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Actualités Olympiques

L'illustre athlète polonais Robert Korzeniowski rend hommage à la "noble" discipline qu'est la marche athlétique

Si la marche athlétique n'est sans doute pas la discipline olympique la plus glamour, elle est pourtant considérée comme un sport royal par les experts, comme le quadruple médaillé d'or Robert Korzeniowski. Aujourd'hui, le héros polonais cherche à lui redonner ses lettres de noblesse en expliquant les épreuves auxquelles sont confrontés les "marcheurs" et en revenant sur son succès inégalé.

Malgré toutes les qualités de cette discipline, convaincre les non-initiés que la marche athlétique est digne d'intérêt n'est pas chose facile, et Robert Korzeniowski en a bien conscience. Pourtant, lorsqu'il en parle, difficile de résister à l'envie de se lancer dans un 20 km rapide.

"Selon moi, la marche athlétique est une épreuve noble. Dans les récits historiques, on ne voit jamais le roi courir, mais toujours marcher d'un pas très majestueux", fait remarquer Robert Korzeniowski en éclatant d'un rire tonitruant. "Je plaisante. En réalité, j'ai été séduit par le fait de m'écarter des sentiers battus. Quand j'étais jeune, le cross-country et la course d'endurance étaient très populaires, mais quant à la marche, c'était une autre paire de manches."

"C'est une épreuve assez étrange, mais aussi unique en son genre, où l'athlète n'est pas un coureur parmi tant d'autres, mais un marcheur."

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Pourtant, celui qui s'est imposé comme le maître absolu de la discipline ne se destinait pas à la marche athlétique, mais s'est d'abord passionné pour les arts martiaux. Ce n'est que lorsque la salle où il pratiquait le judo a fermé ses portes qu'il s'est intéressé à l'art noble de la marche athlétique. Aussitôt, il a su qu'il avait trouvé sa vocation.

"Dès le début, je me suis rendu compte que la plupart des courses de marche se déroulaient dans les centres-villes, au milieu des habitants, contrairement aux épreuves d'athlétisme qui, quand j'étais jeune, se tenaient dans des stades vides", explique le Polonais. "La marche permettait d'être toujours au cœur de l'action, car les courses étaient généralement organisées dans le cadre des fêtes du village ou d'autres événements populaires."

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Robert Korzeniowski se découvrit un talent inné. Lors de sa première épreuve complète, il se qualifie à 15 ans pour le Championnat national de Pologne. Bien qu'il termine alors dernier, l'adolescent se présente à nouveau l'année suivante et remporte le titre. Déterminé à perfectionner sa technique, il s'installe dans le nord de la France, où il prend l'habitude de marcher jusqu'en Belgique le matin, d'y déjeuner, puis de rentrer à pied.

À l'aube des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, le jeune Polonais est déjà une star en puissance. Cependant, comme dans tout sport d'élite, le parcours jusqu'au sommet est rarement un long fleuve tranquille et c'est en Espagne que Robert Korzeniowski connaît sa première désillusion, lorsqu'il est disqualifié de l'épreuve du 50 km à deux doigts de la médaille d'argent.

Si l'expérience a été "douloureuse", Robert Korzeniowski la qualifie de "tout à fait normale" et reconnaît aujourd'hui que son niveau lors de ses premiers Jeux Olympiques était celui d'un "grand débutant". En 1996, c'est un athlète bien plus expérimenté qui se présente pour ses deuxièmes Jeux à Atlanta. À 28 ans, le marcheur débordant d'enthousiasme s'impose lors de l'épreuve du 50 km avec une confortable avance de 16 secondes.

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C'est le début de la légende de Robert Korzeniowski. Toutefois, grâce à son approche étonnamment nouvelle, l'histoire ne faisait que commencer pour lui.

"Je me suis toujours entraîné de façon innovante, en tentant de trouver de nouvelles solutions pour être aussi performant sur une distance que sur une autre", explique Robert Korzeniowski. "Je me suis inspiré des méthodes de préparation d'autres athlètes, comme les cyclistes, et j'ai aussi emprunté quelques techniques de gymnastique pour perfectionner ma coordination technique."

S'ensuit un premier titre de champion du monde à Athènes en 1997, avant un deuxième revers à Séville en Espagne en 1999, qui aura une forte influence sur le reste de sa carrière. Robert Korzeniowski est à nouveau disqualifié lors d'une épreuve importante, cette fois lors du Championnat du monde, un échec qui le marque profondément.

"Après cet échec [à Séville], j'ai compris que la victoire ne s'obtient pas en appliquant toujours la même stratégie, mais en se fixant de nouveaux objectifs et en mettant la barre toujours plus haut", confie-t-il. "Pendant les cinq années qui ont suivi Séville, j'ai gagné toute les compétitions auxquelles j'ai participé et battu deux records du monde. J'ai adopté une méthode d'entraînement à haut risque, que mes proches jugeaient très imprudente. Je changeais régulièrement de continent et d'intensité, je m'entraînais pour la course de vitesse alors que je préparais les épreuves de 50 km et je limitais autant que possible ma distance totale parcourue."

"Ce type d'entraînement était très expérimental, mais il reposait entièrement sur des études scientifiques menées en étroite collaboration avec l'Académie d'éducation physique de Cracovie. Toutefois, chose très importante pour moi : au bout du compte, c'est moi qui prenais les décisions. J'ai pris en charge ma propre préparation et j'ai atteint les objectifs que je m'étais fixés."

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Dès lors, les médailles commencent à pleuvoir. À Sydney en 2000, on assiste ainsi à l'une des performances les plus remarquables jamais réalisées par un marcheur athlétique. Jusqu'alors, aucun marcheur n'avait jamais réellement réussi à maîtriser à la fois l'art de la "course rapide" de 20 km et du marathon de 50 km. Du moins, jusqu'à Robert Korzeniowski. Dans une course pleine de rebondissements, le champion en titre du 50 km décroche l'or sur la courte distance après la disqualification à la dernière minute du Mexicain Bernardo Segura, longtemps en tête de la course. Une semaine plus tard, il s'impose avec brio sur le 50 km, considéré comme sa spécialité.

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"À Sydney, j'ai tenté un exploit qui allait au-delà de mes rêves les plus fous. Je visais ni plus ni moins que deux médailles d'or", raconte Robert Korzeniowski. "[Décrocher les deux médailles d'or], c'est comme si j'avais grimpé au sommet du mont Everest ou du K2 en plein hiver."

Quatre ans plus tard, à 36 ans et sous 24 degrés à l'ombre, Robert Korzeniowski s'inscrit définitivement dans le folklore olympique en remportant un troisième titre successif au 50 km, cette fois-ci avec une avance prodigieuse de quatre minutes.

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"Les Jeux d'Athènes étaient complètement différents de ceux de Sydney, car l'enjeu était bien plus personnel", confie Robert Korzeniowski. "La tactique n'était pas du tout la même. À Athènes, je n'ai prêté attention ni à mon rythme ni au chronomètre. Je visais uniquement la première marche du podium. J'ai dû me montrer particulièrement astucieux pendant cette course, car mes rivaux étaient beaucoup plus jeunes que moi. Je voulais sortir par la grande porte. Mission accomplie !"

"Je pense que j'ai prouvé aux jeunes générations que tout est possible."

Cela, personne ne peut le nier, mais Robert Korzeniowski a également largement contribué à mettre sa discipline, parfois négligée, sous les feux de la rampe.

"Il n'y a pas une journée qui s'écoule sans qu'on ne me demande des photos et des autographes", admet Robert Korzeniowski en riant. "Ce qui est vraiment curieux, c'est que beaucoup de mes fans sont nés après la fin de ma carrière."

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