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Bob Martin/Getty Images
Barcelone 1992

L’histoire extraordinaire derrière les images du plongeon aux Jeux de Barcelone 1992

C’est un des clichés olympiques les plus époustouflants de tous les temps. La plongeuse Fu Mingxia, 13 ans, dans son maillot multicolore, les cheveux mouillés hérissés en arrière, prise en plein vol, avec la ville de Barcelone en arrière-plan. L’histoire derrière cette photographie est tout aussi fascinante.

Bob Martin, 33 ans et peu connu à l’époque en dehors du Royaume-Uni, est l’homme à qui l’on doit cette prise de vue qui a non seulement marqué une édition magique des Jeux Olympiques, mais qui a aussi résumé le sentiment de bien-être vivifiant qui enveloppe le Mouvement olympique.

Tandis qu’une flopée de photographes des quatre coins du monde immortalisait Fu durant son plongeon pour la médaille d’or, ce cliché a été rendu possible grâce à la vision et à l’anticipation de Martin. C’est en effet l’Anglais qui a le premier visualisé la photo dans sa tête, l’a planifiée, l’a prise et l’a vue sur la couverture du magazine Time consacré aux Jeux Olympiques de Barcelone 1992 (ci-dessous). Il a établi un modèle que le monde entier a repris. 


“J’étais allé à l’une des premières réunions d’information de la presse mondiale (en 1991) et j’avais vu ce site extraordinaire avec cette vue extraordinaire”, explique l’Anglais. “Et je me suis dit: Fantastique, il faut que je photographie ça !”

Martin savait ce qu’il voulait, mais cela a été difficile de l’avoir. D’abord, il en a parlé au Time, qui a aimé l’idée et a accepté de financer un voyage à Barcelone durant les préparatifs des Jeux. Puis Martin a dû trouver un sujet.

“J’ai appelé la fédération espagnole de natation, mais elle m’a répondu qu’il faisait trop froid pour qu’un plongeur espagnol plonge dans la piscine au printemps”, rigole le photographe. “Alors la seule plongeuse que j’ai trouvée et qui voulait bien le faire était une Anglaise nommée Tracey Miles.”

Mingxia Fu (IOC/A. Martin)

Miles était une athlète de classe internationale, mais dont le niveau n’avait pas été suffisant pour se qualifier pour les Jeux de 1992. Peu importe, elle était sur le point de devenir la vedette d’un des clichés de plongeon les plus célèbres de tous les temps. Une fois le sujet assuré, Martin a dû trouver une manière de se suspendre dans les airs et de photographier la scène comme il la voyait.

“J’ai demandé au comité d’organisation des Jeux d’installer un petit échafaudage afin que je puisse avoir le bon angle, ce qui allait bien car il n’y avait pas encore de tribunes à l’époque”, se souvient-il. “Tout était exactement dans la position que je voulais.”

Cela comprenait la Sagrada Familia de Gaudi, monument le plus emblématique de Barcelone, inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO, et au-dessus, Tracey Miles, le dos courbé en arrière. La dernière pièce du puzzle de Martin comprenait quelques astuces du métier.

“Le grand avantage en Espagne, c’est que le temps est magnifique”, explique Martin. “Mais nous avons quand même éclairé la prise de vue avec de gros projecteurs pointés sur Tracey. C’est pour cela que le ciel est si éclatant et que personne d’autre n’a réussi à avoir le même bleu.”

Le résultat fut stupéfiant. Non seulement l’image de Tracey Miles volant au-dessus de Barcelone a fait les kiosques du monde entier et a figuré par la suite dans de nombreuses expositions internationales, mais elle a aussi inspiré tout un secteur et alimenté une carrière.

Veronica G. Ribot de Canales (IOC/Tony Duffy)

“Pendant toute la durée des Jeux, des gens venaient me voir pour me dire : "J’ai vu votre photo dans le magazine Time, j’y suis allé et j’ai fait la même”, raconte Martin. “ Lorsque les championnats du monde de natation ont été organisés à Barcelone en 2013, j’avais encore des personnes qui venaient me voir pour me dire "J’ai pris votre photo". C’est très touchant pour moi, qui suis maintenant un vieux chnoque photographe.”

Martin est devenu par la suite un des photographes sportifs les plus récompensés et demandés de sa génération, et il sait qu’il le doit à ce moment de clairvoyance à Barcelone, il y a 26 ans.

"Ça m’a préparé pour ma carrière, le fait que j’ai pris cette photo avant tous les autres”, dit-il. “Beaucoup de personnes ont trouvé que c’était une image vraiment emblématique et ça a aidé à lancer ma carrière. C’était ma première grande photo internationale.”

La compétition de plongeon aux Jeux de 1992 a captivé l’imagination du public comme aucune autre avant grâce aux prestations éblouissantes de Fu Mingxia – elle a transformé le plongeon féminin durant une carrière qui lui a valu par la suite quatre médailles olympiques d’or et une d’argent – et au cadre époustouflant. Martin est un perfectionniste et ne peut s’empêcher d’avoir des sentiments mitigés lorsqu’il regarde la photographie grâce à laquelle tout a commencé.

IOC

“Pour être franc, je pense que c’est une prise de vue fantastique, emblématique, mais j’aurais aimé la faire mieux que ça”, dit-il avec un sourire en coin. “S’agissant du plongeon proprement dit et de la composition, de nombreuses autres personnes ont fait de bien meilleures photos que moi depuis. La mienne fait pâle figure à côté de toutes les photographies prises par d’autres, mais c’est vrai que c’est moi qui ai trouvé la bonne position et donné le modèle. Et surtout, je suis content de l’avoir faite avant tout le monde. Visualiser la photo dans ma tête et la faire alors que je n’avais pas le bon angle jusqu’à ce qu’ils construisent l’échafaudage, c’est ce qui a fait la différence pour moi.”

Martin est retourné sur les lieux durant les championnats du monde 2013 et, selon ses propres termes, a “fait mieux”. “Mais il manque quand même quelque chose par rapport à la première photo”, admet-il.
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