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Athletics - Fair play 2016 Getty Images

L'esprit olympique anime toujours les stars du 5 000 m de Rio

L'un des moments les plus poignants des Jeux Olympiques de Rio 2016 n'avait rien à voir avec les médailles, les records ou des performances hors du commun. L'histoire qui nous intéresse parle de gentillesse, d'amitié et de courage.

Douze mois après une série du 5 000 m féminin restée dans les mémoires, les athlètes Nikki Hamblin (Nouvelle-Zélande) et Abbey D’Agostino (États-Unis) évoquent un épisode qui les liera à jamais.

« Avec le recul, ça me semble toujours être un geste simple. Je crois que tout le monde aurait fait la même chose », déclare Hamblin lorsqu'on l'interroge sur les instants qui ont suivi sa chute et celle de D'Agostino. Les images ont pourtant été vues des millions de fois sur Internet depuis.

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Pour mémoire, les deux jeunes femmes avaient parcouru environ 4 000 m dans leur série, quand la Néo-Zélandaise a trébuché, entraînant involontairement son adversaire dans sa chute. D'Agostino s'est immédiatement relevée, avant de se pencher sur sa rivale pour la supplier de finir la course. C'est à cet instant que l'Américaine a ressenti une vive douleur. Gravement blessée, elle s'est effondrée au sol pour la deuxième fois. La situation s'est inversée et Hamblin est restée au chevet de D'Agostino pour l'encourager. Au bout du compte, les deux athlètes ont terminé la course. Victime d'une déchirure des ligaments croisés, l'Américaine a franchi la ligne devant un public conquis par son courage.

Notre héroïne est encore en convalescence. Un premier retour à la compétition au mois de mars s'est soldé par une élongation à la cuisse, laquelle a mené à la découverte de complications liées à la blessure de Rio. Pourtant, elle conserve un souvenir ému de cette expérience.

« La course a eu des répercussions énormes et les réactions positives qu'elle a suscitées sont pour une moi une source de fierté et de motivation. J'ai le sentiment d'avoir pris part à quelque chose d'important. »

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Les deux athlètes ont reçu conjointement le Prix du Fair-Play du CIO mais, au-delà des récompenses, elles ont le sentiment grisant d'avoir incarné l'esprit des Jeux Olympiques.

« Cet épisode m'a ouvert de nombreuses perspectives. Il m'a donné une identité en dehors des pistes. Cela a eu un réel impact sur ma convalescence, y compris dans les moments sombres ou difficiles », poursuit D'Agostino.

Les deux jeunes femmes restent très sollicitées par les écoles, les entreprises et autres organismes désireux d'entendre cette belle histoire et d'en partager les leçons.

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« Nous avons eu affaire à des publics très différents, de colonies de vacances chrétiennes à de grands groupes dont je ne me sentais pas très proche. Mais ce qui s'est produit était quelque chose de si profondément humain que de nombreuses personnes ont été touchées », explique D'Agostino. « Je prends beaucoup de plaisir à m'adresser aux gens. »

Hamblin partage sa passion et apprécie également l'occasion qui lui est offerte de véhiculer un message un peu différent sur le sport de compétition.

« Quand on discute avec les enfants, ils veulent tous gagner des médailles. C'est très bien, mais il me paraît important de leur montrer un peu autre chose, de leur expliquer qu'une personne ne se résume pas à son palmarès », estime l'athlète de 29 ans. « Ce qui compte, ce sont vos actions et votre attitude. »

Par un étonnant caprice du destin, la famille Hamblin a découvert le geste touchant de Nikki comme le reste du monde, via la télévision. En effet, la double médaillée d'argent des Jeux du Commonwealth 2010 (800 m et 1 500 m) ne s'est alignée sur le 5 000 m qu'à la dernière minute. Son entraîneur l'a finalement convaincue « d'y aller et de tenter [sa] chance » après son élimination surprise au premier tour du 1 500 m, son épreuve préférée.

« Ma sœur était à Londres : elle a allumé la télévision et s'est exclamée : "Hé, je crois que c'est Nikki" », s'amuse Hamblin.

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« Ce qui est fabuleux, c'est que mes proches ne me considèrent pas comme une athlète, mais comme une personne. Ma tante, qui est aussi ma plus proche famille en Nouvelle-Zélande, s'est simplement dit : "Tiens, c'est du Nikki tout craché." »

La simplicité du geste et de ces deux personnes cherchant à s'entraider a trouvé une résonance particulière en chacun de nous.

« L'unité au-delà des différences constitue l'une des valeurs essentielles de l'olympisme, mais on a rarement l'occasion d'en apporter la preuve », note D'Agostino.

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La jeune femme de 25 ans, qui est aussi l'une des athlètes universitaires des États-Unis les plus titrées de tous les temps, s'est faite à l'idée que, quoi qu'elle accomplisse dans le sport ou dans sa vie, elle resterait célèbre pour un incident survenu dans une course qu'elle a terminée avec plusieurs minutes de retard sur la lauréate.

« C'est marrant. J'en ai parlé avec beaucoup de gens et à chaque fois, je ne peux pas m'empêcher de sourire. J'ai énormément de chance de disposer de cette plateforme pour parler de caractère, de gentillesse et de ce qui compte vraiment. »

À l'inverse, la compétitrice qui sommeille en Hamblin a parfois du mal à accepter ce qui s'est passé à Rio.

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« Je ressens toujours un peu de tristesse quand je repense à tout ça », avoue-t-elle. « Personne n'a envie d'aller aux Jeux Olympiques pour chuter, mais plus le temps passe et plus je comprends ce que les gens ont vu dans ces quelques secondes. »

Cette perspective a eu des conséquences importantes dans la vie de la Néo-Zélandaise.

« Rio m'a appris à apprécier le voyage avant la destination. Parfois, on se retrouve projeté dans ce grand événement qu'on attendait depuis quatre ans et les choses ne se passent pas comme prévu. Pour autant, peut-on parler d'échec ? La réponse est non. »

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Hamblin et D'Agostino ont déjà le regard tourné vers Tokyo 2020. L'idée de se retrouver est évidemment une motivation supplémentaire pour elles. Les deux athlètes échangent régulièrement par SMS et par e-mail. Elles se sont croisées pour la dernière fois aux Laureus World Sport Awards 2017 de Monaco, en février.

« C'était formidable de se retrouver en dehors des pistes. Nous sommes allées à la cérémonie ensemble, en robes du soir, et nous n'avons pas parlé de compétition », glisse Hamblin, avant de céder la parole à D'Agostino.

« Je crois que notre lien n'est pas près de se briser. Nous avons toutes les deux été tellement marquées par l'année écoulée et tout ce qu'elle nous a apporté. »

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