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Date
17 nov. 2017

L'émouvante épopée olympique de Jayaram Khadka

Jayaram "Jay" Khadka a été, en 2002 à Salt Lake City, le premier athlète népalais aux Jeux Olympiques d'hiver où il s'est aligné sur deux distances en ski de fond. Sa présence dans les montagnes de l'Utah est la conclusion d'une histoire particulièrement émouvante.


Le 8 février 2002, devant les 50 000 spectateurs du stade olympique Rice-Eccles de Salt Lake City, Jayaram "Jay" Khadka porte fièrement le drapeau du Népal. Il défile lors de la cérémonie d'ouverture accompagné d'une personne plus âgée. Jayaram Khadka est le premier athlète népalais à disputer les Jeux Olympiques d'hiver, et sur les pistes de Soldier Hollow, il va participer aux épreuves de ski de fond du sprint et du 10 km classique/10 km poursuite. Le chemin qui l'a mené sur la grande scène olympique a par bien des aspects une nature romanesque. 


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En 1984, Richard Morley, un riche entrepreneur britannique, effectue un trek dans l'Himalaya. Il monte trop haut, au-delà de 5000 m et est victime du "mal des montagnes", une embolie pulmonaire qui met sa vie en grand danger. "J'ai été transporté dans un village, je crachais du sang. Un ancien policier, Monsieur Khadka, m'a dit qu'il allait chercher de l'aide. J'ai appris plus tard qu'il avait couvert en trois jours une distance correspondant à six jours de marche, alors que lui-même n'était pas au mieux", a raconté Richard Morley.   

Basu Khadka parcourt près de 100 km pour atteindre un poste téléphonique et prévenir un médecin. Ainsi, Richard Morley peut être soigné, jusqu'à sa guérison. Il demande à Basu Khadka de quelle façon il pourrait le remercier. Ce dernier lui explique qu'il est malade et lui dit "s'il m'arrive quelque chose, peux-tu t'occuper de mon fils ?" Richard Morley lui laisse à sa demande une photo de lui, donne son accord et rentre en Grande-Bretagne. 

"Comme débarquer sur la planète Mars" 
Six ans plus tard, Richard Morley revient en famille au Népal et se rend au village de Basu Khadka pour apprendre qu'il est décédé depuis deux ans. Il se met alors à la recherche de son fils Jayaram, et le retrouve dans un autre village, employé d'un restaurant, en train de nettoyer le sol. "Il était grand, avec un visage juvénile, plus grand que les autres personnes autour de lui, il m'a dit qu'il avait presque 18 ans. Il m'a ensuite expliqué que son père lui avait donné une photo en lui disant qu'un jour, cet homme viendrait le sauver s'il avait des problèmes." Il convainc Jayram de l'accompagner en Angleterre, où il va l'adopter. Non sans une longue bataille juridique avec les autorités britanniques, compte-tenu du fait que Jayram ne peut pas prouver son âge. 

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Quand il atterrit à l'aéroport de Gatwick en décembre 1990, Jayram découvre un autre monde. "C'était comme débarquer sur Mars. Une planète high-tech, complètement différente. Il y avait des choses comme des escaliers mécaniques, des portes automatiques, une nourriture bizarre, du jambon, du vin rouge. J'ai essayé, mais ça m'a rendu malade, comme boire de la paraffine", a-t-il expliqué.  

"Ramener le Mont Éverest aux Jeux Olympiques" 
Ses qualités athlétiques évidentes n'échappent pas à l'attention de Richard Morley, qui est lui-même un skieur émérite et sent que son protégé "a le sport en lui". Il l'encourage à la pratique du ski alpin dans les Alpes françaises, l'entraîne, et va encore plus loin, créant de toutes pièces la Fédération népalaise de ski. À la fin des années 1990, Richard et Jay envisagent de plus en plus sérieusement une participation aux Jeux Olympiques. 

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Mais Jay se blesse deux fois en 2001, ce qui l'empêche de tenter sa qualification en ski alpin. Il opte alors pour le ski de fond et gagne sa place aux Jeux de Salt Lake City ! "Ce sont les premiers Jeux d'hiver pour le Népal et je suis si heureux", dira-t-il. "Je suis si fier de ramener le Mont Éverest aux Jeux Olympiques !"  L'homme plus âgé qui défile à ses côtés lors de la cérémonie d'ouverture n'est autre que Richard Morley, son père adoptif et son entraîneur. 

Le 14 février dans le stade de neige de Soldier Hollow, Jay Khadka se classe 79e du 10 km classique/10 km poursuite conjointement gagné par les Norvégiens Frode Estil et Thomas Alsgaard. Cinq jours plus tard, le fondeur népalais prend la 69e place du sprint dont le vainqueur est le Norvégien Tor-Arne Hetland. Ces résultats ont peu d'importance, Jay Khadka est follement applaudi par le public américain, et il lève à chaque fois les bras en passant la ligne d'arrivée. 


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