olympique de ski alpin qui s’est soldée par une égalité pour la première place, le geste spontané de la Slovène Tina Maze et de la Suissess Dominique Gisin a mis un superbe point final à l’un des contes les plus improbables des Jeux.

134 épreuves de ski alpin s’étaient déroulées au cours des 78 années précédentes aux Jeux Olympiques d’hiver, et pas une seule ne s’était terminée par une égalité. La descente féminine de Sotchi 2014, qui a vu la Slovène Tina Maze et la Suissesse Dominique Gisin signer un chrono identique de 1 min 41 sec 57 pour partager le titre, a donc été un moment unique dans les annales olympiques.

Les deux femmes étaient ravies du résultat. « Il vaut mieux être deux au sommet que celle qui termine à un centième derrière, a résumé Tina Maze. Cela fait deux visages radieux ! »

Toutes deux ont écrit un beau chapitre de leur histoire. Âgée de 28 ans, Dominique Gisin a dû surmonter neuf opérations au genou avant de grimper sur la plus haute marche du podium olympique, tandis que Tina Maze, 30 ans, était considérée par de nombreux observateurs à son arrivée à Sotchi comme une brebis égarée.

Dominique Gisin a qualifié le résultat d’"assez fou", en ajoutant à propos de sa relation avec sa colauréate : « Nous sommes proches, et encore plus maintenant. »

Il a fallu quelques secondes pour que les deux femmes réalisent ce qui s’était passé. Alors que 13 skieuses étaient encore en mesure de la détôner, Dominique Gisin a vu toutes les favorites se casser les dents sur son chrono, avant l’arrivée de Tina Maze dans le portillon de départ. Les yeux rivés sur l’écran géant, la Suissesse a constaté que la Slovène comptait 38 centièmes d’avance à l’entrée dans le final.

« J’ai détourné le regard, puis j’ai levé les yeux vers le tableau. Et je me suis demandé ce que voulait dire ce ‘0.00’ », a indiqué Dominique Gisin. « Zéro, cela signifie que nous étions les meilleures ! », a renchéri Tina Maze. « J’étais juste heureuse de voir le chiffre 1 [devant mon nom]. Le reste n’avait pas d’importance. C’était encore plus captivant d’être ex aequo, c'est quelque chose de spécial. »

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