skip to content
Terry McDermott IOC / RÜBELT, Lothar
Innsbruck 1964

L’incroyable épopée de Terry McDermott


Dans son comté de Bay, au bord du Lac Michigan dans l’État du même nom, Terry McDermott est connu comme « la fusée d’Essexville ». Sprinter explosif, il se spécialise sur une seule distance : le 500 m. « Je me suis inscrit au club de patinage de vitesse et à partir de là, j’ai commencé à disputer des compétitions autour du Michigan », a-t-il raconté. Aux USA, le format privilégie est la « course en paquet », alors qu’au niveau international et olympique, les compétitions se déroulent par paires contre la montre.

Essexville Rocket Flies To Speed Skating Gold Inside 01 IOC

Terry McDermott progresse tant et si bien qu’il est sélectionné dans l’équipe américaine pour disputer les Jeux de Squaw Valley de 1960 à 19 ans. Là, il assiste au triomphe imparable du Soviétique Yevgeny Grishin sur sa distance où il prend la 7e place. « Grishin m’intimidait. Il intimidait tout le monde parce qu’il gagnait tout le temps, sur 500 m et sur 1 500 m. Il était vraiment très fort. »

Encore inconnu sur la scène mondiale, McDermott se fait un nom dans son pays en remportant de nombreux 500 m. Parfait amateur, il finance sa carrière sportive en exerçant le métier de coiffeur dans le salon de son oncle à Essexville. Il s’entraîne d’arrache-pied pour défendre ses chances à Innsbruck, mais il casse ses patins avant de s’envoler pour l’Autriche et doit en emprunter une paire à ses entraîneurs.

À Innsbruck, les États-Unis ne comptent encore aucune médaille d’or en ce 4 février 1964, sixième jour de compétition, au moment où est donné le départ du 500 m sur l’anneau olympique. Yevgeny Grishin semble bien parti pour signer une troisième victoire consécutive sur la distance après ses triomphes à Cortina d’Ampezzo en 1956 et à Squaw Valley en 1960. Parti dès la 2e paire en compagnie du Finlandais Rinne Simmo, il le laisse sur place et poste un solide chrono de 40’’6.

Toutefois, même si ce temps reste en haut du tableau d’affichage, deux concurrents, le Soviétique Vladimir Orlov (4e paire) et le Norvégien Alv Gjestvang (7e paire) parviennent à l’égaler. S’achemine-t-on vers une médaille d’or partagée à trois ?

Terry McDermott s’élance bien plus tard, dans la 17e paire, aux côtés du Français André Kouprianoff. La fusée d’Essexville décolle, ses bras forment un parfait balancier, son incroyable rush s’achève en 40’’1, nouveau record olympique. Il remporte l’unique médaille d’or des États-Unis à Innsbruck alors que Grishin, Orlov et Gjestvang se partagent l’argent. « J’étais fou de joie, très heureux, mais la partie la plus excitante a été la cérémonie du podium. Quand ils m’ont mis la médaille d’or autour du cou, alors que je me tenais sur le podium, que résonnait l’hymne national et que montait le drapeau, c’était vraiment très émouvant. »

Lorsqu’il rentre aux États-Unis, le dimanche 9 février 1964, Terry McDermott se rend directement à New York pour participer en direct au programme télévisé le plus populaire de l’époque : l’Ed Sullivan Show. « Je ne savais pas qui d’autre allait y participer », a-t-il raconté. La date est historique. Les Beatles font leur première apparition devant le public américain dans cette émission, ils interprètent cinq de leurs chansons et pulvérisent les records d’audience avec plus de 73 millions de téléspectateurs. L’Amérique est dès lors emportée par la Beatlemania…

Avant de présenter McDermott comme le « seul médaillé d’or américain des Jeux Olympiques de 1964 », Ed Sullivan arrange une photo en coulisses : on voit le champion olympique faire mine de couper les cheveux de Paul McCartney, hilare, comme le sont autour d’eux John Lennon, George Harrison et Ringo Starr. La photo fait le tour du monde, et elle trône toujours en bonne place dans le salon de Terry McDermott cinq décennies plus tard.

McDermott retourne à son métier de coiffeur et ne patine plus durant deux années. Puis il reprend l’entraînement en vue des Jeux de Grenoble. Le 14 février 1968 sur l’anneau de glace de la ville française, le tenant du titre du 500 m doit s’élancer dans la 24e et dernière paire, sur un terrain dégradé en raison de la chaleur. Pourtant, il réussit l’exploit remporter la médaille d’argent en 40’’5 ex aequo avec le Norvégien Magne Thomassen, derrière l’Allemand Erhard Keller (40’’3) et en évinçant Yevgeny Grishin du podium (40’’6) ! « Ce fut un grand défi et je regarde cette course comme un magnifique accomplissement. Après n’avoir pas patiné durant deux ans, c’était si différent ! C’était une belle récompense de terminer si près. »

Porte-drapeau de la délégation américaine à Grenoble, Terry McDermott ne quittera plus l’univers olympique. Exerçant différents rôles au sein de l’Association américaine de patinage de vitesse, commentateur à la radio et à la télévision, il participe à douze Jeux d’hiver d’affilée, et prononce même le serment olympique au nom des juges et arbitres à Lake Placid en 1980. Quand on lui demande en 2014 si son plus grand moment fut sa médaille d’or, ou sa participation à l’émission historique du 9 février 1964, la réponse fuse : « La médaille d’or, évidemment ! ».

back to top En