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Date
16 juil. 1908
Tags
Londres 1908

L'or de la longueur et du disque pour Sheridan le polyvalent

Né en Irlande, Martin Sheridan est décrit par le New York Times comme « l’un des plus grands athlètes que ce pays ait connus » à l’occasion de sa mort prématurée d’une pneumonie en 1918, et ses exploits londoniens n’y sont certainement pas étrangers.


Sheridan est déjà devenu champion olympique du disque à St Louis, lors de la IIIe Olympiade, et il a réédité cet exploit aux Jeux intermédiaires de 1906 à Athènes, en ajoutant à son tableau de chasse l’or du poids et trois autres médailles d’argent. C’est un éminent athlète polyvalent qui participe à l’occasion aux concours du saut en hauteur et en longueur sans élan, comme ce sera le cas à White City.

Le 16 juillet, il décroche sa première victoire au disque, dont il était le favori. C’est sa spécialité et il s’acquitte de sa mission logiquement. Auteur d’un lancer à 40,70 m à son premier essai, son compatriote Merritt Giffin semblait bien parti pour gagner l’épreuve, mais Sheridan va répondre en expédiant son disque à 40,89 m, performance que personne n’améliorera et qui lui permettra de conserver son titre. L’après-midi même, à la surprise générale, il ne joue quasiment aucun rôle au lancer du poids et ne figure même pas parmi ceux dont les jets sont enregistrés.

Deux jours plus tard, il dispute ce qu’on appelle aujourd’hui « disque, style grec » et qui était officiellement connu en 1908 sous l’appellation « Lancer le disque (comme à Athènes) ». C’est la première fois que cette épreuve figure aux Jeux et ce sera aussi la dernière. Les règles, rigoureusement établies, stipulent que le lanceur doit se tenir sur un piédestal incliné de 80 cm de long sur 70 de large, et de 15 cm de haut à l’arrière à 5 cm à l’avant.

Sheridan, que le rapport officiel présente comme un « homme superbement proportionné » (il mesure 1,90 m et pèse 88 kg), devance cette fois Bill Horr, grâce à un lancer de 37,99 m contre 37,32 m à son adversaire, ce qui lui permet de gagner sa deuxième médaille d’or en trois jours.

L’épreuve par elle-même a déjà donné lieu à quelques polémiques, comme le mentionne le rapport officiel : « Les chercheurs anglais considèrent que les règles athéniennes du disque sont basées sur une erreur de traduction d’un texte altéré et ne représentent pas ce que les Grecs anciens faisaient réellement ; ces règles ont cependant été utilisées en 1906 à Athènes et le seront également ici à Londres, sans aucun doute. Les résultats montrent qu’il n’était pas nécessaire de les adopter à Londres, car le même athlète gagnera à la fois le style libre et le style limité. » Il n’est donc pas vraiment surprenant que Sheridan soit devenu le premier et le seul homme à remporter ce titre.
Le 20 juillet, Sheridan est de retour. Sa cible est cette fois le saut en longueur sans élan (ou plutôt « saut en largeur » à l’époque) et il ne passe pas loin d’un triplé. Son meilleur saut de 3,22 m est inférieur de 11 cm à celui du vainqueur Ray Ewry et à moins d’un centimètre du second, le jeune Grec Konstantinos Tsikliritas, 19 ans. Bien qu’elle ne soit pas en or cette fois, Sheridan tient sa troisième médaille des Jeux.

Trois jours s’écoulent avant le saut en hauteur sans élan. Le remarquable Ewry, « l’homme caoutchouc » qui a dominé les Jeux Olympiques de 1904, gagne à nouveau, mais cette fois, Sheridan n’arrive pas à tirer son épingle du jeu au sein d’un plateau très serré, et il termine 16e avec un saut à 1,37 m, soit à 20 cm du meilleur saut du concours.

Les Jeux de Sheridan s’achèvent le 25 juillet d’une façon qui ne reflète pas ses efforts et son application d’ensemble. Il dispute le triple saut – appelé à l’époque « running hop, step, jump » (un saut à cloche-pied, une enjambée et un saut effectués en courant) – mais son premier essai ne lui permet que de terminer 13e, car il se blesse dans l’aventure et est obligé de se retirer de l’épreuve. Il est cependant l’un des premiers athlètes polyvalents du Mouvement olympique et l’un des plus brillants.

À partir de 1908, Sheridan va travailler comme policier à New York, non sans se distinguer. Selon sa nécrologie dans le New York Times, « durant le mandat du gouverneur Glynn, Sheridan était son garde du corps privé lors des nombreux déplacements du chef de l’exécutif dans cette ville ».

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