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Kubicka enchante Innsbruck par ses figures acrobatiques

Le patineur artistique Terry Kubicka est peut-être reparti bredouille des Jeux Olympiques d’hiver de 1976 en Autriche, mais sa prestation a constitué l’un des moments les plus palpitants et les plus inoubliables des Jeux.


Alors champion des États-Unis, il effectua un saut périlleux arrière aussi acrobatique que controversé lors du programme libre de la compétition masculine, laissant le public du stade olympique pantois.

Kubicka jouit ainsi du triste privilège d’avoir été à la fois le premier et le dernier à effectuer dans le respect des règles une telle figure aux Jeux Olympiques. Le CIO l’a en effet interdite immédiatement après, l’estimant trop dangereuse.

En 1976, ses excentricités n’étaient pas de nature à surprendre les observateurs avertis du sport. Né en 1956, Kubicka découvrit le patinage en Californie alors qu’il était enfant. Ses parents l’avaient en effet emmené voir un spectacle théâtral intitulé Folies sur glace et cette expérience a peut-être joué un rôle formateur en lui donnant ce goût pour le spectacle qu’il développa plus tard.

Après des années d’entraînement privé, il fut couronné champion des États-Unis novice puis junior au début des années soixante-dix, avant de décrocher un titre de vice-champion national en 1974. C’est lors de cette compétition qu’il devint le premier Américain à réussir un triple lutz, une figure techniquement difficile : le patineur doit en effet glisser et prendre son appel en piquant la pointe du patin dans la glace, effectuer trois tours en l’air et retomber sur le même pied.

La figure de Kubicka était déjà sortie de terre – ou plutôt de glace ! – lors du programme court, mais il la répéta dans le programme libre car elle n’avait pas été filmée la première fois. Un nouvel indice de son goût prononcé pour les projecteurs.

Un an plus tard, le jeune prodige termina à nouveau deuxième des championnats nationaux derrière le vétéran Gordon McKellen Jr, mais il n’en fit pas moins impression.

En fait, Kubicka avait créé la sensation dans son pays natal en accumulant les performances époustouflantes en libre et en recevant des 6.0, la note parfaite, de la part des juges. Son programme classique comprenait le triple lutz, une poignée de triples sauts, des sauts, des pirouettes allongées et des pirouettes assises. Il ne tarda pas toutefois à inaugurer sa figure la plus audacieuse.

Cela se produisit en 1976, sa meilleure année sur la glace. Moins d’un mois avant le début des Jeux Olympiques d’hiver en février, le jeune homme de 19 ans réalisa son premier saut périlleux arrière aux championnats des États-Unis de patinage artistique. Avec ce programme qui comportait également cinq triples sauts, il causa la sensation en décrochant le titre. « Je savais qu’il fallait que je tente un truc », dira-t-il aux reporters.

Malgré une mise en route difficile, Kubicka gagna sa place dans le groupe appelé à voler vers l’Autriche quelques semaines plus tard, grâce à son aisance technique et à son audace.

En vue des Jeux, la compétition individuelle de patinage artistique avait été revue et corrigée. Les figures imposées ne comptaient plus désormais que pour 40 % du score total des patineurs, au lieu de la moitié. Quant au programme de patinage, il était divisé en deux parties : un programme court obligatoire composé de figures imposées et un programme libre plus long.
 
Kubicka se montra performant dans le programme court, enchaînant axels, pirouettes allongées et sauts. Mais c’est sa figure controversée lors du libre qui scella sa réputation.

Les milliers de spectateurs du stade olympique restèrent momentanément sans voix après le saut périlleux du jeune patineur, vingt secondes avant la fin de son passage. Et lorsqu’il se remit à glisser après sa réception, les fans stupéfaits explosèrent en applaudissements frénétiques, avant de le gratifier d’une standing ovation.

La figure dangereuse – jugée également illicite car il s’était réceptionné sur les deux pieds – valut à Kubicka une note excellente en libre, et l’admiration de ses rivaux. « Si j’arrivais à en faire un », aurait déclaré le champion canadien Ron Shaver cette fameuse semaine, « je l’ajouterais à mon programme. »

Mais au sein d’un plateau très relevé – comprenant notamment le Britannique John Curry alors dans l’antichambre de la légende – Kubicka ne put prendre que la septième place malgré son audace technique, obtenant 56 ordinaux (les places décisives attribuées par les juges) et un score final de 183,30 points.

Kubicka devint lui-même plus tard juge de patinage artistique et obtint un diplôme de vétérinaire. Il est aujourd’hui spécialiste technique international de l’ISU, l’Union internationale de patinage. Si son heure de gloire à Innsbruck n’a duré qu’une seconde et ne lui a pas permis de remporter un titre, son audace et son innovation ont montré qu’il était possible d’entrer dans l’histoire olympique sans passer par la case victoire.

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