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Kolehmainen sacré roi de la piste

Aux Jeux de 1912, aucun spécialiste d’athlétisme n’aura de meilleurs résultats que le Finlandais Hannes Kolehmainen, qui repartira chez lui avec trois médailles d’or et autant de records olympiques. Il pourrait revendiquer le titre de premier roi du fond aux Jeux Olympiques, puisqu’il va gagner le 5 000 m, le 10 000 m et le cross individuel de façon fantastique, et décrocher également une médaille d’argent dans le cross par équipes, dont le classement est déterminé par l’addition des résultats obtenus dans la course individuelle.


Kolehmainen, qui a 22 ans au moment des Jeux, est issue d’une lignée sportive de qualité : ses frères William et Tatu sont également des coureurs de fond de niveau international. Mais c’est Hannes, qui est maçon, qui va réussir à percer sur la scène internationale dès le 7 juillet, date à laquelle se déroulent les séries du 10 000 m au stade olympique.

Kolehmainen se qualifie facilement pour la finale, en bouclant sa demi-finale avec près de 10 secondes d’avance sur le Canadien Joe Keeper. Parmi les 14 finalistes qu’il va affronter le lendemain en finale figure son frère Tatu, qui a lui-même remporté sa demi-finale en devançant ses rivaux de plus de sept secondes.

En finale, Hannes prend un excellent départ, comme le rappelle le rapport officiel. « Il a couru d’un bout à l’autre de la course avec une merveilleuse facilité et dans un style attrayant, et il était à l’évidence au summum de sa forme », peut-on lire. Kolehmainen enlève la course en 31’20’’8, avec plus de 45 secondes d’avance sur Lewis Tewanima, et établit un formidable nouveau record olympique.

Dans le 5 000 m qui vient ensuite, Kolehmainen est précédé de ses exploits sur la distance supérieure, si bien qu’un public nombreux se presse pour le voir. Le Finlandais ne les déçoit pas en se baladant dans sa série pour atteindre la finale sans anicroche.

« Kolehmainen, fidèle à son habitude, a pris la tête sans se poser de questions », écrit le rapport officiel à propos de ses premières foulées en finale. Mais il n’a pas tout de suite les coudées franches, puisque trois de ses adversaires vont bientôt le dépasser. À la faveur d’une « accélération longue et rapide », le Finlandais reprend la tête, puis, alors que la course va suivre un train d’enfer et que le Français Jean Bouin le rejoint en tête, l’arrivée va donner lieu à un combat de titans. Les deux hommes vont rester au coude à coude dans les derniers hectomètres, avant un final d’anthologie rapport officiel ainsi décrit dans le rapport officiel : « Puisant dans ses ressources, Kolehmainen s’est détaché centimètre après centimètre et s’est jeté sur la ligne d’arrivée avant Bouin, gagnant de cette manière la course de fond la plus intéressante, la plus extrême et la plus belle à laquelle on ait jamais assisté. » Il coiffe le Français d’un dixième, en établissant un nouveau record du monde de 14’36’’6 dans le processus.

Il remporte ensuite sa troisième médaille d’or dans le cross-country qui a lieu le 15 juillet. Courue sur 8 000 m, la course s’élance du stade avant de conduire les concurrents dans les bois pour des secteurs difficiles où alternent montées raides et descentes délicates, avant de connaître son apogée en revenant dans le stade. Grand favori, Kolehmainen applique sa tactique favorite en prenant un départ rapide, et rapidement sa victoire ne laisse planer aucun doute. Il termine en 45’11’’6, quelque 33 secondes devant Hjalmar Andersson, et récolte les applaudissements nourris du public.

À l’époque, la Finlande fait partie de la Russie, si bien qu’on hisse le drapeau russe pour saluer les victoires de Kolehmainen. Il passera ensuite beaucoup de temps aux États-Unis et obtiendra la nationalité américaine en 1921, non sans avoir auparavant gagné un nouveau titre olympique, celui du marathon, aux Jeux de 1920 à Anvers. Il s’imposera comme le patron de toutes les distances les plus longues, même si son ultime sortie dans le marathon olympique des Jeux de Paris 1924 ne lui permettra pas d’engranger un nouveau succès.

Kolehmainen vivra une nouvelle expérience olympique particulière en 1952, lors de la tenue des Jeux à Helsinki, la capitale finlandaise. C‘est lui et Paavo Nurmi, un autre coureur de fond flamboyant qui lui succédera au rang de l’une des plus grandes stars du sport finlandais, qui sont en effet choisis pour embraser ensemble la vasque olympique.

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